L’architecture Art Déco

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L’Art Déco est un mouvement artistique, en réaction à l'Art nouveau, qui débute vers 1910 pour se terminer à la fin des années 1930. Il est à l’image d’une époque marquée par de profonds et rapides bouleversements.

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Introduction

L’Art Déco est un mouvement artistique, en réaction à l'Art nouveau, qui débute vers 1910 pour se terminer à la fin des années 1930. Il est à l’image d’une époque marquée par de profonds et rapides bouleversements.
L'Art Déco tire son nom de l'Exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes qui se tint à Paris en 1925.
C’est un style décoratif majeur du XXe siècle se formalise essentiellement dans l'architecture et les arts appliqués.

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Le Trocadéro, palais de Chaillot, Paris L’ours blanc, statue en pierre, François Pompon, 1925. Musée d’Orsay, Paris

Rappel Art nouveau :
L'art nouveau: mouvement artistique commençant vers 1890 pour se terminer vers 1914.
«C'est à la Nature toujours qu'il faut demander conseil», proclame l'architecte Hector Guimard en 1899, définissant ainsi la nouvelle esthétique du mouvement art nouveau.
Ce style se caractérise par l’omniprésence des lignes courbes, l’exubérance des formes et  puise son inspiration dans la nature (motifs végétaux, insectes…). Parmi les artistes majeurs de l’Art nouveau, on trouve Lalique, Daum et Tiffany pour la verrerie, Majorelle pour le mobilier et Guimard pour l’architecture
La maison est considérée comme une œuvre d’art.
La façade de l’habitation est conçue dans sa globalité. L’accent est mis sur la libération des plans, l’articulation des travées, l'asymétrie des ouvertures et le jeu dynamique des baies.
Tout participe à l’ornementation et jusqu’aux plus petits détails.
Les motifs décoratifs puisent leur source dans la nature.
La fluidité de la ligne souple, de la courbe, de l’arabesque caractérisent l’ornementation de l’art nouveau.

L’époque art déco (1910-1930)
En 1918, à la fin de la Grande Guerre, la France est décimée : 1.400.000 morts, 750.000 invalides.
Les années 1920 connaissent un essor économique évident. Dopée par la publicité et le crédit, la consommation progresse. L’Occident, et tout particulièrement les États-Unis, première économie mondiale, croient en une prospérité sans fin.
L’Exposition coloniale de 1931 témoigne de l’apogée de l’« empire français ».
Le krach de Wall Street le 24 octobre 1929 entraîne une crise mondiale du capitalisme. Le commerce international s’effondre. En Allemagne, le système bancaire est anéanti.
Les états totalitaires s’engagent dans une politique d’expansion territoriale.
En 1920 apparaissent les premières émissions régulières de TSF. L’époque témoigne des progrès considérables de l’aviation.
À Weimar, en 1919, Walter Gropius fonde l’école du Bauhaus, abolissant les frontières entre architecture, arts décoratifs et beaux-arts.
Mies van der Rohe conçoit les premiers gratte-ciel européens en 1919.
Avec le Plan Voisin de Paris (1925), Le Corbusier développe sa conception d’une métropole moderne, faite d’alignements de hautes tours cruciformes.
André Breton publie en 1924 le Manifeste du surréalisme. Galaxie d’écrivains et de peintres, le mouvement affirme la nature poétique de l’homme et la puissance de l’inconscient. (source : musée des arts décoratifs, Paris)
L'Exposition des Arts Décoratifs, Paris 1925 

Le tire exact en est L’exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925, l'Exposition est internationale, mais pas universelle car elle ne concerne pas toutes les activités humaines. Elle était située entre l'Esplanade des Invalides et les abords du Grand Palais et du Petit Palais.

Cette Exposition a laissé son nom à un style décoratif majeur du XXe siècle: l'Art Déco.

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L’exposition de 1925 – longtemps attendue puisque déjà envisagée avant la Première Guerre mondiale, dans un souci de rupture avec l’Art nouveau – consacre le style Art déco, ses lignes épurées, son utilisation de la géométrie et de la symétrie, et son emploi de matières luxueuses et raffinées. Le mot d’ordre de l’exposition prône le retour à la tradition décorative française et le rejet du pastiche.
Cette quête de la « modernité », en jalons et ruptures, voit certes se croiser ou s’affronter les mouvements, et les matériaux – le bois, la pierre et le métal, le verre, le ciment – mais des missions communes subsistent : la volonté de créer des ensembles décoratifs complets pour le quotidien des commanditaires et la recherche d’une « synthèse des arts », alliant beaux-arts et arts décoratifs.

Dans le domaine de l’architecture, l’Exposition est un répertoire architectural.
Il s’agissait d’être « moderne », tous les pavillons adoptaient les volumes cubistes et la géométrie à la mode. Le courant moderniste était par le Pavillon de Lyon, élevé par Tony Garnier, et par le pavillon de l’Esprit nouveau, de Le Corbusier, Jeanneret et Ozenfant, entièrement réalisé avec des éléments standardisés. Il faut citer aussi Mallet-Stevens.

Caractéristiques de l’Art Déco

L’Art Déco succède à l’Art nouveau essentiellement ornemental, il fait le choix de la pureté des formes, alliant le géométrique et le décoratif.

Le terme Art déco est né dans les années 1960 en référence à l’Exposition internationale de 1925 qui consacre ce style. L’expression « style moderne » était le terme utilisé à l’époque.
L’Art déco est né en France, il concerne essentiellement les arts appliqués (mobilier, orfèvrerie, verrerie, art du livre, vases, luminaires, objets de décoration et du quotidien, mode).
C’est la recherche de la simplification des formes, la stylisation des motifs.
Il s’inspire de la modernité des arts de son époque (l’art abstrait, le futurisme, le cubisme, le fauvisme, mais aussi l’art africain, asiatique, égyptien, Amérique du sud)

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Palais de la Porte Dorée, Paris, 1931 Architecte Albert Laprade Bureau-bibliothèque de l'Ambassade française de Pierre Chareau à l’Exposition internationale de 1925, Musée des Arts Décoratifs

Quelques artistes :  Architecture  et architecture d’intérieur : Eileen Gray, Verrerie : René Lalique, Ferronnerie : Raymond Subes, Art du livre, reliure: Pierre Legrain. En peinture, certains artistes sont associés au mouvement  moderne (Raoul Dufy, Sonia et Robert Delaunay, Fernand Léger) ainsi Tamara de Lempicka, Paul Jouve …

L’art déco en architecture, exemples à Nice

Il faut noter la difficulté liée aux styles qui cohabitent avec l'Art Déco, soit le mouvement moderne et le style international. Ces styles s’entrecroisent parfois.

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Il n’y a pas de matériau de construction privilégié.

Sont utilisés le béton armé, la pierre de taille, la brique.
Plusieurs matériaux cohabitent parfois.

Exemple à Nice : Quartier Musiciens, 1 rue Berlioz, 1933, Architecte : Gaton Messiah

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Pour les immeubles, l'architecture Art Déco refuse les angles droits.

Les immeubles d'angle sont souvent arrondis.

Exemple à Nice : Quartier Musiciens, 81 rue de France

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Les Pans coupés sont utilisés sur les façades, les fenêtres et les portes.

Exemple à Nice : Palais Mascotte, 197 promenade des Anglais

Conçu à partir de 1930, une petite tourelle circulaire à colonnes vient habiller le sommet de l'angle du bâtiment.

Architecte : Ernest-O. Sorg

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Les frontons géométriques chapeautent les façades, souvent en trois parties pyramidales.

Exemple à Nice : Palais saint-Jean, Quartier Lépante, 14 Boulevard du Maréchal Foch

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Architecte : Ghilionda

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Les bow-windows apparaissent.

Ce sont des fenêtres qui rompent la monotonie des façades, en avançant sur la rue elles agrandissent la surface intérieure et créent du relief à l'extérieur.

Exemple à Nice : 43 boulevard Gambetta

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Les artistes de l'Art Déco restent très attachés à la décoration extérieure et intérieure. Apparaissent les portes en ferronnerie, des motifs décoratifs aux balcons ou aux garde-corps, des bas-reliefs au-dessus des portes, des mosaïques, de la céramique, de la peinture et des sculptures.

Exemple à Nice :  La Rotonde, 1929, 41 boulevard Gambetta, angle rue Cafarelli. Architecte : Georges Dikanski

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La ferronnerie, aux motifs simples ou complexes, est utilisée pour les portes, les garde-corps, les grilles, les balcons. Les motifs en spirale sont caractéristiques de l'Art Déco.

Exemple à Cannes : Escalier intérieur de l’ancien Hotel Martinez, la Croisette, Cannes

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Les motifs floraux sont présents, souvent géométriques et stylisés, avec une prédominance pour  les fleurs, les fruits, les corbeilles en bas-relief.

Exemple à Nice : Palais Moderne, 20 Rue Pertinax, quartier Carabacel, Nice

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Les fenêtres en forme de hublots apparaissent, en s’inspirant des paquebots transatlantiques.

Exemple à Nice :

Immeuble L’Empire, angle boulevard Dubouchage, rue Blacas, Nice

La poterie et la céramique architecturale

L’Art Nouveau puis l’Art Déco utilisent la céramique comme technique décorative. De nombreux potiers et céramistes travaillent sur la Côte d’Azur, la mode de la céramique architecturale dynamise une industrie. Le bleu turquoise des balustres est emblématique de cette période.

À Vallauris, la famille Massier  connait une renommée internationale avec des succursales à Nice, Menton, Paris et New York (exemple du clocher de l’église de la rue Vernier et de l’église russe).

À Menton, Joseph Saïssi créé une importante manufacture de céramique qui produit des céramiques architecturales (briques, tuiles, cheminées, balustres).

Les Massier et Saïssi obtient des prix à l’Exposition Universelle de Paris de 1900 et à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes à Paris en 1925.

Des architectes célèbres exploitent la céramique, dont Charles Garnier (toiture en tuiles émaillées à l’Observatoire de Nice), Adrien Rey à Menton (halles du marché de Menton), Georges Tersling (balustres, tuiles de la villa Masséna à Nice).

Quelques bâtiments emblématiques de L’Art déco dans les Alpes-Maritimes

Après la guerre de 14-18 si le style « belle époque demeure quelque temps à la suite de l’exposition des arts décoratifs en 1925 il sera remplacé par le style Art Déco plus simple et dépouillé, l’emploi de formes géométriques et le remplacement des fresques par de la mosaïque. Le béton apportera en fin de période l’apparition des volumes.

  • Le Palais de la Méditerranée

1927 -1928, inauguration début 1929
Architectes : Dalmas père et fils, Charles et Marcel
Promenade des Anglais, Nice

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Le Palais de la Méditerranée représentait la réalisation du « plus somptueux casino du monde »
Le 10 janvier 1929, le Palais de la Méditerranée ouvre ses portes, c’est un enjeu économique important pour Nice et sa région. Il propose une hôtellerie et une restauration de luxe, des salles de jeux, des représentations théâtrales, des concerts et fêtes.
C’est un bâtiment monumental en béton armé, symbole du style art-déco à Nice.
Sa façade principale sur la promenade des Anglais et la façade en retour sur la rue du Congrès ont été classées au titre des monuments historiques en 1989 et ont le label «Patrimoine du XXe siècle».
Ce sont les seuls éléments sauvegardés de cette époque.

Description :

- La façade est totalement symétrique rythmée en 3 parties verticales et 3 niveaux.
- Au rez-de-chaussée, 7 grandes arches sont soutenues par des colonnes cannelées.
- Au premier niveau, des balcons arrondis ornés de ferronneries rythment la façade, ils s’ouvrent sur de très hautes baies.
- La partie sommitale est constituée d’un entablement de style classique. Deux frontons pyramidaux chapeautent les extrémités gauche et droite du bâtiment. Ils sont ornés de deux chevaux cabrés entourés de deux vénus, œuvre du sculpteur Antoine Sartorio.

Cette façade Art Déco, son décor se réfèrent à l’antiquité, au temple grec avec ses pilastres, ses colonnes, son entablement, ses bas-reliefs.

  • L'immeuble La Rotonde

1929-1930
Architecte : Dikansky
41 boulevard Gambetta, Nice
Inscrit au titre des monuments historiques en 2013. Label « Patrimoine XXe siècle ».

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© libre de droits, image Jean-Luc Simerey

L'Art Déco : Immeuble La Rotonde, 1929, 41 boulevard Gambetta, Nice

L'architecte Georges Dikansky est un des représentants du style Art déco, à Nice.

Ce bâtiment comporte six étages d’appartements. La rotonde lui sert de symbole et lui a donné son nom. Sur le toit-terrasse, se trouvent deux belvédères. L'intérieur est d'une grande qualité de réalisation pour ses parties communes, avec son vestibule, sa grande cage d'escalier, son décor et ses vitraux. Des céramiques à motifs floraux et abstraits décorent la partie supérieure des façades.

  • L'Hôtel des Postes

1931
Architecte : Guillaume Tronchet
Avenue Thiers
Label « Patrimoine XXe siècle »

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© libre de droits, image Jean-Luc Simerey

L'Art Déco : La poste Thiers, Nice

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Avec l’important développement de la ville s’est imposé le besoin d’édifier une nouvelle poste, plus importante que l’hôtel des Postes de 1887 dans la rue éponyme. Le nouveau choix stylistique tranche sur l’éclectisme « Belle Epoque » de l’ancien établissement.

Œuvre d’un Grand Prix de Rome, elle est bâtie en face la gare de l’avenue Thiers, en 1931, par Guillaume Tronchet et se présente comme une leçon d’architecture par l’emploi exclusif de la brique. Bien que plus représentative d’une « architecture du nord », elle marque le courant stylistique de renouvellement ostentatoire des années 30. Ainsi le matériau choisi est inhabituel pour la région, mais Tronchet met en œuvre au moins quatorze opus différents de briques qui animent les surfaces de manière décorative de ce bâtiment art-déco. Les vitraux sont de Jacques Gruber.

La fonctionnalité n’a pas été oubliée avec notamment centre de tri, télégraphe, salon de correspondance. Notons aussi qu’elle est reliée en souterrain aux quais de la gare.

  • Immeuble Gloria Mansions

1932 et 1934
Architecte : Garabed Hovnanian
123 rue de France, Nice
Inscrit au titre des monuments historiques en 1992. Label « Patrimoine XXe siècle ».

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Immeuble 71 appartements en béton armé réalisé à base de sable mélangé à la nacre de coquilles d’huîtres.
L'immeuble, d’inspiration new-yorkaise et méditerranéenne, est réalisé pour Joachim Nahapiet, un promoteur d'origine iranienne ayant fait fortune aux Etats-Unis. Immeuble de rapport, ses espaces de réception et parties communes, son décor sont du style Art Déco. Les vitraux, signés par Lasalle, d'après les œuvres du peintre Mahokian, représentent des paysages pointillistes.

  • Le Palladium

1930
Architecte : Jean-Pierre Labbé, ingénieur Gaston Nénot
77 boulevard Gambetta, Nice

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Construit en béton coloré, teinté dans la masse et incrusté de nacres, l’immeuble repose sur un soubassement constitué de pierres.

C’est un important immeuble, avec un corps central organisé autour d’une cour intérieure, d’inspiration classique grecque avec des détails orientalistes (chapiteaux, corniches ). Moderne et confortable pour l’époque, il propose l’eau courante chaude et froide, un ascenseur, une gaine à ordures ménagères, chauffage central, planchers silencieux, téléphone, garage.

Il faut évoquer d’autres constructions de l’époque Art déco :

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Monument aux morts Rauba-Capeù à Nice Hôtel Martinez, la Croisette à Cannes Immeuble Glena à Menton
Bibliographie
http://www.lesartsdecoratifs.fr/francais/musees/musee-des-arts-decoratifs/collections/dossiers-thematiques/zoom-sur-301/