La chapelle Cocteau,
Villefranche-sur-Mer

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En 1957, après de nombreux séjours à l’Hôtel Welcome de Villefranche-sur-Mer, Jean Cocteau entreprend la décoration de la chapelle Saint-Pierre, en signe d’amitié envers les pêcheurs du village, propriétaires de la chapelle. Aujourd’hui, ce lieu peut être visité. On peut y voir des scènes inspirées de la vie méditerranéenne locale ainsi que des épisodes de la vie de saint Pierre, patron des pêcheurs. 

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La chapelle
Vue de la façade de la Chapelle Saint-Pierre de Villefranche-sur-Mer © Prud’homie des pêcheurs de Villefranche-sur-Mer « Avec l'aimable autorisation de M. Pierre Bergé, président du Comité Jean Cocteau »

Vue de la façade de la Chapelle Saint-Pierre de Villefranche-sur-Mer

La chapelle Saint-Pierre est située sur le port de Villefranche-sur-Mer. Construite dans un style roman, elle daterait vraisemblablement de la seconde moitié du XVIe siècle. La chapelle aurait été édifiée par une confrérie locale de pêcheurs. Lieu de culte à ses débuts, la chapelle devient tribunal de pêche, avant de servir de remise à filets.

Jean Cocteau

 Figure artistique protéiforme du XXe siècle, Jean Cocteau est essentiellement connu pour son œuvre poétique, littéraire ou cinématographique.

L’artiste abordera également avec talent d’autres domaines artistiques. Dessinateur tout au long de sa vie, cette forme d’expression artistique lui permit de s’initier aux techniques plastiques les plus diverses, abordant la peinture ou encore  la tapisserie, ainsi que la fresque dans les dernières années de sa vie.

De cette dernière époque, datent en effet de nombreuses décorations murales, réalisées principalement sur le territoire de la Côte d’Azur.

En 1950, Jean Cocteau, installé à la Villa Santo Sospir dont il décore les murs, confie à son ami Albert Lorent, délégué au tourisme à Villefranche-sur-Mer, son désir de décorer la chapelle Saint Pierre. L’artiste souhaitait en effet, en souvenir de ses années passées à Villefranche-sur-Mer1, redonner un aspect religieux et artistique à ce tribunal de pêche devenu au fil du temps, un entrepôt de matériels pour les pêcheurs.

Après plusieurs années de négociation,  la mairie de Villefranche-sur-Mer réussit à convaincre les pêcheurs de vider la chapelle de leurs matériels et filets pour y retrouver un lieu de culte et de pèlerinage.

Les travaux de rénovation sont entrepris à partir de l’été 1956 et Jean Cocteau s’attaque à la décoration à partir de l’année 1957.

1.Jean Cocteau  séjourna de 1924 à 1935 à l’Hôtel Welcome de Villefranche-sur-Mer, situé en face de la Chapelle Saint-Pierre. 

La décoration intérieure

 Jean Cocteau conçoit la décoration de la chapelle dans un style dépouillé et graphique où cohabitent figuration et abstraction.

Les panneaux de la chapelle se partagent principalement en deux séries. Avant la première des deux arches romanes qui divisent l’espace intérieur de la chapelle, Jean Cocteau s’inspire du monde méditerranéen.  Après la première arche, la nef, l’abside et le chœur illustrent des épisodes de la vie de saint Pierre1, saint dédicataire de la chapelle.

Des motifs purement géométriques viennent décorer la coupe des arches, tel un réseau de lignes qui doivent concourir à l’impression d’un vaste filet de pêche dans lequel le visiteur se trouve pris.

Pour réaliser ses fresques, Jean Cocteau projette par transparence ses dessins sur les murs et les voûtes de la chapelle, puis fixe les lignes d’abord au fusain puis à la peinture. Les surfaces blanches sont polies avec du papier de verre afin de leur donner la légèreté de la craie. Jean Cocteau inscrit ensuite des taches de couleurs en contournant les lignes.

1.Jean Cocteau, s’inspire d’épisodes de la vie de Pierre lorsque celui-ci fut disciple aux côtés de Jésus, puis apôtre, ayant pour mission d’annoncer et répandre le message évangélique à la mort du Christ

L’univers Méditerranéen

 

Vue du panneau les "demoiselles de Villefranche", Chapelle Saint-Pierre de Villefranche-sur-Mer © Prud’homie des pêcheurs de Villefranche-sur-Mer © ADAGP, Paris, 2015 « Avec l'aimable autorisation de M. Pierre Bergé, président du Comité Jean Cocteau »

Vue du panneau les "demoiselles de Villefranche", Chapelle Saint-Pierre de Villefranche-sur-Mer

Le premier panneau évoque la vie locale et rend hommage aux demoiselles de Villefranche. Elles sont représentées « … dans les atours qu’elles eurent avant que la grande vague de dépersonnalisation ne vint balayer les charmes du langage et du costume1». L’une d’elles porte la capeline. Elle tient dans ses mains un panier dans lequel se trouvent des poissons et des oursins, produit de la pêche. La seconde est coiffée d’un mouchoir de tête, elle lève les yeux vers le ciel tout comme les deux pêcheurs au premier plan qui attirent le regard du spectateur vers les anges qui gravitent autour du soleil.

Dans ce panneau, Jean Cocteau rend sans doute hommage à la « Baie des anges », nom également donné au littoral azuréen. Selon la tradition, ce nom aurait été donné par les pêcheurs qui remontaient dans leurs filets des « anges des mers », petit requin inoffensif présent autrefois sur le littoral et dont les ailerons ressemblent à des ailes.

Le panneau de droite est un hommage aux gitans des Saintes Maries-de-la-Mer2.

On y voit un guitariste accompagnant la danse d’une petite fille, tandis qu’un pêcheur raccommode son filet. Au dessus de la roulotte, un ange déploie un étendard et la vierge Marie apparait tenant dans ses bras l’enfant Jésus.

Ce panneau s’inspire  d’une photographie de Lucien Clergue de 1955 représentant les musiciens Manitas de Plata et José Reyes3.

1.Jean Cocteau dans « La Chapelle Saint-Pierre » éditions du Rocher, Monaco, 1957

2.La légende des Saintes-Maries raconte qu’à la mort du Christ, Marie Jacobé, sœur de la Vierge, et Marie Salomé, mère des apôtres Jacques le Majeur et Jean, accompagnées de Sarah, leur servante, originaire d'Égypte, de Lazare, le ressuscité, de Marthe, sa sœur, et de Marie Madeleine, la pécheresse, sont chassés de Palestine. Après une traversée en barque, sans voile ni rame, ils accostent en Camargue. Tandis que leurs compagnons partent évangéliser la Provence, les saintes, plus âgées, s'installent à l'endroit de l'actuelle église du village, où, dit-on, elles font construire un autel. En 1448, le Roi René ordonne des fouilles dans l’église Notre-Dame-de-la-Mer qui permettront de retrouver les reliques des saintes. Dès cette découverte, les Saintes-Maries deviennent un important lieu de pèlerinage. La communauté gitane y célèbre chaque année le culte de sainte Sarah, la patronne des gitans.

3.Manitas de Plata et José Reyes,  photographie de Lucien Clergue, 1955, sur le site d’Anne Clergue, commissaire d’exposition.

Episodes de la vie de saint Pierre

 

Détails du Panneau « Pierre bafoué par les soldats de Pilate après le reniement », Chapelle Saint-Pierre, Villefranche-sur-Mer © Prud’homie des pêcheurs de Villefranche-sur-Mer © ADAGP, Paris, 2015 « Avec l'aimable autorisation de M. Pierre Bergé, président du Comité Jean Cocteau »

Détails du Panneau « Pierre bafoué par les soldats de Pilate après le reniement », Chapelle Saint-Pierre, Villefranche-sur-Mer

Après la première arche, les panneaux évoquent des épisodes de la vie de Pierre. A gauche, Cocteau représente les soldats de Pilate outrageant Pierre après le reniement. L’expressivité des corps traduit la violence de la scène, Pierre est saisi avec forces par les soldats de Pilate, tandis qu’un homme tente de le libérer. Une femme au premier plan, prophétise par la main devant son visage, les trois reniements de Pierre. 

Le panneau d’en face représente l’ange délivrant Pierre endormi dans les prisons du roi Hérode. La présence d’un anneau d’amarrage situe la scène sur un quai.

Sur les murs de l’abside et du chœur, Jean Cocteau représente le miracle de la marche sur les eaux. Pierre, craintif, s’élance sur l’eau, alors qu’il ignore être soutenu par un ange. Le Christ, regarde avec tendresse Pierre. Jean Cocteau transpose le récit biblique sur les côtes azuréennes, comme l’atteste la représentation de la Citadelle de Villefranche au dessus de l’ange.

Les pêcheurs assistent, avec étonnement au miracle. Cocteau représente l’œil du pêcheur situé à gauche de la scène sous la forme d’un poisson. Ce traitement stylistique traduit chez Jean Cocteau, l’invention d’une symbolique méditerranéenne, emprunte de motifs locaux et d’allusions au monde traditionnel des pêcheurs. 

L’intérieur de l’entrée

 Sur le mur intérieur de l’entrée, de chaque côté de la porte, Jean Cocteau a représenté les deux chandeliers de l’apocalypse. Les yeux des chandeliers en céramique ont été cuits dans les fours à bois de Valbonne et sont orientés vers l’autel. Au dessus de la porte, Cocteau a inscrit l’invitation suivante : « Entrez vous-mêmes dans la structure de l’édifice comme étant des pierres vivantes »1

 

1.Jean Cocteau s’inspire ici de la première épitre de Pierre (2 :4,5) « Approchez-vous de lui, pierre vivante, rejetée des hommes, il est vrai, mais choisie et précieuse devant Dieu et, vous-mêmes comme des pierres vivantes, entrez dans la structure de l'édifice (…) ».

Le mobilier liturgique
 En dehors de la décoration des murs et voûtes de la chapelle, Jean Cocteau veille également à la conception du mobilier liturgique. L’autel, taillé dans un seul monolithe, a été réalisé par Michel Giovanetti. Il est orné des armes de saint Pierre, dessinées par Cocteau, et surmonté d’un tabernacle en forme de colombe dont la tête pourrait avoir été dessinée par Picasso. Les chandeliers reprennent la forme des candélabres décoratifs représentés sur la porte d’entrée ainsi que ceux réalisés sur la façade extérieure de la chapelle. Cocteau dessina également la chasuble rouge et or. 
Conclusion

  Inaugurée le 30 juin 1957, la chapelle de Villefranche-sur-Mer témoigne de l’univers poétique de l’œuvre azuréenne de Jean Cocteau. Terre d’accueil et source d’inspiration pour l’artiste, son attachement à la Côte d’Azur témoigne d’un profond méditerranéisme.

Dans son œuvre azuréenne, notamment fresques et peintures murales, tels les décors de la Villa Santo Sospir à Saint-Jean-Cap-Ferrat (1950) ou encore ceux de la salle des Mariages de la mairie de Menton (1957-1958), Jean Cocteau mêle symbolique méditerranéenne et inspirations bibliques ou mythologiques, marquant ainsi la rencontre du sacré et du profane. 

Le travail de Jean Cocteau à la Chapelle Saint-Pierre s’inscrit dans un contexte artistique marqué par un désir de spiritualité renouvelé à partir des années 1950 ; Matisse travaille à la décoration de la Chapelle du Rosaire à Vence, Picasso choisi de s’installer à la Chapelle de Vallauris pour l’édification de son temple sur la Paix, ou encore Marc Chagall et le cycle du Message Biblique. 

Ce mouvement de redécouverte de l’art sacré correspond plus largement aux grands chantiers de la reconstruction après la Seconde Guerre mondiale, ainsi qu’à une volonté de réconciliation entre l’église et l’art moderne, voire la civilisation moderne dans son ensemble. 

Renseignements pratiques 

 Adresse : Quai Courbet

Horaires d'ouverture: 

De 10h à 12h et de 15h à 19h (Printemps - été)
De 10h à 12h et de 14h à 18h (Automne - Hiver)

Fermée le mardi, le 25 Décembre.

Fermeture annuelle de mi-novembre à mi-décembre

Tarif : 3.00€ (Gratuit pour les moins de 15 ans)

Tél :+ 33 (0) 4 93 76 90 70