Le musée national Pablo Picasso
La Guerre et La Paix, Vallauris

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En 1952, à Vallauris, Picasso réalise une peinture - La Guerre et la Paix - de très grandes dimensions. Cette œuvre conserve une dimension indéniablement allégorique.

L' œuvre de Picasso est installée dans la chapelle du château de Vallauris en 1959.

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Picasso à Vallauris

Après la Deuxième Guerre mondiale, Pablo Picasso choisit de vivre et de travailler sur la Côte d’Azur. Son fort attachement pour la Méditerranée l’amène tour à tour à Antibes et, avant Cannes et Mougins, à Vallauris où il séjournera de 1948 à 1955. Installé dans son atelier du Fournas, ancienne fabrique de parfum, il travaille intensément, réalise de nombreuses œuvres et expérimente une technique nouvelle pour lui : la céramique qui retint tout particulièrement son attention et qui motiva sans doute son installation à Vallauris, ville connue pour son industrie potière. Ce sont des milliers d’objets que Picasso créera dans l’atelier de céramique Madoura, dirigé depuis peu par Georges et Suzanne Ramié.
Assiettes, plats, vases, pichets et autres ustensiles de terre furent ainsi peints et décorés avec émaux et oxydes métalliques qui, de par leur nature et pour le plus grand plaisir de l’artiste, hypothéquaient toujours le résultat final. Mais les mêmes objets, sortis du tour du potier, pouvaient aussi être transformés.
Quelques torsions habilement produites les métamorphosaient en animal ou en nu féminin, en faune ou en tanagra.

Si le séjour de Picasso à Vallauris reste indubitablement marqué par cette prolifique création céramiste, l’artiste ne délaissa pas pour autant les techniques habituelles comme la gravure sur linoléum ou la sculpture dont il révolutionna également le principe d’exécution en y intégrant des objets récupérés (La Chèvre, La femme à la poussette,  La Guenon et son petit...) ou la peinture qui entame alors un dialogue explicite avec les œuvres des grands maîtres (Portrait d’un peintre d’après Le Greco, Les Demoiselles au bord de la Seine, d’après Courbet).

Mais en cette période d’après-guerre, l’art de Picasso fait aussi place à certains épisodes de l’histoire contemporaine. Massacre en Corée, Le Charnier et le fameux Portrait de Staline témoignent de l’engagement politique de l’artiste qui, en dépit de son adhésion récente au Parti communiste, poursuit son questionnement sur la forme et travaille à sa transformation sans aucunement souscrire aux préceptes du réalisme socialiste. Les terribles développements de l’histoire récente ne sont donc pas absents dans l’œuvre de Picasso mais ils n’y figurent pas explicitement. Des indices seulement permettent de penser que les temps précaires que le monde a vécus restent présents dans son œuvre: objets disloqués que l’on peut voir dans les nombreuses natures mortes de cette période, crânes humains ou animaux, lampes diffusant une lumière blafarde qui encadre sévèrement l’ensemble. Les formes abruptes que Picasso donne aux objets, les camaïeux de gris auxquels il limite sa palette sont, à n’en pas douter, les éléments qui rendent compréhensible la déclaration de l’artiste : « Une casserole aussi ça peut crier ! Tout peut crier ! ». L’œuvre que Picasso réalisa durant les sept années où il habita Vallauris est riche aussi de ce qu’il y vécut. Françoise Gilot, sa compagne d’alors, tout comme Claude et Paloma, les enfants du couple, sont fréquemment représentés dans sa peinture. Ils vaquent à leurs occupations ou apparaissent frontalement sur la toile. Le paysage méditerranéen, la ville même de Vallauris, avec les fumées noires des fours au moment de la cuisson, sont également les thèmes traités par l’artiste. A l’instar de l’ombre créée par les fumées citadines apparaît, dans certaines représentations de nus féminins (L’Ombre, L’ombre sur la femme, tous deux de décembre 1953), celle de l’homme sur le corps allongé de la femme, alors même que les relations de Pablo et de Françoise connaissent une grave détérioration. Dès sa rencontre avec Jacqueline Roche – jeune fille qui deviendra sa deuxième épouse - le peintre lui fait place dans ses tableaux. C’est l’époque où Vallauris connaît une grande effervescence. En effet, la présence de Picasso est à l’origine d’une véritable émulation artistique : les peintres et sculpteurs Victor Brauner, Marc Chagall, Edouard Pignon, Ozenfant, Prinner… viennent travailler dans les ateliers de céramique.

La Guerre et La Paix

C’est en 1952, dans son atelier du Fournas à Vallauris, que Picasso réalise une peinture - La Guerre et la Paix - de très grandes dimensions. Traitant d’un sujet qui, quoique directement lié à cette époque d’après-guerre et aux nombreux appels internationaux pour la paix dans le monde, cette œuvre conserve une dimension indéniablement allégorique. Précédée par quelque 300 dessins préparatoires réalisés au cours des mois précédents, elle nécessita de nombreux panneaux d’isorel qui furent dressés verticalement sur une structure de bois spécialement conçue.

La Guerre

Picasso commença par La Guerre. Un corbillard tiré par des chevaux de guerre, carapaçonnés et harnachés, est conduit par un être cornu, armé d’un coutelas ensanglanté. Il porte sur le dos une sorte de hotte où sont entassés des crânes humains. D’autres personnages apparaissent en ombre chinoise dans le fond, au centre du tableau. Leur attitude est menaçante comme la première figure évoquée. Les trois chevaux qui tirent le catafalque instable et chaotique, foulent de leurs sabots un livre ouvert, finissant le travail de destruction que les flammes dévorantes ont commencé. Le livre, ici piétiné, évoque le parti pris de toute dictature face à la culture, généralement considérée comme dangereuse et subversive. Sur le même plan, deux mains peintes apparaissent dans une sorte de trou noir. Elles peuvent vouloir faire écho à celles trouvées sur la paroi de certaines grottes préhistoriques, notamment à celle de Lascaux, découverte alors depuis seulement quelques années. En fort contraste avec les couleurs violentes qui environnent le sinistre attelage, le fond bleu où apparaît le combattant de la paix est calme et apaisant, à l’instar de ce dernier. Nu, muni d’une lance qui sert de support à la balance de la justice, il se protège d’un simple bouclier sur lequel l’artiste a dessiné une colombe, symbole bien connu de la paix. L’homme semble affronter sans crainte les figures de sauvagerie qui se ruent vers lui. Sur le bouclier blanc, comme en filigrane derrière la colombe, un portrait se donne à voir, d’une beauté toute sereine aussi. C’est celui de la compagne de l’artiste, Françoise Gilot. A l’opposé, pratiquement à la même hauteur, une coupelle arrondie et blanche, laisse échapper d’étranges formes noires, munies de pinces ou de piquants. Elles pourraient évoquer les recherches faites alors par les grandes puissances pour se doter de l’arme bactériologique.

La Paix

Sur le mur opposé, Picasso a peint La Paix. L’ensemble se lit de droite à gauche. La première scène se compose de quatre personnages qui, dans un jardin aux couleurs tendres et reposantes, s’adonnent à des activités paisibles. Une femme, tout en lisant, allaite son enfant, sous une treille abondante, un oursin solaire aux rayonnements abondants et colorés et un arbre aux fruits lumineux. Au symbole riche et généreux de la maternité s’ajoute celui de la culture libératrice, mise à mal dans le panneau opposé de La guerre. Dans un vaste pan de couleur bleue qui occupe une grande partie du mur, cohabitent plusieurs scènes, toutes empreintes d’une joie exubérante. Un cheval blanc tire une herse tenue par un enfant qui travaille ce champ bleu azur dont le regard est dirigé vers le groupe précédent, autre image de fertilité. L’animal est ailé comme ceux qui figurent dans la mythologie grecque. Vivement appréciées par Picasso, la figure du Centaure apparaît régulièrement dans les peintures de cette époque. Le faune joueur de diaule que nous voyons dans l’œuvre, à l’extrême gauche du panneau, est aussi souvent convoqué. C’est au son de sa musique que dansent, au centre, les deux femmes nues. Elles sont accompagnées dans leurs évolutions par deux autres enfants dont le jeu agile et léger démontre une certaine espièglerie. Les oiseaux dans le bocal et les poissons dans la cage évoquent le renversement amusé des éléments qui, dans ce cadre édénique enchanteur, ne sont ici nullement porteurs de malédictions. Même la chouette – figure habituelle de la nuit noire et profonde – juchée sur la tête de l’enfant équilibriste, ne saurait tenir son rôle habituellement maléfique. Elle trouve une sorte de pendant positif dans les formes de la grappe de raisin que l’autre enfant tient dans sa main gauche. Enfin, autres indices intéressants, le petit sablier à l’extrémité du support blanc, en équilibre sur le doigt de la femme, relaie l’image du temps visible dans la spirale de la coquille sur laquelle est assis le musicien. Linéaire, précaire et limité, le temps des hommes, semble ainsi, par cette joie de vivre communicative, s’inscrire dans l’éternité.

Informations pratiques

Musée national Pablo Picasso, la Guerre et la Paix
Place de la Libération 06220 Vallauris
04 93 64 71 83

Jours d’ouverture et tarifs :
http://musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/picasso/