Le Trophée d’Auguste, La Turbie

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Le Trophée des Alpes (tropaeum alpium), dédié à l’empereur Auguste en 7/6 av. J.-C., célèbre les victoires remportées par les Romains sur les peuples alpins. Erigé à La Turbie sur les hauteurs de Monaco, aux confins des Alpes occidentales, il se situe sur le parcours de la via julia augusta aménagée en 13/12 av. J.-C, entre l’Italie et la province de la Narbonnaise.

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Introduction

Le trophée des Alpes (tropaeum alpium), dédié à l’empereur Auguste en 7/6 av. J.-C., célébre les victoires remportées par les Romains sur les peuples alpins. Erigé à La Turbie sur les hauteurs de Monaco, aux confins des Alpes occidentales, il se situe sur le parcours de la via julia augusta aménagée en 13/12 av. J.-C, entre l’Italie et la province de la Narbonnaise. Il associe l’image d’Auguste à celle d’Hercule, héros civilisateur qui avait ouvert des routes à travers les Alpes.

Depuis l’Antiquité, le monument a subi diverses modifications et destructions. Fortifié au Moyen-Âge, puis démantelé en 1705, il fait ensuite office de carrière de pierres. Au XXe siècle, les ruines sont déblayées et restaurées de manière spectaculaire, en particulier la façade ouest, reconstruite selon la forme que lui attribuent les architectes des Monuments historiques, Jean-Camille et Jules Formigé.

La commémoration de la conquête des Alpes

Le monument de La Turbie est identifié au trophée des Alpes dont l’inscription nous est transmise par Pline l’Ancien : la dédicace à Auguste, faite par le sénat et le peuple de Rome en 7/6 av. J.-C., est suivie de la liste des peuples alpins (…) défaits par les armées romaines que conduisent, à partir de 25 av. J.-C., les légats de l’empereur. Auguste achève alors l’organisation des provinces occidentales et de l’espace alpin, en s’assurant notamment la maîtrise des axes de communications.

L’édification d’un trophée est un ancien rite grec. A l’issue d’un combat, les vainqueurs rassemblent les dépouilles ennemies sur le champ de bataille, puis (…) les agencent sur un support, de manière à constituer une sorte de mannequin : ces trophées sont dédiés aux divinités qui ont assuré la victoire. Parfois construits en pierre à l’époque romaine, ces édifices deviennent alors de véritables monuments (…) qui célèbrent également le chef de l’armée victorieuse.

Dans le sillage d’Hercule et des plus grands conquérants

Le trophée signale l’extrémité des Alpes, localisée ici par les géographes anciens et désignée comme Alpe Maritima ou Alpe Summa dans les itinéraires antiques (Table de Peutinger, Itinéraire d’Antonin).

Il surplombe le col franchi par la via Julia Augusta. Jalonnée de milliaires par Auguste en 13/12 av. J.-C., cette dernière relie le réseau italien à celui de la Narbonnaise, c’est-à-dire à la via Domitia jusqu’aux Pyrénées et au-delà, en Ibérie, où la route prend le nom de Via Augusta et se prolonge jusqu’à l’océan (…). Le trophée d’Auguste domine aussi l’ancien port de Monaco où la tradition mentionne un sanctuaire d’Hercule a donné son nom à la ville (Héraklès dit Monoikos). (…).

Le trophée des Alpes est exceptionnel : dédié à Auguste, il honore celui-ci comme un dieu. (…). Sa position, dans un paysage dévolu à Hercule, est également chargée de sens : le destin de l’empereur s’assimile ainsi à celui du héros civilisateur, fils de dieu, promis à la divinisation.  Le trophée inscrit en effet ses exploits contre les peuples alpins dans la tradition de ceux du héros mythologique qui, dans sa course contre le monstre Géryon, (…) atteint les limites du monde connu. Auguste marche également dans le sillage des grands conquérants qui le précèdent ; tous ont franchi les Alpes, en s’alliant ou en se confrontant aux locaux, en construisant des routes ou en prétendant les ouvrir : Domitius Ahenobarbus, Pompée, puis César et même, avant eux, Hannibal.

Du Moyen Âge aux Temps Modernes

L’édifice a connu nombre de transformations et de dégradations. Au Moyen Âge, il se transforme en forteresse. En 1705, celle-ci est démantelée sur ordre de Louis XIV. Les blocs et fragments sculptés sont alors remployés dans les constructions du village malgré l’intérêt que portent à la ruine les antiquaires et savants.

Le trophée fait l’objet de premières consolidations en 1858 sur l’ordre de la Maison Royale de Savoie. Peu après le rattachement du comté de Nice à la France, l’édifice est classé Monument Historique (1865). Les travaux reprennent au début du XXe siècle. La Société française d’archéologie confie à Philippe Casimir, érudit local, la responsabilité de vastes chantiers de déblaiement (1905-1908). L’entreprise se poursuit sous la direction de Jean-Camille et Jules Formigé, architectes en chef des Monuments Historiques, qui sont les artisans d’une reconstitution sur plans : elle débouche sur la reconstruction d’une partie de l’édifice. Dans un premier temps, les travaux sont financés par l’État français (1908-1909), puis par le mécène américain, Edward Tuck, qui assume l’essentiel de la reconstruction (1929-1933).

La restauration de Jean-Camille et Jules Formigé

Les deux Formigé, père et fils, tentent de rendre au monument son aspect originel en reconstruisant la façade ouest (vers le village) avec des fragments anciens complétés de matériaux récents.

Selon la reconstitution qu’ils en proposent, l’édifice se compose d’un double soubassement carré surmonté d’un étage de plan circulaire et d’ordre dorico-toscan. Sur le haut soubassement carré, se trouve la célèbre inscription, encadrée de victoires et flanquée de reliefs représentant des trophées d’armes auxquels sont enchaînés des captifs. Plusieurs centaines de blocs antiques sont incrustées dans cette élévation, les parties manquantes ont été retaillées et les reliefs (…) laissés sous forme d’ébauche. À l’étage circulaire, où plusieurs colonnes sont remontées, quelques fragments appartenant peut-être à des statues de généraux sont accrochés au mur, en arrière de la colonnade. Les métopes de la frise en calcaire s’ornent de  divers motifs : cuirasse, proue de navire, tête de bovidé parée de bandelettes. D’après les Formigé, le monument était coiffé d’une couverture en gradins surmontée d’une statue sommitale qui culminait à plus de 50 mètres ; il en mesure actuellement environ 36.

La reconstruction partielle du monument a figé les vestiges dans une forme spectaculaire mais incertaine qui est devenue l’image la plus célèbre du trophée.

Des recherches archéologiques sont reprises depuis plusieurs années et de nouvelles hypothèses sont en cours d’élaboration.

Structure du monument et matériaux de construction
La façade reconstruite n’est qu’une enveloppe partielle. À l’arrière, sur les autres côtés, le monument est resté ouvert et laisse apparaître (…) sa structure interne. Il s’agit d’un massif plein, composé d’une imbrication de murs puissants et d’une énorme quantité de mortier : les murs construits avec de gros blocs en calcaire forment une ossature remplie d’opus caementicium, un mélange de blocage en pierre et de mortier de chaux, couramment utilisé dans l’architecture romaine. On distingue nettement le cylindre central composé de piliers rayonnants qui constituent les fondations des colonnes de l’étage circulaire. Ces matériaux sont extraits de carrières proches du trophée. En revanche, pour le décor, les sculptures et l’inscription, du marbre blanc a été importé de Carrare, en Ligurie.
Suggestion d’un parcours de visite

Depuis l’entrée située vers le nord, au « Rondo » Prince Rainier III de Monaco, monter le chemin longeant la falaise pour admirer le panorama sur la Principauté. De là, aborder l’édifice par les faces est ou nord, peu affectées par les restaurations. Un passage au musée Edward Tuck, situé de ce côté, permet d’étudier les témoignages de l’histoire du trophée et de ses transformations. Contourner le monument pour voir la façade occidentale intégralement reconstruite, avec sa célèbre inscription.

Accompagné d’un agent du Centre des Monuments Nationaux, il est possible d’accéder à l’étage supérieur, au pied de la colonnade circulaire pour découvrir une vue splendide sur la Riviera.

A travers le parc doté d’une riche végétation d’essences méditerranéennes, une promenade permet de voir d’autres vestiges : des blocs du trophée restés en dehors de la reconstruction et, au nord-ouest, les restes d’un rempart et d’un portail fortifié ouvrant sur le village qui mérite également la visite.

L’inscription du trophée des Alpes

Un texte transmis par Pline l’Ancien

C’est dans l’Histoire Naturelle, au livre III où l’Italie est décrite, que Pline l’Ancien (23 ou 24 ap. J.-C. – 79 ap. J.-C.) cite le texte de l’inscription. Peut-être l’a-t-il recopiée à Rome, dans les archives ou documents officiels qu’il a consultés pour rédiger cette partie de son œuvre encyclopédique. L’auteur ne localise pas précisément le monument dénommé « trophée des Alpes ».

La dédicace du tropaeum alpium

L’inscription comprend la dédicace proprement dite, effectuée par le sénat et le peuple romain, à celui qui a placé les peuples alpins sous la domination de Rome. Parmi les titres et les pouvoirs de l’empereur (…), les limites de sa 17ème puissance tribunicienne permettent de dater le texte entre juin 7 av. J.-C. et juillet 6 av. J.-C. Mais cette date est celle de la rédaction du texte et peut correspondre à trois moments différents : la décision d’ériger le trophée, sa construction ou son inauguration.

« Tous les peuples alpins » sont soumis, « de la mer supérieure à la mer inférieure », c'est-à-dire de l’Adriatique à la Tyrrhénienne – une manière de désigner l’ensemble de la chaîne alpine. Les vaincus (devictae) sont ensuite énumérés dans une liste qui affiche probablement autant leur soumission que leur intégration à l’empire romain : les peuples (gentes) accèderont bientôt au rang de cité (civitas). »

Texte latin

« Non alienum uidetur hoc loco subicere inscriptionem e tropaeo Alpium, quae talis est : IMP. CAESARI DIVI FILIO AVG. PONT. MAX. IMP. XIIII. TR. POT. XVII. S.P.Q.R. QVOD EIVS DVCTV AVSPICIISQVE GENTES ALPINAE OMNES QVAE A MARI SVPERO AD INFERVM PERTINEBANT SVB IMPERIVM P. R. SVNT REDACTAE. GENTES ALPINAE DEVICTAE TRVMPILINI. CAMVNNI. VENOSTES. VENNONETES. ISARCI. BREVNI. GENAVNES. FOCVNATES. VINDELICORVM GENTES QVATTVOR. COSVANETES. RVCINATES. LICATES. CATENATES. AMBISONTES. RVGVSCI. SVANETES. CALVCONES. BRIXENTES. LEPONTI. VBERI. NANTVATES. SEDVNI. VARAGRI. SALASSI. ACITAVONES. MEDVLLI. VCENNI. CATVRIGES. BRIGIANI. SOGIONTI. BRODIONTI. NEMALONI. EDENATES. VESVBIANI. VEAMINI. GALLITAE. TRIVLLATI. ECDINI. VERGVNNI. EGVI. TVRI. NEMATVRI. ORATELLI. NERVSI. VELAVNI. SVERTI.  Non sunt adiectae Cottianae ciuitates XV, quae non fuerant hostiles, item adtributae lege Pompeia ».

(extrait de Histoire Naturelle, III, 136-138, éd. H. Zehnacker, CUF, Paris, 1998)

Traduction proposée

« Il ne paraît pas hors de propos de citer ici l’inscription du trophée des Alpes, qui est telle que voici :

À L’EMPEREUR CÉSAR AUGUSTE, FILS DU DIVIN (CÉSAR), GRAND PONTIFE, SALUÉ XIV FOIS IMPERATOR, DANS SA XVIIe PUISSANCE TRIBUNICIENNE, LE SÉNAT ET LE PEUPLE ROMAIN, AU MOTIF QUE, SOUS SA CONDUITE ET SES AUSPICES, TOUS LES PEUPLES ALPINS QUI SE TROUVAIENT ENTRE LES MERS SUPÉRIEURE ET INFÉRIEURE ONT ÉTÉ SOUMIS AU POUVOIR DU PEUPLE ROMAIN. PEUPLES ALPINS VAINCUS : TRUMPLINI, CAMUNNI, VÉNOSTES, VENNONÈTES, ISARQUES, BREUNES, GÉNAUNES, FOCUNATES, QUATRE PEUPLADES DES VINDÉLICES, COSUANÈTES, RUCINATES, LICATES, CATÉNATES, AMBISONTES, RUGUSQUES, SUANÈTES, CALUCONS, BRIXÉNÈTES, LÉPONTES, UBÈRES, NANTUATES, SÉDUNES, VARAGRES, SALASSES, ACITAVONS, MÉDULLES, UCENNES, CATURIGES, BRIGIANI, SOGIONCES, BRODIONCES, NÉMALONS, ÉDÉNATES, VÉSUBIENS, VÉAMINS, GALLITES, TRIULLATES, ECDINI, VERGUNI, EGUES, TURES, NÉMATURES, ORATELLI, NERUSI, VELAUNES, SUERTES.

Ne sont pas ajoutées les 15 cités de Cottius, qui ne furent pas hostiles, ni celles attribuées à des municipes au titre de la loi Pompeia ».

L’identification de l’édifice et la reconstitution de l’inscription

Au XVIIe siècle, sur un bloc remployé dans une porte du village, Pierre Gioffredo lit les lettres RVMPILI, et reconnait le nom des Trumpilini. Ce peuple établi dans le Val Trompia, au nord du Pô, est cité dans l’inscription rapportée par Pline l’Ancien. La corrélation entre les sources est ainsi vérifiée : le site de La Turbie, nommé Trovpaia Sebastou (« Trophées d’Auguste ») dans la Géographie de Ptolémée, est bien celui du trophée des Alpes mentionné par Pline l’Ancien.

Les 144 fragments anciens découverts, (…) replacés sur la façade ouest par les architectes du XXe siècle, constituent un vaste champ épigraphique bordé d’une moulure. L’intégralité du texte est gravé dans du marbre moderne, dans lequel les morceaux antiques sont incrustés. La plupart sont de petites dimensions ou comportent seulement des lettres incomplètes.

Compléments

Bibliographie simple :

Bertola-Vanco (M.), La Turbie. Images et écrits, Serre Editeur, Nice, 2002, 175 p.

Binninger (S.), Le trophée d’Auguste à La Turbie, collection Itinéraires, éditions du patrimoine Centre des Monuments Nationaux, Paris, 2009, 64 p.

Collectif, Le Trophée des Alpes, Nice Historique, 108/2, 2005, 148 p.

 Accessibilité du site :

De Nice : A 8, sortie n° 57 vers La Turbie.

Trophée des Alpes
Cours Albert 1er de Monaco - 06320 La Turbie
Tél : 33 (0) 4 93 41 20 84 - Fax : 33 (0) 4 93 41 26 89
Email : la-turbie@monuments-nationaux.fr

 Horaires, sous réserve :

Durée moyenne de la visite : 1 h 15

Horaires, sous réserve :
Ouvert tous les jours sauf le lundi
19 mai au 20 septembre, 9h30 à 13h et 14h30 à 18h30
21 septembre au 18 mai, 10h à 13h30 et 14h30 à 17h
Dernier accès 30 mn avant la fermeture
Fermé
1er janvier, 1er mai, 1er et 11 novembre, 25 décembre

Avertissement : pour des raisons techniques, le Trophée des Alpes peut fermer ses portes aux jours d’ouverture habituels. Merci de téléphoner à l’accueil avant toute visite pour confirmer.

 Sites internet en rapport avec le domaine couvert :

http://www.trophee-auguste.fr/

http://www.trophee-auguste.fr/Explorer/3d

http://www.ville-la-turbie.fr