Les orgues historiques dans les Alpes-Maritimes

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Le patrimoine des orgues dans les Alpes-Maritimes est  riche et d’une grande originalité.
Dès le XVIIIe siècle, les églises ont été dotées d’orgues mais tous ont disparu ou ont été remplacés, notamment au XIXe siècle. Actuellement, le plus ancien des grands orgues encore en fonctionnement est celui de Saint-Michel à Villefranche sur Mer, construit en 1790 par les frères Grinda, facteurs d’orgue niçois à qui l’on doit également les orgues de l’Escarène et de Clans.

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Les débuts

Lorsqu’en 1814 les Alpes-Maritimes revinrent au Royaume de Piémont-Sardaigne (jusqu’en 1860), on fit appel aux facteurs d’orgue italiens les plus célèbres de l’époque : les Serassi, les Lingiardi, les Agati, qui construisirent les orgues remarquables des vallées de la Roya et de la Bévéra.

Ces instruments, dotés d’accessoires singuliers comme des cloches, des tambours militaires et des grosses caisses, permettaient de jouer non seulement de la musique religieuse mais aussi des musiques d’opéra et de fête. Tombés dans l’oubli, ces instruments furent redécouverts et restaurés dans les années 1970 grâce au grand organiste niçois René Saorgin, concertiste international, professeur au conservatoire de Nice, organiste de la cathédrale de Monaco. Les disques qu’il enregistra et qui furent vendus dans le monde entier firent découvrir un répertoire étonnant par son style festif. Le premier enregistrement fut réalisé en 1973, sur l’orgue de Tende, avec des œuvres de Vincenzo Petrali, Giovanni Battista Martini, Domenico Zipolli ou du Padre Davide, célèbre prêtre musicien de Bergame au XIXe. Certains qualifièrent ce répertoire insolite de « musiques de clown » mais permit d’attirer l’attention, en France et à l’étranger, sur le patrimoine d’orgues si particulier des Alpes-Maritimes.

Les facteurs d’orgues «historiques» des Alpes-Maritimes

Les frères Grinda

Honoré et Antoine Grinda (1754-1843) et Antoine (1762-1835) sont tous deux nés à Nice. Honoré, l’aîné, a appris son métier auprès du célèbre Isnard, facteur de l’orgue de Saint-Maximin, puis a entraîné son frère Antoine vers lui. Tous deux obtiendront le titre de « facteurs d’orgue du Roi de Sardaigne » et construiront les orgues des églises Saint-Michel à Villefranche (1790), Saint-Pierre-aux-Liens de l’Escarène (1791), et de Notre-Dame-de-la-Nativité à Clans (1792), instruments privilégiant les sonorités d’orgues françaises. Au moment de la Révolution, lorsque les troupes françaises envahirent Nice, le « citoyen Honoré  Grinda » fut chargé de construire… l’échafaud de Nice. En 1835, ils s’exilèrent en Catalogne où ils achevèrent leur carrière et leur vie.

Les Serassi

Les Serassi sont une dynastie de facteurs d’orgues originaires de Côme, installés à Bergame. Les plus célèbres furent les frères Carlo (1777-1849), Alessandro (1781-1870), Giuseppe (1784-1849), Giacomo (1790-1865) et Ferdinando (1792-1870). Leur activité était considérable. On leur doit plus d’un millier d’orgues qu’on retrouve jusqu’en Amérique du Sud. Ils ont reçu les louanges de rois, d’empereurs, de papes. Leurs instruments ont été inaugurés par les organistes les plus célèbres de leurs pays. Dans notre département ils construisirent l’orgue de la collégiale Notre-Dame-de-l’Assomption de Tende (1807) puis l’orgue monumental de la cathédrale de Nice (1848). Celui-ci fut remplacé en 1901 par un orgue « à la française », d’un élève de Cavaillé-Coll inauguré par Louis Vierne, célèbre organiste de Notre-Dame-de-Paris, puis par l’orgue de Jean-Loup Boisseau, inauguré en 1974 par Pierre Cochereau, autre célèbre organiste de Notre-Dame de Paris et directeur du conservatoire de Nice.
On doit aussi aux frères Serassi l’orgue, conservé et restauré, de la cathédrale de Bastia.

Les Lingiardi

es Lingiardi étaient, eux aussi, une dynastie italienne de facteurs d’orgues installés à Pavie. Les plus célèbres furent Luigi (1814 -1882) et Giacomo (1811-1871). Ils fabriquèrent les orgues de Saorge (1847), de la Brigue (1849), de la chapelle Sainte Croix à Nice (1852), ainsi que l’orgue monumental de 90 jeux de Notre Dame de l’Espérance à Cannes, qui a été remplacé depuis, ainsi que l’orgue de Sainte Rita à Nice (1860).

Les Agati

Giosue (1770-1847) et ses fils Nicomède (1796-1885) et Giovanni (1798-1876), descendants de Pietro, facteur d’orgue lui-même étaient installés à Pistoïa. Ils bénéficiaient de la protection des rois de Sardaigne à la suite de la construction de l’orgue de Santa-Teresa à Turin.  Ils ont fabriqué les orgues du couvent de la Visitation à Nice (1826), de l’église de Saint Etienne de Tinée (1829), de l’église de Drap (1841), de la cathédrale de Sospel (1843). Ils ont également restauré l’orgue de l’église du Gesù à Nice (1828), ainsi que celui de la cathédrale de Nice (1831). Mais lors d’une visite à Nice en 1836, le roi Charles-Albert de Piémont-Sardaigne critiqua l’instrument, ce qui entraîna sa reconstruction par les frères Sérassi en 1848.

Les Vittino

Autre dynastie de facteurs d’orgue piémontais, moins brillants que les précédents, les Vittino se sont succédé de père en fils. Parmi eux, on doit à Carlo l’orgue de Fontan dans la vallée de la Roya (1850) et à Francesco (1849-1923), plusieurs orgues à Nice : Saint Barthélémy (1868), de Saint Jean Baptiste-le-Vœu (1876), monastère de Cimiez (1890), ainsi que ceux de la cathédrale de Vence et de l’église Sainte-Madeleine de Contes (1874)

Les orgues historiques

On trouvera ci-dessous une liste d’orgues historiques qui peuvent toujours être entendus ou que leurs restaurations permettent d’entendre dans leur état d’origine.

Breil sur Roya

L’orgue de l’église Sancta-Maria-in-Albis fut construit en 1758 par les frères Concone pour la chapelle du Saint Suaire à Turin, puis transporté en 1863 à la suite du don fait par un Turinois natif de Breil, Dom Stefano Revelli. L’instrument a été installé sur la tribune reconstruite grâce au legs de la veuve du chevalier Alziari de Malausséna. Le buffet est impressionnant, de style rococo, avec deux guirlandes en bois qui entourent, au centre, un bouclier garni d’angelots d’où partent des rayons solaires.
L’instrument comporte un clavier, un  pédalier et treize jeux. Le roulement de tambour d’origine n’existe plus. L’orgue a  été restauré en 1984 par Cabourdin.

Clans

Le petit orgue de la collégiale a été construit en 1792 par des facteurs niçois, les frères Grinda. Le buffet est peint en terre de Sienne et composé de boiseries polychromes. Il comporte deux tourelles aux deux extrémités, surmontées de deux anges musiciens. La tribune a été elle-même fabriquée par les frères Grinda. Il comporte un clavier et huit jeux et a été restauré par Cabourdin en 1982.

La Brigue

L’orgue de la collégiale Saint-Martin a été construit en 1849 par les frères Luigi et Giacomo Lingiardi. Situé au dessus de l’entrée principale, le buffet s’harmonise avec la tribune curviligne abondamment décorée. L’orgue comporte un clavier, un  pédalier, trente jeux et, parmi les accessoires, des cloches, une grosse caisse et un tambour. Il a été restauré par Cabourdin en 1988.

L’Escarène

L’orgue de l’église de Saint Pierre aux liens a été fabriqué en 1791 par les frères Grinda. Son buffet, qui s’harmonie avec le style rococo de l’église, est composé d’une boiserie peinte avec des frises dorées et trois tourelles. Il comporte un clavier, un pédalier et treize jeux. Il a été restauré par Cabourdin en 1984 et a été déclaré Monument historique en 1973.
Des disques ont été enregistrés sur cet orgue, notamment les concertos de Corette avec l’organiste René Saorgin et l’Ensemble baroque de Nice.

Fontan

L’orgue de l’église paroissiale fait partie des « orgues historiques » de la vallée de la Roya. Il a été construit en 1850 par le facteur piémontais Carlo Vittino. Avec son petit buffet rectangulaire en forme de temple ancien, il comporte un clavier et quinze jeux. Il a été restauré par Cabourdin en 1983.

Saorge

L’orgue de l’église Saint Sauveur a été construit en 1847 par les Lingiardi père et fils de Pavie, juste avant celui de la Brigue. Il fut transporté de Pavie à Gênes par la route, de Gênes à Nice par mer, puis de Nice à Saorge en charrette tirée par des mulets. Installé en tribune au dessus de l’entrée principale, il a été placé dans un buffet du XVIIe qui lui donne une allure théâtrale. Les colonnes aux deux extrémités sont soutenues par deux angelots.
L’instrument se compose d’un clavier, un pédalier. Il comporte vingt-trois  jeux et, parmi les accessoires, une grosse caisse et « roulement de tonnerre ».

Sospel

L’orgue de l’ancienne cathédrale de Sospel a été construit en 1843 par les frères Agati. Installé sur la tribune au dessus de l’entrée, il a été placé dans un buffet à allure théâtrale datant du XVIIIe siècle. Au fronton, on peut voir deux anges musiciens entourant une représentation de Saint Michel terrassant le dragon.
L’instrument se compose d’un clavier, d’un pédalier, comporte trente jeux. Parmi ses accessoires figurent cloches et clochettes ainsi qu’une grosse caisse. L’instrument a été restauré en 1891 par Carlo Vittino puis en 1988 par Jean-François Muno.

Tende

L’orgue de Notre-Dame-de-l’Assomption a été fabriqué en 1807 par les frères Serassi. Il est installé sur la tribune au dessus de l’entrée principale dans un buffet datant du XVIIe siècle, laqué et doré, présentant deux anges musiciens qui s’appuient sur la corniche.
Il comporte un clavier, un pédalier, vingt trois jeux avec, comme accessoires, des cloches, une grosse caisse et des cymbales actionnées par le pédalier.

Villefranche

L’orgue de l’église Saint Michel a été fabriqué en 1790 par les frères Grinda, facteurs niçois. Son buffet imposant, en boiserie, présente en façade une draperie de tuyaux, avec quatre tourelles, surmontées d’angelots musiciens. L’instrument comporte un clavier, treize jeux et comportait à l’origine un « jeu de rossignol » (petits tuyaux jouant dans l’eau). Il a été restauré par Giroud en 1982.

Quelques références

Sur l’orgue de Tende : René Saorgin interprète des œuvres du Padre Davide de Bergame, de Vincenzo Pegtrali, de Giovanni Battista Martini, Domenico Zipoli (Editeur : Harmonia Mundi).

Sur l’orgue de Saorge : René Saorgin interprète des œuvres de Girolamo Frescobaldi, Tarquino Merula, Alessandro Scarlatti, Benedetto Marcello, Domenico Zipoli, Vincenzo Bellini, Vincenzo Petrali. (Editeur : Harmonia mundi)

Sur l’orgue de Saorge : Frédéric Munoz interprète des œuvres de Claudio Merulo. (Editeur Naxos)

Sur l’orgue de la Brigue : Roberto Cognazzo interprète des œuvres de Giuseppe Verdi, Giovanni Morandi, Gaetano Donizetti, Vincenzo Bellini et de Padre Davide de Bergame. (Editeur Adda).

Sur l’orgue de l’Escarène : René Saorgin interprète les concertos pour orgue et orchestre de Michel Corrette, avec l’Ensemble baroque de Nice, direction Gilbert Bezzina. (Editeur Harmonia Mundi).

Sur les orgues des vallées de la Roya et de la Bévéra : Silvano Rodi, René Saorgin et Michel Colin interprètent des œuvres de divers compositeurs italiens sur les orgues de Breil, Fontan, Saorge, la Brigue, Tende, Sospel et Vintimille. (Editeur Ligia Digital).