Le monastère de Saorge

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Malgré son appellation actuelle, le monastère de Saorge est en réalité un ancien couvent de l’ordre des Franciscains observantins réformés plus connus sous le nom de Récollets. Il est bâti sur une éminence qui domine Saorge, un village de moyenne montagne situé dans la vallée de la Roya.

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Un monument historique classé
Le monastère est classé monument historique en 1917, l'état en fait l'acquisition en 1967 et entreprend sa restauration, la gestion de l'édifice et l’ouverture au public est réalisé par le centre des monuments nationaux. le ministère de la culture y propose une retraite d'écriture.
L’ancien couvent des franciscains, l’histoire des lieux
©  Archives départementales 06

Oppidi Saurgii, et Viae Regiae A' Carolo Emanuele I, extrait du Theatrum Sabaudiae, Joan Blaeu, 1682 (Le Monastère se trouve en haut à droite)

Construit en amphithéâtre et accroché à flancs de montagne dans l’oliveraie, Saorge fut longtemps une place forte sur la très ancienne et florissante route du sel où transitaient près de cinquante mille mulets par an. le percement des gorges en 1614 pour y construire la route royale en fond de vallée, marque le début de l’obsolescence du chemin muletier d’altitude et le début du déclin économique et démographique du village.

Pendant l’épidémie de peste qui désola le pays niçois en 1630 et 1631, les frères franciscains vinrent en aide à la communauté saorgienne. aussi, lorsque qu’en 1633, ces derniers émirent le souhait de fonder un couvent, les édiles mirent progressivement à leur disposition la chapelle Saint-Bernard, un terrain attenant ainsi qu’une aide matérielle et financière. La construction de l’édifice conventuel et de l’église notre dame des miracles se poursuivit jusqu’en 1660. Saorge faisait alors partie du comté de Savoie et du royaume de Piémont-Sardaigne, le village n’a été rattaché à la France qu’en 1860. Entre 1760 et 1762, le couvent et l’église furent restaurés et embellis par le maître maçon Calderari, originaire de Lugano. Les fresques et les décorations du cloître et de l’église furent complétées à cette occasion. En 1794, les frères furent chassés par les soldats de la révolution française qui occupèrent le couvent. Il accueillit ensuite l’hospice communal. Par la suite, il fut restitué aux franciscains qui y demeurèrent jusqu’à la promulgation de la loi sur les congrégations en 1904. Le monument connut alors diverses destinées: colonie de vacances et caserne pour les soldats italiens et allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. L’état qui avait déjà pris soin de classer l’édifice monument historique en 1917, l’acheta pour un franc symbolique en 1967 et lança plusieurs programmes de restauration après cette longue période de déclin. La remise en état permit le retour des frères mineurs de 1969 à 1988, date à laquelle le dernier d’entre eux dû quitter les lieux du fait de son grand âge. L’édifice est désormais géré par le centre des monuments nationaux. Depuis 1998, le monastère est ouvert à la visite tous les jours de février à octobre. Il  accueille également des écrivains et des artistes en résidence. L’ascétisme de l’architecture voulue par les franciscains, la beauté et le calme qui y règnent en fond un lieu propice à la concentration et à la création.

L’architecture et les fresques du couvent
©  Photo CNM

Le parvis, Notre Dame des Miracles et la Façade sud du Monastère.

Le couvent Franciscain de Saorge est un des rares exemples encore conservé dans la région d’une architecture monastique de la période baroque, obéissant à l’exigence de simplicité et de sobriété chère aux Franciscains. Les bâtiments et les façades, plutôt austères, s’organisent autour d’un cloître rectangulaire et lumineux.

Dans chacune des galeries du rez-de-chaussée, des lunettes situées sous les voûtes d’arête sont ornées de fresques réalisées à la fin du 17e siècle et au début du 18e siècle et jamais restaurées. Inspirées des fresques peintes en vingt-cinq tableaux par Giotto à Florence et à Assise au 14e siècle, ces vingt-quatre fresques représentent de manière allégorique les scènes les plus marquantes de la vie de saint François, souvent imprégnée de légende et auréolée de miracles. Les hauts-faits de la vie de saint François se confondent avec ceux de la vie du Christ.

La cour centrale, les cadrans solaires

Dans la cour centrale du cloître, l’encadrement des fenêtres, le blason franciscain et les cadrans solaires sur les façades participent au décor baroque.

On compte onze cadrans solaires dans l’ensemble du monastère, réalisés entre 1668 et 1880. Huit d’entre eux sont peints sur les façades est, sud et ouest de la galerie du cloître.

Ils sont tous de style gnomonique, c'est-à-dire que l’heure est lue grâce à un gnomon (une sorte d’aiguille) mais ils présentent les heures de trois manières différentes : classique, italique et babylonique.

Cette dernière, en usage chez les Chaldéens, les Perses, les Grecs et les Égyptiens témoigne de la connaissance et de l’intérêt des Franciscains pour les cultures lointaines qu’ils côtoyaient en installant des missions sur tout le pourtour méditerranéen.

Les cellules monacales
© Cécile Buzenet

Ancienne cellule, désormais chambre des auteurs en résidence.

Au premier étage, vingt cellules sont desservies par deux couloirs dont les fenêtres donnent sur le cloître.

Les frères Franciscains disposaient de ces cellules individuelles mesurant environ 10m2.

Très modestes, sans chauffage, meublées d’un lit, d’une table et d’une chaise, elles sont toutes décorées de fresques différentes représentant des scènes de la Bible.

Une bibliothèque et un salon avec une cheminée se trouvent également à l’étage.

L’église du couvent

Le nom de Notre-Dame-des-Miracles a très certainement été donné à l’église du couvent à la fin de l’épidémie de peste que l’on attribua à un miracle.

La nef est bâtie sur une crypte où les moines étaient mis en terre dans l’anonymat conformément au vœu d’humilité. Leurs noms ne figurent donc pas sur les pierres tombales. La nef est assez sobre par rapport aux églises de la vallée de la Roya, conformément au vœu de pauvreté des Frères. les artifices baroques sont présents mais réalisés à moindres frais. Ils sont essentiellement le fruit du travail des Frères; le travail étant pour les Franciscains une valeur supérieure à la richesse. Ici, point de marbre de Carrare ni de dorures. Les faux marbres et les fenêtres en trompe-l’œil, peints de manière symétrique créent l’illusion et participent à la théâtralité baroque. Le bois provient de noyers coupés localement. Il est foncé au brou de noix. La teinte rappelle la robe de bure des Frères mais imite le noir du marbre. Le noir du bois et le blanc des murs forment un contraste poignant. Les volutes des feuilles d’acanthe et les colonnes torses du confessionnal créent le mouvement, cher à l’art baroque. L’église présente une collection de sculptures sur bois, retables, tableaux et objets liturgiques des 17e et 18e siècles.

Le réfectoire
© Cécile Buzenet

Le réfectoire

Le réfectoire donne à voir de très belles fresques peintes en 1667 accompagnées de maximes latines. elles rappellent les quatre vertus de l’ordre Franciscain :

  • - la pauvreté, « pauvertas ». On y célèbre le travail symbolisé par les outils et le fruit de ce travail ; les récoltes qui sont les seules richesses acceptables pour les Franciscains. (« inde feracior ». de ce fait plus fertile.)
  • - La chasteté, (« castitas »). La fresque montre le tamis à travers lequel les Frères sélectionnent symboliquement leurs actes, séparent le bon grain de l’ivraie, accueillent le bien et rejettent le mal.  (« sordida pelit ». le rejet du mauvais.)
  • -L’obéissance, (« obedientia »). Comme le chien obéit de manière inconditionnelle à son maître sans même recevoir un signe, les Frères obéissent à Dieu. («nec signis, segnis ». sans un signe, tu obéis.)
  • -L’humilité (« humilitas »). une chaîne retient les aspirations, une boule flotte en équilibre : les Frères ne doivent pas se sentir importants ou supérieurs, ni se rabaisser. Ils doivent vivre dans l’harmonie de la mesure. («Non surgo, ni cadam ». je ne m’élève, ni ne m’abaisse.)

On trouve également dans ce réfectoire une fresque qui célèbre l’égalité entre les créatures. on peut y lire : « le soleil brille de manière égale pour tous ». Cette magnifique fresque colorée figure plusieurs espèces d’oiseaux : le savant perroquet, le majestueux paon mais aussi l’alouette, la huppe, le merle et le petit rouge-gorge. Animaux, végétaux, minéraux, soleil et lune : tous sont pour les Franciscains, des créatures de Dieu.

Le jardin
© Cécile Buzenet

Le jardin et le Vallon de la Bendola

Enfin, on peut visiter un très beau jardin vivrier en terrasses, composé d’un potager, d’un verger et d’un ingénieux système d’irrigation qui illustrent le principe d’autonomie d’un couvent et la place centrale de la nature chez les Franciscains.

Le jardin est cultivé, entretenu, par les jardiniers de l’association les jardins de la Roya.

La production du jardin vivrier est consommée par les écrivains en résidence.

Des œuvres d’art contemporain y sont parfois installées.

Aujoud’hui, la résidence d’écriture
© Cécile Buzenet

La romancière Marie-Thérèse Schmitz au Réfectoire, lors d’une rencontre avec des 3e du Collège J.B Rusca de St Dalmas de Tende

Ouverte de mars à octobre, la résidence d’écriture accueille des écrivains, des traducteurs, des scénaristes et des compositeurs de musique de tous pays, venus chercher le calme et la concentration. Chacun dispose d’une chambre aménagée dans les anciennes cellules des Franciscains ainsi que d’espaces collectifs (cuisines, bibliothèque, salon, salles de bain, jardin).

La résidence d’écriture allie donc solitude et partage, tout comme dans sa fonction première. Six auteurs peuvent être reçus simultanément. La durée du séjour est de quinze jours à trois mois.

Certains résidents acceptent de rencontrer du public scolaire, bénévolement ou pas, localement et parfois ailleurs dans le département. Dans le cadre de la résidence de l’auteur-lauréat de la bourse DRAC sur le thème de la transmission de la mémoire, les collèges du territoire des vallées de la Roya et de la Bévéra bénéficient chaque année de plusieurs rencontres et ateliers d’écriture.

http://www.monastere-saorge.fr/