Le musée de la Castre de Cannes

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Construit au sommet du quartier du Suquet, l’ensemble des bâtiments du musée forme l’un des rares témoins du Moyen Âge à Cannes. Les collections des musées de Cannes portent sur l’art primitif ou premier, l’ethnologie, l’archéologie du bassin méditerranéen, la peinture de paysages et sur les instruments de musique du monde.

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Les bâtiments
Construit au sommet du quartier du Suquet (Suc= tête dans le sens de sommet), l’ensemble des bâtiments du musée forme l’un des rares témoins du Moyen Âge à Cannes. Le château aurait été édifié vers 1070 par les moines de Lérins. Ce monastère est construit sur un plan rectangulaire comme celui d’un château avec donjon. Il intègre dans son enceinte défensive un corps de logis et une église castrale en partie romane. Au milieu de la cour centrale se dresse un donjon roman, une tour carrée dont la hauteur pouvait permettre le guet. Du haut des 109 marches, la tour offre un point de vue à 360°sur la baie de Cannes.
A la fin du XIIIe siècle et au début du XIVe siècle, Cannes bénéficie d’une importante croissance économique et démographique. Cette expansion a inévitablement des répercussions sur le château. On construit une nouvelle citerne dont les murs sont mitoyens au logis.
Aux XVe et XVIe siècles, la forteresse est complétée pour les armes à feu. Durant cette période, l’enceinte est transformée : l’angle sud-ouest est flanqué d’une grosse tout carrée sorte de plate-forme d’artillerie ; on surélève la citerne pour lui donner une plus grande contenance.
Le château souffre des guerres de Religion et des affrontements du XVIIe siècle. On sait qu’il est en ruine bien avant la Révolution française.
L’église paroissiale Notre-Dame-du-Puy dénommée par la suite chapelle Sainte-Anne, est édifiée en style roman avec « trois doubleaux et tailloirs saillants, une nef unique de quatre travées avec le chœur terminé par une abside en hémicycle ». Intégrée à l’enceinte du château, son chevet arrondi, orienté vers l’est et percé d’une petite croisée, en constituait l’aile nord. Ses murs sont bâtis de blocs cubiques, de calcaire dur, blanchâtre, extrait de la côte sud de l’île Sainte Marguerite. Communiquant avec le château, elle ne s’ouvrait que sur la salle du chapitre et les moines assistaient à la messe du haut des balustrades intérieures. La chapelle est si petite pour les offices qu’elle est remplacée par l’Eglise Notre-Dame-de-l‘Espérance vers 1641-1642.
Le château et la chapelle sont vendus comme biens nationaux pendant la Révolution française à Jean Charles Hibert. Pendant cette période trouble, la municipalité décide de transformer la chapelle Sainte-Anne, le 10 mai 1802, en maison de dépôt.
En 1877, la famille Hibert loue une grande partie du château à la faïencerie Léon Castel et la chapelle devient un entrepôt de marchandises. Puis le 17 mars 1919, Georges Hibert vend le château et ses dépendances à la ville. Malgré ce changement de propriétaire, la faïencerie d’art continue à fonctionner jusqu’en décembre 1931. La chapelle est classée monument historique en 1937. Il faut attendre 1961 pour que l’ensemble des bâtiments forme l’actuel musée de la Castre.
Les collections
Les collections des musées de Cannes portent sur l’art primitif ou premier, l’ethnologie, l’archéologie du bassin méditerranéen, la peinture de paysages et sur les instruments de musique du monde. Elles ont été constituées grâce aux dons effectués par le baron Lycklama, dons enrichis successivement par d’autres mécènes comme le baron Alphonse de Rothschild, Messieurs Coste, Leroi et Baud, Mesdames Jacqueline Damien et Germaine Ford de Maria, par des dépôts importants du musée du Louvre, par le résultat de fouilles entreprises dans le bassin cannois, notamment à la nécropole de Saint-Cassien, et par de nombreux objets remontés lors de plongées sous-marines.
Collection : Antiquités méditerranéennes
La salle présente une des plus riches collections d’objets antiques de Méditerranée : depuis les tablettes d’argile sumériennes écrites en cunéiforme jusqu’aux sarcophages chrétiens de plomb du IVe siècle. Les objets proviennent en partie de la collection du baron Lycklama, qu’il acheta au cours de ses voyages au Proche Orient : la Perse et sa capitale Téhéran, les ruines sur le Tigre ; la Turquie et Constantinople, la Syrie avec Damas et Palmyre, la Palestine avec Jérusalem et Bethléem, l’île de Chypre…
Collection : Océanie
La salle présente des objets provenant de la collection du voyageur Edmond de Ginoux de la Coche : un casse-tête des îles Fidji ; un masque rom de Vanuatu ; le teau (la monnaie d’échange) des îles Salomon ; un mannequin funéraire de Vanuatu ; une statue de Té-Varoua-ino des îles Marquises ; un diadème des îles Marquises ; une couronne des îles Marquises ; un nez de pirogue de la Nouvelle Guinée.
Collection : Amérique précolombienne
La salle présente des objets provenant de la collection du voyageur Edmond de Ginoux de la Coche : une statuette féminine du Pérou rattachée à la culture Chancay (1100 av. J-C à 1400 ap. J-C) ; un vase portrait du Pérou rattachée à la culture Mochica (200 av. J-C à 600 ap. J-C) ; meule zoomorphe du Costa Rica (400 av. J-C à 1500 ap. J-C) ; vase siffleur à anse pont du Pérou (1100 av. J-C à 1463 ap. J-C).
Collection : Himalaya-Tibet
La salle présente des objets provenant d’achats et de donations. Cette collection comprend aujourd’hui quelques 160 objets : parures, textiles, outils, objets rituels, instrument de musique, sculptures et masques. Les vitrines permanentes s’organisent autour de trois thèmes : l’usage du masque en Himalaya et au Tibet ; le chamanisme népalais ; la culture bouddhiste tibétaine.
Collection : Arctique
La salle présente des objets provenant de la collection du voyageur Gontran de Poncins et d’achats : médaillon orné d’une baleine d’Alaska (début 20e siècle) ; un grattoir du Nunavut collecté en 1938-1939 ; un harpon à ailettes du Groenland ; une figurine anthropomorphe rattachée à la culture de Thulé (900-1750 ap. J-C).
Collection : musiques du monde
La salle présente des instruments de musique provenant de la collection du voyageur Edmond de Ginoux de la Coche. D’autres instruments sont venus s’ajouter aux premiers au hasard des dons et des acquisitions pour constituer, aujourd’hui avec plus de trois cents instruments inventoriés, l’une des collections les plus importantes après celle de grands musées parisiens.
Dans la chapelle Sainte-Anne, les trompes et les cloches des forgerons dogons du Mali côtoient les élégants sarangi santal, les tambours mélanésiens du Vanuatu, les hautbois rituels du Tibet.
Collection : peintures de paysages du XIXe siècle par des petits maîtres cannois
Les tableaux présentés dans cette salle montrent des motifs pittoresques du littoral réalisés par les petits maîtres du moment, les incontournables Fioupou, Contini et Buttura. Ces derniers peignaient des tableaux qui décrivaient les lieux de villégiature cannois : la vue du Suquet, la promenade de la Croisette… De format modeste, les peintures étaient facilement emportées dans les malles de voyage des touristes. A côté de ces vedute (la vue topographie), un autre genre était très prisé, les marines. Ernest Buttura excellait à Cannes dans le genre, il peignait des petits formats dans lesquels on retrouvait les éléments pittoresques du paysage maritime : bateaux, caboteur, ports…
On peut voir, enfin, dans cette salle quelques tableaux impressionnistes d’Alfred Castille, post-impressionnistes de Georges Ribemont-Dessaignes et fauvistes de Jean-Baptiste Olivier, Edouard Crémieux et Edouard Ducros.
Gontran de Poncins
Les objets exposés au musée de la Castre et le récit de voyage « Kablouna » de Gontran de Poncins sont intéressants puisqu’ils sont les derniers témoignages d’une société inuit traditionnelle. Après le voyage de Gontran de Poncin en Arctique (1940), on assiste à la disparition progressive de cette société traditionnelle. Ce mode de vie était resté traditionnel du XVe siècle jusqu’aux années 1940. La fin de la seconde guerre entraîne la militarisation de l’Arctique (installation de radars pour pouvoir observer l’URSS afin de prévenir une éventuelle attaque nucléaire). On passe d’une communauté nomade à une communauté sédentaire. Pour ce faire, on les empêche de se déplacer en tuant leurs chiens (épidémie meurtrière orchestrée par le gouvernement). Il faut attendre les années 1970 pour que la conscience collective inuit se réveille et décide de se battre pour la préservation de leur mémoire. Le récit de voyage de Gontran de Poncins est en cela intéressant et unique puisqu’il évoque cette communauté inuit avant sa disparition.
Qui est Gontran de Poncins ?

Il renvoie à l’image qu’on se fait des « explorateurs éclairés » du XVIIIe.  Né en 1900, le vicomte Gontran de Montaigne de Poncins a grandi à Feurs, en Forez, dans le confort du château familial. Cadet de bonne famille, on le destinait à une carrière dans l’armée, l’Eglise ou la diplomatie. Lui n’aspirait qu’à voyager, à l’image de son oncle. Cultivé, parlant plusieurs langues, il sert d’interprète pendant la Première Guerre mondiale. Démobilisé, il s’inscrit aux Beaux Arts, section peinture. A 30 ans, il décide de prendre la route. Au gré des escales, il s’interroge sur le devenir des sociétés traditionnelles face à une modernisation inéluctable. Il est profondément marqué par l’hospitalité des indigènes, ces prétendus « sauvages ».

En juin 1938, accrédité par la Société géographique et le musée de l’Homme, il quitte Paris pour le Grand Nord canadien afin d’étudier « la vie des Esquimaux et rapporter leurs outils les plus anciens ». Les Inuits de l’Arctique canadien sont un peuple nomade au destin incertain. Depuis trente ans, en effet, les Inuits subissaient l’influence croissante des missionnaires et des négociants en fourrures. Encouragés par la Compagnie de la Baie d’Hudson, beaucoup s’étaient convertis à la chasse au renard blanc, adoptant le fusil et le réchaud Primus et se ravitaillaient, à crédit, dans les postes de traite.

Pendant plusieurs mois, il va accompagner les Inuits Netsilik dans leurs migrations saisonnières. Il partage leur dénuement, photographie et dessine leur quotidien. Il collecte près de 450 objets.

Dans son récit de voyage « Kablouna », il cherche à restituer la réalité psychologique de ses compagnons inuits. Ses photographies sont loin des représentations stéréotypées, elles expriment un respect profond, sans complaisance ni préjugés, pour la culture inuit.

Un an après son arrivée dans l’Arctique, il s’embarque pour Vancouver avec ses « précieuses collections esquimaudes » : un périple de 57 jours à travers l’océan glacial, par le détroit de Béring. (« Par le détroit de Béring » de Gontran de Poncins aux Editions Acte Sud 1997. Au retour de sa célèbre expédition dans le Grand Nord canadien (cf. Kablouna), Gontran de Poncins, à bord d’un vieux bateau, se lance sur l’océan Arctique, en compagnie de deux bourlingueurs, avec le projet ambitieux de contourner la grande bosse de l’Alaska, passer le détroit de Béring et redescendre sur Vancouver. C’est cette traversée qu’il relate dans ces pages...)

Après sa mort, en 1962, la plupart de ses carnets de notes, croquis et photographies seront égarés ou détruits. Sa collection inuit connaîtra le même sort. En 1973, le musée de la Castre, put acquérir 29 d’entre eux, témoins précieux d’un mode de vie disparu.

Sources

-Christophe Roustan Delatour, Gontran de Poncins, une passion pour les Inuits, in Tribal X-I, N°10, été 2005, p140-147

-Marie Wallet, Voyages immobiles, Musée de la Castre, 1997, Cannes

-Marie Wallet, Musiques du monde, les instruments de musique du Musée de la Castre, Musée de la Castre, 1992, Cannes

-Service d'archives de Cannes, Ville de Cannes, Histoire d'espaces publics, quartier du Suquet, Archives de Cannes, 2010, Cannes

-J.C Poteur et C.L Salch, Le château de Cannes, Centre d'archéologie médiévale, 1987, Strasbourg

-documents iconographiques : photographies de la base des monuments historiques PACA, photographies du musée de la Castre (collection Gontran de Poncins), plan extrait du livre de J.C Poteur et C.L Salch, Le château de Cannes

Informations pratiques

Musée de la Castre, Le Suquet, 06400 Cannes

Tél : 04 93 38 55 26 Fax : 04 89 82 21 40

http://www.cannes.com/fr/culture/musee-de-la-castre.html

Informations et réservations : mediationmusees@ville-cannes.fr

HORAIRES

Octobre à Mars 
Mar - Dim : 10h - 13h et 14h - 17h
Fermé les 1er et 11 nov., 25 déc., 1er janv.
Avril à Juin
Mar - Dim : 10h - 13h et 14h - 18h
Nocturne au mois de juin le mercredi jusqu’à 21h
Fermé le 1er mai
Juillet à Août - Ouvert 7 jours / 7
Lun - Dim : 10h - 19h
Nocturne le mercredi jusqu’à 21h
Septembre
Mar - Dim : 10h - 13h et 14h - 18h
Nocturne le mercredi jusqu’à 21h
Fermé le 1er et 11 nov., 25 déc., 1er janv. et 1er mai