La Belle Epoque et l'éclectisme architectural dans les Alpes-Maritimes

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L’architecture de la Belle Époque sur la Côte d’Azur adopte le style dominant alors en France et en Europe : l’éclectisme. Il consiste à emprunter librement aux styles anciens (classique, roman, gothique, renaissance, baroque)  des éléments pour composer une œuvre nouvelle.

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Le contexte général et local

L’architecture de la Belle Epoque sur la Côte d’Azur adopte le style dominant alors en France et en Europe : l’éclectisme. Il consiste à emprunter librement aux styles anciens (classique, roman, gothique, renaissance, baroque)  des éléments pour composer une œuvre nouvelle. La prestigieuse Ecole des Beaux-Arts de Paris, qui forme les meilleurs architectes, contribue à le diffuser.

Sur la Côte d’Azur, l’éclectisme adopte une grande liberté de variations. On retrouve cette fantaisie architecturale dans d’autres stations de villégiature, stations balnéaires comme Deauville, ou stations thermales, comme Vichy. Parmi les choix originaux, on trouve des architectures importées de territoires éloignés (villa normande, villa mauresque, villa moghole). L’influence italienne sur la Riviera, et plus particulièrement de la Renaissance italienne, s’explique par le passé sarde d’une partie du territoire et par une localisation à la porte de l’Italie. Ainsi, le baron Vigier demande à l’architecte Victor Sabatier de lui édifier une villa inspirée de la Ca d’Oro de Venise (aujourd’hui détruite) dans sa propriété du Mont-Boron à Nice.

Une architecture qui donne de l’importance au décor
Une caractéristique propre aux constructions de la Côte d’Azur est l’importance des ornements. On trouve des décors en stuc placés sur les enduits qui recouvrent les murs de pierres. La présence de nombreuses frises sous le toit, sous forme de stucs, mais aussi de fresques, plus rarement de sgraffites ou de céramiques, est caractéristique de la région. Les architectes recourent aussi au travail des potiers, qui, tels Massier ou Saïssi, produisent des céramiques architecturales : les balustres, souvent bleues, sont placées aussi bien sur les murs de clôture des propriétés que sur les bordures des terrasses, des balcons ou des toits qu’elles cachent. Les façades sont enrichies de frontons, de colonnes ou pilastres qui jouent sur les verticales, ainsi que de cordons et bandeaux qui jouent sur les horizontales. On trouve des sculptures comme des mascarons, des atlantes ou de cariatides, parfois des panneaux de bas-reliefs. Ce sont souvent des objets de série, mais il arrive que de véritables artistes interviennent, tels les sculpteurs Auguste Rodin et Charles Cordier pour la villa Neptune, sur la promenade des Anglais. Les ferronniers d’arts enfin travaillent les marquises ouvragées, les grilles des portes ou des balcons.
Différents types d’édifices de style éclectique

Les édifices construits en grand nombre pendant cette période pour loger une population bourgeoise et aristocratique plus nombreuse adoptent volontiers le style éclectique. Les villas qui se multiplient à la périphérie des villes ou des villages, isolées sur des parcelles avec jardin, rivalisent de prétentions esthétiques. Prisée pour son climat et sa végétation, la Riviera accorde alors naturellement une place de choix à la vie en extérieur : les loggias sont une forme largement répandue. Les silhouettes des villas se détachent d’autant mieux dans le paysage qu’elles comportent d’élégants belvédères qui offrent à leurs résidents des vues panoramiques. Les jardins d’hiver, de fer et de verre, sont également à la mode.

Certains particuliers choisissent de construire des « folies », comme le château d’inspiration moghol sur le Mont-Boron à Nice, bâti par l’ingénieur anglais Robert Smith, qui a fait sa carrière aux Indes. Théodore Reinach demande à l’architecte Emmanuel Pontremoli de s’inspirer des villas antiques de l’île de Delos en Grèce pour bâtir sa villa Kerylos à Beaulieu. Crozet Fourneyron demande à l’architecte niçois Charles Bermond une forme ronde pour sa villa La Vigie à Saint -Jean-Cap-Ferrat.

En ville, les immeubles de rapport sont d’abord influencés par le modèle parisien de l’immeuble haussmannien. A partir des années 1900, ils connaissent une plus grande fantaisie architecturale, avec des bow-windows désormais autorisés par les règlements municipaux, des dômes d’angles, des balcons soutenus par des consoles travaillées…

Certains édifices, comme le grand hôtel, le palace ou le casino, sont caractéristiques des architectures éclectiques de la villégiature. Les programmes traditionnels préfèrent opter pour des styles plus « sages », comme les palais de justice souvent néo-classiques et les églises souvent néo-gothiques.

Les architectes de l’éclectisme

Parmi les architectes qui travaillent sur la Côte d’Azur, on trouve des Niçois et des « étrangers ». On croise parmi eux quelques grands noms de l’architecture. Charles Garnier, l’architecte le plus renommé du Second Empire, Grand Prix de Rome, auteur de l’Opéra de Paris, construit le casino de Monte-Carlo et l’Observatoire de Nice. Gustave Rives, l’architecte du Grand Palais à Paris, vient à Menton édifier l’hôtel Alexandra. Paul Chedanne, Grand Prix de Rome, fait les plans de l’hôtel Riviera à Beausoleil pour la compagnie des Wagons-Lits. Certains architectes se fixent sur la Côte d’Azur, séduits par le milieu qu’ils découvrent et par les opportunités professionnelles. Nous pouvons citer parmi les étrangers le Danois Georg Tersling, le Suisse Bernardin Maraïni, le Polonais Adam Dettloff et le Hollandais Edouard Niermans.

Beaucoup d’autres architectes sont originaires de la région. Les meilleurs passent par l’Ecole des Beaux Arts de Paris. Parmi eux, on peut citer le Niçois Sébastien Marcel Biasini à la tête d’un gros cabinet d’architecte, transmis ensuite à son fils. L’ouverture en 1881 de l’Ecole Nationale d’Art Décoratif de Nice multiplie les chances d’entrer dans la prestigieuse école parisienne. C’est le cas par exemple de Charles Dalmas, Jules Febvre, Charles Legresle, Joseph Mars qui après y avoir achevé leur formation reviennent exercer dans la région ... (En revanche, les Niçois Albert Tournaire et Emmanuel Pontremoli qui remportent le prestigieux Grand Prix de Rome font l’essentiel de leur carrière loin de la Côte d’Azur.) Tous ces architectes, issus d’origines très différentes, partagent un même goût pour l’éclectisme et leurs plus belles réalisations sont présentées dans les revues d’architecture.

Une remise en question de l’éclectisme à la fin du XIXe siècle
Des réactions se font jour à partir des années 1890 contre les surcharges de stucs et certains édifices qualifiés de « pâtisseries indigestes ». Des architectes font le choix de rejeter l’ornement et d’orienter leur création sur le travail des volumes, ouvrant ainsi la voie aux architectes modernes de l’après-guerre.  D’autres se tournent vers l’«art nouveau», qualifié aussi de «modern style» ou «style liberty», dont les formes sont inspirées de la végétation et de la nature. La fin de la Belle Époque ne correspond cependant pas à la fin de l’éclectisme et ce style architectural se maintient jusque dans les années 1920, comme une nostalgie d’un âge d’or révolu.
Conclusion
Les édifices de style éclectique sont aujourd’hui notre patrimoine. Malgré quantité  de destructions motivées par une frénésie de spéculation immobilière qui s’empare de la Côte d’Azur après la seconde guerre mondiale, il nous reste de beaux témoins de cette époque qui font aujourd’hui l’objet d’une protection au titre des monuments historiques.
Bibliographie

Nice is nice
Film de Jean-Pierre Mocky, 14 mn
En faisant intervenir deux touristes étrangers tout droit sortis de ses longs métrages de fiction, Jean-Pierre Mocky retrace l'histoire architecturale de Nice entre 1880 et 1914. Entraînés avec humour dans cette virée niçoise, nous découvrons l'épanouissement du style Belle Epoque qui balaya le néo-classicisme au profit de bâtiments monumentaux, théâtres de réceptions fastueuses.

Nice, Belle époque
José Maria & André Giordan
Éditeur : Nice, Serre éd., impr. 2005

L'architecture Belle Époque à Nice
Michel Steve
Collection: Guides d'azur, thèmes et parcours, Éditeur : Nice, Demaistre, 1995

L'architecture Belle Époque à Menton
Michel Steve
Collection :  Guides d'azur, thèmes et parcours, Éditeur : Nice, Demaistre, 1998