La salle des mariages de l’Hôtel de Ville de Menton par Jean Cocteau

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En 1958, Jean Cocteau réalise le décor de la Salle des Mariages de la mairie de Menton. Cette œuvre sera le point de départ d’une série de projets de l'artiste dans la ville de Menton : la restauration et la décoration du bastion en bord de mer, la réalisation d’une fresque dans le bureau du maire, ou encore une série de pastels représentant les amoureux mentonnais.

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Introduction

En juillet 1957, suite à la proposition du maire de Menton, Jean Cocteau commence la décoration de l’une des salles de la mairie consacrée aux mariages.

Artiste multidisciplinaire du XXsiècle, Jean Cocteau abordera avec talent toutes les formes d’expression artistique, passant avec aisance d’un médium à l’autre.

« Une œuvre d’art doit satisfaire toutes les muses. C’est ce que j’appelle : Preuve par 9 »1

Cette démarche d’un art « total » revêt dans la salle des mariages un sens particulier. dans cette pièce, tout a été conçu par l’artiste, des fresques aux décorations murales, du choix à la conception du mobilier.

1 Extrait du « Coq et l’Arlequin » de 1918

La genèse de l’œuvre

Durant l’été 1950, Cocteau séjourne chez son amie Francine Weisweiller, dans la Villa Santo Sospir à Saint-Jean-Cap-Ferrat. Il se met progressivement à décorer les murs, entreprenant ainsi sa première décoration murale.

Cet événement précéda la décoration de la Chapelle Saint-Pierre de Villefranche-sur-Mer, puis très peu de temps après, en 1957, le maire de Menton, Francis Palmero, lui demanda de décorer une des salles de la mairie de Menton consacrée aux mariages.

La Salle des Mariages

À Menton,  le « dessin » de Jean Cocteau fut totalement différent de celui créé pour ses deux décorations murales précédentes. Sur l’ensemble des murs, une influence africaine est clairement perceptible dans les formes concentriques et colorées, très différentes de son dessin habituel. Cette idée, Cocteau l’a eu auparavant, en découvrant à Paris une exposition d’art « Nègre ».

Des formes faites de lignes discontinues sont, dans un premier temps, tracées à la craie par Jean Cocteau, avant d’être repassées au pinceau par un peintre-artisan.

La Noce imaginaire

L’influence africaine est davantage perceptible sur le panneau de droite où Cocteau a représenté la noce d’un village imaginaire « un peu maure »1

Un couple de jeunes mariés se tient sur un cheval et s’apprête à partir ; des jeunes filles portent des paniers sur leur tête, à la manière des femmes africaines.

Au premier plan, un aveugle offre une orchidée. Derrière lui, de jeunes gens dansent et se réjouissent de cette union. Seul un groupe de personnages, sur le côté droit de la scène, semble désapprouver cette union. La mère du marié se tient à l’écart de la fête.

Toute cette scène se déroule sous le regard d’une jeune bohémienne, située dans l’encadrement de la fausse porte.

Comme dans la Chapelle de la Guerre et de la Paix de Vallauris décorée par Pablo Picasso, où la guerre et la paix s’affrontent d’un mur à l’autre, Cocteau choisit d’opposer, à cette scène de fête, une scène de guerre représentée sur le mur de gauche.

1 Jean Cocteau, extrait de l’ouvrage « La salle des mariages, Hôtel de Ville de Menton », Monaco, éditions du Rocher, 1958

Orphée et Eurydice

En effet, le mur de gauche s’inspire du mythe d’Orphée, et plus précisément du moment où Orphée, ramenant Eurydice des enfers, se retourne malgré l’interdiction d’Hadès, le dieu des Enfers, et perd définitivement sa bien-aimée.

A droite du panneau, Eurydice meurt soutenue par deux femmes. Orphée, les yeux clos, laisse tomber sa lyre, déclenchant une scène de chaos. Les hommes s’entre-tuent, se transforment en centaures, personnages mythologiques mi-homme mi-cheval, et massacrent de leurs flèches un flamand rose de Camargue et un aigle en plein vol.

Orphée semble également être présent sur le mur du plafond, se tenant sur le cheval ailé Pégase et symbolisant la poésie. A côté de lui se trouve la science jonglant avec des planètes, mais cette interprétation reste incertaine. L’artiste a sans doute improvisé ces scènes picturales et ne  leur a donné une signification qu’a posteriori.

Le mythe d’Orphée traversera l’œuvre de Jean Cocteau pendant près de quarante ans. Le poète parisien s’identifiera au poète grec antique, témoignant de la fascination constante qu’exercera la mythologie grecque sur son œuvre.

Dans son œuvre « azuréenne », les thèmes mythologiques se mêlent à des symboles locaux, en référence à la Méditerranée et au monde traditionnel des pêcheurs.

Les fiancés Mentonnais
Cette symbolique méditerranéenne est évoquée sur le mur du fond. Jean Cocteau y représente un couple de profil se tenant face à face. Il s’agit de jeunes fiancés mentonnais. Ils sont identifiables grâce à leurs couvre-chefs (capeline mentonnaise pour la jeune femme et bonnet de pêcheur pour le jeune homme) et par l’œil en forme de poisson du fiancé.
Le mobilier et les éléments décoratifs

En dehors des murs peints, Cocteau veille également à l’atmosphère de la salle en lui donnant une cohérence. Considérant que le mariage civil manque de faste, il s’attache à lui donner une théâtralité inédite. Il suggère  un décor « fastueux » et « théâtral », par la présence de rideaux rouges en velours, ou encore d’un chemin de peau de panthère.

Il dessinera également les luminaires en fer forgé, les miroirs gravés et la représentation de Marianne, symbole de la République française, obligatoire dans une salle de mariages.

Conclusion

Inaugurée le 22 mars 1958, la Salle des Mariages fut réalisée en moins d’un an. Cette œuvre sera le point de départ d’une série de projets du poète dans la ville de Menton : la restauration et la décoration du bastion en bord de mer, la réalisation d’une fresque dans le bureau du maire, ou encore une série de pastels représentant les amoureux mentonnais.

Jean Cocteau entretient ainsi une relation étroite avec cette ville de bord de mer, à l’extrême Sud-Est de la France, qui sera à jamais sa ville testament, avec la création d’un musée dédié à son œuvre, le musée Jean Cocteau collection Severin Wunderman.

Informations pratiques

Adresse : Mairie de Menton, Place Ardoïno

Numéro de Téléphone : 04.92.10.50.00

Jours et heures d’ouverture : Ouvert tous les jours sauf les week-ends et les jours fériés, de 8h30 à 12h et de 14h à 16h30

Tarifs : 2 € ; ½ tarif : 1 € (étudiants, enseignants, +65 ans, familles nombreuses)

Gratuit (-18 ans, groupes scolaires, demandeurs d’emploi, personnes handicapées, journalistes)

Visite guidée : Tous les jeudis, Place de la Mairie, tarif 4 euros