L’œuvre de Niki de Saint Phalle

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Niki de Saint Phalle est une artiste plasticienne connue par ses « Tirs », performances durant lesquelles des spectateurs sont invités à tirer à la carabine sur des poches de couleur, éclaboussant ainsi des assemblages de plâtre,  « Tirs »  qui la rendent célèbre. Elle fera partie des « Nouveaux Réalistes ». Très connue pour ses « Nanas », elle a été peintre, sculptrice, a écrit une pièce de théâtre et réalisé des films. En octobre 2001, Niki de Saint Phalle a consenti une donation exceptionnelle de 190 œuvres au Musée d’Art moderne et d’Art contemporain de Nice.

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Qui est Niki de Saint Phalle ?

Niki de Saint Phalle se nommait Catherine Marie Agnès Fal de Saint Phalle. Elle est née le 29 octobre 1930 à Neuilly-sur-Seine. Son père était français et sa  mère américaine. Le krach boursier ayant ruiné son père, la famille part aux États-Unis alors que Niki n'a que trois ans. Elle passera son enfance à New York et sera élève dans une école religieuse très stricte, puis deviendra mannequin et posera pour les magazines américains Life et Vogue. A 18 ans, elle épouse un jeune américain, Harry Mathews, dont elle aura deux enfants et commence à peindre. Elle revient en France avec son mari et ses enfants en 1951. Après une grave dépression (et une hospitalisation à Nice en 1953), elle décide de devenir artiste. En 1955, un voyage en Espagne lui permet de découvrir le « Parc Güell » de Gaudi, ainsi que le « Palais Idéal » du facteur Cheval. Elle est aussi marquée par des artistes américains tels que Jasper Johns, Robert Rauschenberg, Willem de Kooning ou Jackson Pollock. Elle divorce en 1960 et s’installe avec Jean Tinguely. Reconnue comme artiste grâce aux « Tirs », elle intègrera en 1961 le cercle des « Nouveaux Réalistes » dont elle sera la seule femme, et jouera le rôle de médiatrice entre les avant-gardes françaises et américaines. Très connue pour les « Nanas », le domaine de son travail est beaucoup plus vaste ; Niki a été peintre, sculptrice,  a écrit une pièce de théâtre et réalisé des films. Elle a dessiné des affiches, des meubles, des décors, des costumes de ballets et de pièces de théâtre, a conçu trois maisons dans le sud de la France. Niki a collaboré avec Jean Tinguely, son mari, pour le « Cyclope » (1974) à Milly-la-forêt et la « Fontaine Stravinski » (1983) à Paris. Enfin, elle a réalisé un jardin de sculptures : le « Jardin des Tarots » à Garavicchio en Italie, inauguré en 1998. L’une des sculptures lui a servi de maison. Dans les années 1990, elle s'implique beaucoup dans la lutte contre le Sida, et défend les minorités. Lorsque Jean Tinguely meurt, en août 1991, elle construit son premier tableau éclaté, Méta-Tinguely . Elle est morte à 71 ans, le 21 mai 2002, à San Diego (Californie), d’une maladie pulmonaire causée par les vapeurs toxiques inhalées pendant la réalisation de ses œuvres en résine de polyester.

Elle a illustré les rôles sociaux de la femme :

« Je ne voulais pas devenir comme elles (sa mère, sa tante), les gardiennes du foyer, je voulais le monde et le monde appartenait aux hommes (…). Les rôles attribués aux hommes et aux femmes étaient soumis à des règles très strictes de part et d’autre. » Catalogue exposition musée d’art moderne paris 1993 p 148.

Elle a dénoncé en 1992 l’inceste de son père dont elle a été victime, dans le livre « Mon secret ».

La donation Niki de Saint Phalle au Mamac

Niki de Saint Phalle a voulu donner une partie de son œuvre, de son vivant, à des musées. Elle a choisi le MAMAC à Nice, car elle est souvent venue dans la région dans les années 1950. Elle y a vécu un an, lorsqu’elle était malade, moment où elle a décidé qu’elle deviendrait artiste, puis est revenue, du temps de son appartenance au mouvement des Nouveaux Réalistes. L’un des objectifs de la collection permanente du MAMAC est de faire dialoguer le Nouveau Réalisme européen avec le Pop art américain. C'est donc le lieu idéal pour conserver, étudier et exposer l’œuvre de Niki de Saint Phalle, artiste franco-américaine membre du Nouveau Réalisme. L’œuvre de Niki de Saint Phalle est prolixe et multiforme. Le MAMAC conserve plus de 170 œuvres de l’artiste qui permettent de suivre son évolution. Le don fait au musée est constitué d’un ensemble d’œuvres qui représentent toute l’évolution du travail de Niki de Saint Phalle, depuis les œuvres d’assemblage des années 1958-1960 jusqu’à ses réalisations les plus récentes.

http://www.mamac-nice.org/francais/

Les peintures et assemblages (1959-1961)

Les premières œuvres de Niki de Saint Phalle intègrent très rapidement des objets. Elle choisit les petits objets de la vie quotidienne qu’elle fixe avec du plâtre sur des panneaux de contreplaqué, et rajoute parfois de la peinture. Ce sont des tableaux-reliefs. Elle crée ainsi un monde poétique et personnel qui raconte des histoires et montre des paysages. Niki a été marquée par un voyage qui lui a permis de rencontrer l’œuvre de Gaudi en Espagne et le « Palais Idéal » du Facteur Cheval à Hauterives. Ces deux influences auront de l’importance dans son travail tout au long de sa vie.

Les Tirs (1961-1964)

Lors de sa première exposition en 1961, Niki de Saint-Phalle devient célèbre en réalisant les Tirs. Elle fabrique des assemblages d’objets fixés sur un support et recouverts de plâtre blanc. Derrière le plâtre blanc sont cachés des ballons remplis de peinture de différentes couleurs. Les spectateurs, invités à tirer sur les œuvres, deviennent ainsi acteurs et participent avec le hasard à l’élaboration de l’œuvre. Niki de Saint Phalle  utilise le fusil, symbole masculin de destruction, comme outil de création. L’œuvre est ainsi créée par la destruction. Elle s’inspire de son vécu et de son enfance qui ont été pour elle source de traumatisme.

Les Autels, les Cathédrales et les Monstres 

Niki de Saint Phalle se bat contre toutes les conventions sociales de l’après-guerre, dont fait partie pour elle la religion ; elle se souvient aussi de la sévérité de son éducation religieuse, contre laquelle elle s’est rebellée. Pendant la période des tirs, elle réalise des diptyques et des triptyques recouverts de peinture dorée, sur lesquels elle tire au fusil. Les autels sont, dans le culte catholique, des tables de pierre ou de bois sur lesquelles on célèbre la messe. Niki s’inspire des retables du XIIIe siècle.

Elle crée aussi tout un univers, à la manière des contes de fées dans lesquels se meuvent des monstres ( « White Gremlin », « Gambrinus »,..).

La période blanche
Cœur de vieille bigote est fabriquée en utilisant les mêmes procédures que celles des Tirs, mais l’œuvre reste immaculée. Niki utilise des objets qui symbolisent tous les aspects de la vie d’une vieille femme très croyante, qu’elle représente comme enfermée. Elle joue avec les métaphores, un serpent (langue de vipère) est installé dans une cage.
Les Mariées et les Nanas
Avec les Mariées, Niki de Saint Phalle réfléchit aux divers rôles de la femme dans la société. L’image de la femme, qui était encore très  tourmentée avec Les Mariées, devient de plus en plus sereine et joyeuse avec Les Nanas qui représentent la femme libre, heureuse. Niki de Saint Phalle a réussi à se débarrasser de ses démons. La figure s’est détachée du fond et est devenue une sculpture. C’est une sculpture souvent juste en équilibre, qui donne l’impression de danser et de jouer. Les Nanas représentent une infinie variation des mouvements du corps. Les premières Nanas sont construites en papier mâché, tissus et fils comme Erica (1965), puis Niki utilise de la résine de polyester, nouveau matériau utilisé par les artistes. Les Nanas deviennent lisses, brillantes, colorées et plus résistantes. La femme est représentée libre et indépendante,  loin des canons de la beauté.
Les œuvres monumentales

Les œuvres monumentales de Niki sont aussi représentées au Mamac. Dans ses œuvres monumentales, Niki a effacé les frontières entre sculpture, peinture et architecture. On pouvait entrer dans certaines Nanas et Niki a habité dans l’une des sculptures du « Jardin des Tarots », l’Impératrice. On peut voir des œuvres en relation avec le Jardin au MAMAC : des lithographies, un exemplaire de « La Fontaine aux Nanas » qui est située au milieu de la cour de « l’Empereur » dans le jardin, un « Diable ».

Lorsqu’on entre au MAMAC, on est accueilli par une autre œuvre monumentale : Le Monstre du Loch Ness.

Note à l’attention des enseignants

Faire une fiche sur un artiste a forcement un aspect réducteur. Si ce document traite de l’image de la femme et des conventions sociétales, Niki de Saint Phalle a toujours refusé d’être intégrée à un livre sur les femmes artistes. Elle estimait que l’on ne devait pas différencier les artistes par leur sexe leur religion ou leur nationalité.

(source : Gonnard C. Lebovici E., Femmes artistes/artistes femmes, 2007, Hazan)