Le cabanon Le Corbusier,
Roquebrune-Cap-Martin

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L’architecte Le Corbusier venait se reposer et travailler dans un petit cabanon qu'il avait lui-même conçu, à Roquebrune-Cap-Martin. C´est une construction modeste par ses dimensions mais généreuse par les propositions architecturales et plastiques mises en œuvre, érigée en 1952.

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Présentation
Le 27 août 1965, l’architecte Le Corbusier décédait à Roquebrune-Cap-Martin. Attaché au Cap-Martin de son vivant, il l'est aussi dans sa mort puisque sa tombe domine la baie de Roquebrune. Il venait s’y reposer mais aussi travailler dans un petit cabanon qu'il avait lui-même conçu. C´est une construction modeste par ses dimensions mais généreuse par les propositions architecturales et plastiques mises en œuvre, érigée en 1952. Le cabanon existe toujours et peut se visiter.
Les principes de Le Corbusier

Charles-Édouard Jeanneret (1887-1965), dit Le Corbusier, est un architecte, urbaniste et peintre français d'origine suisse, chef de file du mouvement moderne en architecture.

En 1920, il compare la maison à une “ machine à habiter ”. C’est à cette époque qu’il adopte le surnom de “ Le Corbusier ”.

Pour Le Corbusier, l’urbanisme représente la science et le progrès. La ville doit remplir les besoins universels d’un être humain type. L’urbanisme rationnel devient l’application répétée et systématique du meilleur des modèles possibles, valable partout et de tout temps, indépendamment du sol, du climat ou de la culture des habitants.

Ses écrits témoignent d’une vision qui tient largement compte de l'introduction de la machine dans le monde moderne.

Il est le principal rédacteur de la Charte d’Athènes, rédigée en 1933. Ce texte énonce les moyens d'améliorer les conditions d'existence dans la ville moderne, qui doit permettre l'épanouissement harmonieux de quatre grandes fonctions humaines: habiter, travailler, se divertir et circuler.

Dès 1934, il édite ses principes en architecture :

- un urbanisme fonctionnaliste,

- la suppression de la rue, qui gaspille l’espace aux dépends des logements,

- une architecture de masse, standardisée, dont on minimise l’emprise au sol,

- le développement de tours et la concentration verticale de la ville, permettant de libérer de la place pour de grands espaces verts.

De 1929 jusqu'en 1945, ses recherches portent sur la concentration urbaine.

En 1943, Le Corbusier pose les bases de l’urbanisme d’après-guerre.

De 1945 à 1955, il met au point un système de calcul de proportions baptisé « Modulor ». En 1947, Le Corbusier offre lors d’une conférence les règles d’utilisations du Modulor, système qu’il a mis au point, aidé par son équipe, afin à la fois d’uniformiser les rapports de mesures entre les systèmes métrique et anglo-saxon, mais aussi de permettre de trouver des rapports entre les mesures elles-mêmes, afin de les harmoniser dans l’invention d’une sorte de nouveau nombre d’or. Le Modulor s’appuie sur une sorte de corps idéal aux mesures de références qui permet de trouver les correspondances entre les espaces dans l’architecture et le design, pour une meilleure adaptation des relations entre l'homme et son espace vital. Il s'agit d'un mot-valise composé sur « module » et « nombre d'or ». En effet, les proportions fixées par le modulor sont directement liées au nombre d'or. Par exemple, le rapport moyen entre la taille (1m83) et la hauteur du nombril (1m13)  est égal à 1,619, soit le nombre d'or à un millième près. Le Corbusier emploiera largement le Modulor dans toutes ses œuvres d'après guerre, dont les Cités Radieuses. Le Corbusier a ainsi créé des séries de meubles reprenant le Modulor.

Le Modulor a, par ailleurs, permis de définir les hauteurs des plans de travail en cuisine, des lavabos, des tables et des chaises pour déjeuner.

Dans la même période, Le Corbusier s’intéresse au problème de la densification des villes et préconise le développement vertical de l’habitat, avec une attention particulière sur l’environnement végétal. C’est l’apparition du concept d’ «unité d’habitation», qui est un complexe de logements de différents types, rassemblés en hauteur, complétés, au sein du bâtiment, de magasins, jardins d'enfant et cafétéria, ou, à l'extérieur du bâtiment, d'école et d'installations sportives. De grandes zones de verdure entourent l'unité d'habitation.

Quelques-unes de ses réalisations

Dès les années 20, Le Corbusier utilise des éléments standardisés préfabriqués en usine, qui permettent de varier à l'infini les combinaisons d'une ossature indépendante.

La villa Savoye à Poissy (1929) reste sa réalisation la plus célèbre, appliquant méthodiquement les “cinq points de la nouvelle architecture” :

- des pilotis pour limiter la surface de contact avec le sol,

- le plan libre ( les poteaux remplacent les murs porteurs, ce qui libère l'agencement des volumes),

- la façade libre avec ses pans de verre,

- la fenêtre en bandeau, en longueur, qui laisse entrer la lumière à flots,

- le toit-terrasse qui permet d’optimiser l’utilisation de l’espace, d'y aménager des jardins, solariums, piscines...

 En 1951, il est l’architecte-conseil du gouvernement du Penjab qui construit sa nouvelle capitale, Chandigarh, et réalise le Capitole, le Palais de justice, la secrétairerie et le palais de l'Assemblée.

Le Corbusier combine le concept d’Unité d’habitation » avec les ressources du “Modulor” pour réaliser la “ Cité radieuse ” de Marseille (1947-1952). Le principe est celui du casier à bouteilles : les appartements sont construits à l’intérieur d’une structure indépendante de poteaux et de poutres en béton. Les appartements sont constitués d’éléments standards assemblés sur place.

Il conçoit la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp (1950) et le couvent Sainte-Marie-de-la-Tourette (1960) près de Lyon, ainsi que la Maison des jeunes et de la culture de Firminy (1961-1965).

En dépit des critiques (on l’accuse de défigurer le paysage français), l’influence intellectuelle de Le Corbusier va prendre une ampleur considérable. Dans les années 50, sa réputation est mondiale.

Le cabanon de Roquebrune-Cap-Martin, 1952 

La genèse du projet

Le Corbusier est familier du site de Roquebrune-Cap-Martin depuis les années 1930. Il séjourne en effet régulièrement à la villa E 1027 d’Eileen Gray conçue par lui-même, Eileen Gray et l’architecte Jean Badovici. Son ami Thomas Rebatuto, propriétaire du bar-restaurant « L’étoile de mer », lui concède une parcelle sur laquelle Le Corbusier installe, en 1952, un cabanon de 366 x 366 cm et de 226 cm de haut, en rondins de bois et contreplaqué, avec vue sur la Principauté de Monaco. En échange du terrain, Le Corbusier conçoit et construit à ses frais, en 1957, une habitation légère baptisée « Unités de camping », composée de 5 logements à but locatif et bâtie dans le même esprit que le cabanon, avec une étude précise des couleurs tant extérieures qu'intérieures.

Sur ce secteur, d'autres projets de Le Corbusier  n’ont pas abouti, notamment les villas Roq et Rob qui devaient concrétiser ses recherches menées sur un modèle d’habitat groupé, adapté aux reliefs méditerranéens.

L’esprit du projet

L'analyse de ces projets nous montre les préoccupations de Le Corbusier en ce qui concerne la construction sur la Côte d'Azur, mais aussi le développement d'idées glanées dans sa jeunesse lors de ses pérégrinations en Méditerranée. Son cabanon ne fait cependant que s'inscrire dans le prolongement de ses études sur la maison minimale, le logement social et les constructions standardisées. Il est dans la continuité des recherches sur les immeubles-villas dont la cellule-type, le Pavillon de l'esprit nouveau, est présentée à l'Exposition des Arts Décoratifs de Paris en 1925. Il est aussi dans la logique de l'admiration que portait Le Corbusier aux cabines de luxe des paquebots. Le cabanon est considéré comme un prototype, "prototype blockhaus" pour des constructions en série pouvant être réalisées par des entreprises artisanales.

 

Les caractéristiques du cabanon

Toutes les dimensions du cabanon sont calculées en fonction du « Modulor ». La construction, réalisée par le menuisier Charles Barbéris, s’inscrit dans un carré de 3,66 m de côté. Une bande latérale de 0,70 cm de largeur accueille un couloir et les toilettes. L’intérieur est divisé en quatre rectangles virtuels avec, au centre, un carré.

Les deux premiers rectangles reçoivent chacun un lit et sont séparés par une table mobile. Dans le troisième rectangle se trouvent un meuble de rangement et une table servant au travail ou au repas. Le quatrième rectangle comporte une armoire. Le carré central est constitué d’une colonne avec un lavabo en inox. Les dimensions des fenêtres s’adaptent à l’environnement extérieur. Deux d’entre elles sont munies de volets intérieurs. Le faux-plafond est composé de panneaux peints en blanc, rouge, bleu et vert et est partiellement décaissé, ce qui permet d’y loger des compartiments de rangement pour les valises. Le plancher est peint en jaune. Les revêtements utilisés pour les surfaces intérieures verticales, chêne, noyer et contreplaqué,  ont gardé leur teinte naturelle. L’extérieur a été réalisé en dosses de croûtes de pin. En dépit d’un avenir prometteur, le cabanon n’a jamais été produit en série.

En fait le cabanon correspond plus à une chambre d’amis qu’à un logement autonome. En 1954, Le Corbusier s’installe un bureau attenant dans une modeste baraque de chantier, et  prend ses repas au restaurant de « L’étoile de mer », qui n’est séparé du cabanon que par une porte, comme une maison dont les différentes pièces seraient dispersées dans la nature…

Ressources

Jean-Lucien Bonillo et Jean-François Pousse, L’architecture contemporaine sur la Côte d’Azur, Les presses du réel, 2011

www.fondationlecorbusier.fr

Pour visiter :

https://capmoderne.com/fr/