Le glissement de terrain
de la Clapière, Saint-Etienne-de-Tinée

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Le glissement de terrain de la Clapière est situé au sein du Parc National du Mercantour, à proximité de la frontière italienne, sur la commune de Saint-Etienne-de-Tinée, dans les Alpes-Maritimes, à 80 km au nord de Nice, et à 1 km en aval du village

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Où et quoi ?

Le glissement de terrain affecte la partie la plus basse du flanc sud-ouest du mont Ténibre, entre 1 800 et 1 100 mètres d’altitude environ, sur 1 100 mètres de largeur et 700 mètres de hauteur, soit une surface affectée de plus de 80 hectares sur 600 m de dénivelé. Il est limité par les vallons de Dailoutre au nord-ouest, celui  de Rabuons au sud-est et par la rivière Tinée au sud-ouest.

Vue légendée de la Clapière © Observatoire des instabilités Gravitaires Géoazur

Vue légendée de la Clapière 

Par ses dimensions et son volume d’environ 60 millions de mètres cubes, il est le plus grand glissement de terrain d’Europe. Avec des pointes de vitesse enregistrées à 1,5 mètre par jour dans les années 1980 et une vitesse moyenne estimée à plus de 15 mètres par an il est aussi l’un des plus rapides au monde et l’un des plus étudiés. Même s’il tend à ralentir depuis les années 2000, il montre encore  des phases d’accélération saisonnières et constitue une menace sérieuse pour la vallée.

Comment ?
La majorité des auteurs s’accordent sur le fait que l’existence de La Clapière trouve son origine dans la conjonction de plusieurs facteurs défavorables. Ils rejettent l’hypothèse d’une cause unique.
Géologie
Roches de la Clapière © Observatoire des instabilités Gravitaires Géoazur

Roches de la Clapière 

La partie de la montagne qui constitue le glissement de terrain est constitué par un matériel métamorphique hercynien (période géologique d’orogénèse s’étalant du Dévonien : - 400 MA au Permien : -250 MA) repris par la tectonique alpine : des gneiss plagioclastiques à biotite dits d’ « Anelle » parcourus par une longue bande de métadiorites stratiformes beaucoup plus massives et compactes, dites d’ « Iglière ». Le tout est fracturé de failles subverticales.

Le profil de la vallée de la Tinée a été dessiné par les glaciers qui se sont succédés lors des différentes phases de glaciations. A la fonte du dernier glacier il y a environ 10 000 ans, le versant de la montagne affecté par le glissement de la Clapière n’a plus été comprimé par l’importante masse des glaces. Les roches ont été fracturées par des failles. L’érosion glacière due à ces glaciations successives a entrainé une destructuration géologique de cette partie du massif par la rupture des foliations dans la structure des roches. Cette conjonction  a créé un facteur propice à une instabilité générale du versant, la cohésion du massif devenant insuffisante à vaincre la gravité. 

Hydrologie

La moyenne des précipitations à Saint-Etienne-de-Tinée est de 990 mm / an avec des maxima au printemps et en automne.

On peut considérer qu’une proportion importante d’eau s’infiltre, malgré la forte pente, grâce aux terrasses en contre-pente et à la fracturation du massif. L’éboulement initié, a donc vraisemblablement été accéléré par la circulation des eaux de surface ou souterraines. D’ailleurs, les mouvements de terrain sont beaucoup plus importants au printemps, à la fonte des neiges. Cette action de l’eau sur le massif contribue bien évidemment à son instabilité.

Histoire

Le premier indice dans l’histoire de ce mouvement se trouve dans l’étymologie du nom "Clapière". Il est dérivé du vieux terme vernaculaire "Clapasse", qui désigne une zone d’éboulis.

L’enquête de l’intendant Joanini datant de 1751-1752, nous apprend que « vers 1711, une portion du terroir s’est détachée de la montagne et a retenu la Tinée qui s’est étendue dans les prés et les a recouverts de sable et de graviers. » 

A partir du milieu du XXe siècle, la vitesse de glissement a sensiblement augmenté. Elle est ainsi passée d'une moyenne de 40 centimètres par an sur la période 1952-1965 à 60 centimètres par an entre 1965 et 1975 puis 150 centimètres par an entre 1975 et 1984 pour augmenter encore puisque des pointes à 10 centimètres par jour ont été mesurées en 1987 avant de redescendre à des valeurs de l'ordre de quelques millimètres par jour.  Depuis les années 2000, la vitesse générale du glissement de terrain s'est ralentie mais continue de présenter des variations saisonnières et le mouvement relativement homogène du versant s'est transformé, certaines parties, notamment à l'aval, s'étant plus ou moins stabilisées alors que d'autres, notamment en amont, sont encore actives.

Risques ?
Le risque majeur est un mouvement soudain et massif du glissement de terrain. Si un tel fait se produisait, les matériaux pourraient venir entraver le cours de la Tinée et provoquer une retenue d’eau dont le niveau submergerait le village de Saint-Etienne-de-Tinée ainsi que les terrains alentour. Si la  retenue d’eau venait à déborder vers l’aval, elle engendrerait une vague d’eau, de boue et de débris qui provoquerait des dégâts considérables dans la vallée : une grave menace pour les populations et les infrastructures en aval.
Surveillance ?

La Clapière fait l'objet d'une surveillance rapprochée depuis 1970. Tout d’abord, il y a eu une déviation de la route menant au village et l’interdiction de passage et de séjour dans les zones les plus menacées.

Puis un tunnel de dérivation de la Tinée de 2 500 mètres de longueur a été construit dans les années 1980 en rive droite face à la Clapière afin de détourner l’eau de la rivière le temps de déblayer les roches éboulées.

Impressionnant de par ses dimensions, et de par le volume de matériaux qui menace de s’effondrer, le glissement a très tôt été surveillé, d’abord manuellement, puis grâce à des techniques de plus en plus sophistiquées. Le CETE Méditerranée (Centre d’Etude Technique du Ministère de l’Equipement) est chargé de surveiller le glissement de terrain depuis 1982. A l’heure actuelle, une surveillance topographique des déplacements de surface a été mise en place. Un système innovant et autonome repose sur des mesures tachéométriques infra-rouges (tachéomètre Leica) pour le positionnement en trois dimensions de réflecteurs optiques installés sur le versant. Les stations de mesures sont installées sur le versant faisant face au glissement (versant d’Auron).

Stations GPS © Observatoire des instabilités Gravitaires Géoazur

Stations GPS

Les mesures sont complétées par le calcul des déplacements par photogrammétrie et comparaison de MNT, et récemment par un suivi GPS. Dans le cadre d’expériences menées par le projet européen RETINA, quatre stations GPS ont été installées par Géoazur en 2003.

La prévention est aussi favorisée par l’éducation des populations.

Un plan d’alerte ORSEC peut être déclenché dans le cas de mouvements jugés critiques.

Depuis le 1er janvier 2014, le CEREMA a succédé au CETE dans la surveillance de la Clapière.

Le phénomène reste toutefois sous haute surveillance et suscite l'intérêt de nombreux géologues et spécialistes de la dynamique des mouvements de terrain.

Sitographie :

 

http://lithotheque.ac-aix-marseille.fr/Affleurements_PACA/clapiere_06/LA_CLAPIERE_INDEX2.htm

http://patrick.murris.com/articles/la_clapiere.htm

http://www.savoirs.essonne.fr/thematiques/la-terre/geologie/le-plus-grand-glissement-de-terrain-deurope-la-clapiere/