Le musée de préhistoire régionale, Menton

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Le musée propose des expositions de préhistoire régionale. On y découvre l’évolution et le mode de vie des hommes préhistoriques à Menton et dans la région. L’exposition de l’Itinéraire Via Julia Agusta, qui traite de l’Antiquité régionale, complète la présentation chronologique.

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Présentation
Le premier musée municipal de la ville de Menton fut créé en 1878. Son conservateur était le naturaliste Stanislas Bonfils, l’un des premiers à avoir fouillé aux grottes de Grimaldi. Le musée de Préhistoire régionale actuel conserve toujours la collection Bonfils. François Charles Ernest Octobon, archéologue disciple de Stanislas Bonfils, apporta et fit apporter de nombreuses collections au musée dans les années 1950–1960. Henry de Lumley, successeur d’Octobon pour l’organisation d’importantes fouilles dans les Alpes-Maritimes, conçut l’actuelle exposition de préhistoire régionale du musée ouverte en 1988. Celle-ci est régulièrement actualisée et enrichie mais sa forme muséographique d’origine est préservée. On y découvre l’évolution et le mode de vie des hommes préhistoriques à Menton et dans la région. L’exposition de l’Itinéraire Via Julia Agusta, qui traite de l’Antiquité régionale, complète la présentation chronologique.
Les premiers habitants de la Côte d’Azur

La grotte du Vallonnet, à Roquebrune-Cap-Martin, monument historique propriété de l’État, a servi d'habitat à des hommes préhistoriques il y a un million d'années. La grotte, creusée dans un massif de calcaires du Jurassique, s’ouvre au bord du ruisseau du Vallonnet à une altitude de 110 mètres, au pied d’une colline qui domine le cap Martin.

Des sédiments datés d’un million d’années livrent des outils en pierre taillée attribués au Pré-Oldowayen par Henry de Lumley. Il s’agit de la première des cultures paléolithiques apparues en Afrique il y a 2,5 millions d’années avec les premiers représentants du genre Homo. L’outillage Pré-Oldowayen du site du Vallonnet est constitué de galets taillés sur une ou deux faces (tranchoirs), et d’éclats bruts non retouchés. Il servait à casser les os afin d’en extraire la moelle et à découper la viande. La grotte du Vallonnet fait partie des plus anciens sites de la préhistoire européenne qui débute vers 1,5 million d’années selon des découvertes faites en Espagne, en France et en Italie.

Plusieurs milliers d’ossements de mammifères ont été découverts dans les sédiments. Ils sont conservés au musée de Préhistoire régionale. Des carnivores, ours, hyène, tigre à dents de sabre, guépard, jaguar eurasiatique, léopard, canidés… ont occupé la grotte à la place des hommes à certaines périodes aux alentours d’un million d’années. De très nombreux ossements d’herbivores proviennent du transport dans la grotte, par l’homme et les carnivores, de carcasses ou de parties de carcasses. Les traces laissées par l’homme préhistorique (fracturations, stries de boucherie) s’observent sur des ossements de bison et de cervidés. L’hyène a aussi laissé des traces, en particulier sur des ossements de rhinocéros. D’autres herbivores sont présents, l’éléphant méridional, un équidé, le sanglier, des caprinés (une sorte de mouflon à manchette et le thar)…

L’étude des pollens extraits du sédiment a permis de reconstituer un paysage steppique correspondant à un climat de type glaciaire, sec, mais non très rigoureux, le contexte méditerranéen permettant la présence de la tortue d’Hermann dont de nombreux fragments de carapaces ont été trouvés à côté des ossements de mammifères.

Les hommes du Vallonnet devaient être des Homo erectus (dont des fossiles d’un million d’années sont connus en Afrique et en Asie) au corps trapu et au crâne robuste avec une capacité cérébrale de 1 000 cm3 (l’homme moderne à une capacité cérébrale de 1 500 cm3). La face était massive, avec une mâchoire projetée vers l’avant et sans menton, un fort bourrelet au-dessus des orbites et un front très fuyant. L’homme du Vallonnet était davantage charognard que chasseur.

Les successeurs des premiers Homo erectus

À la suite de la grotte du Vallonnet, les sites de Terra Amata et du Lazaret à Nice, témoignent de la présence des Homo erectus durant des centaines de milliers d’années dans la région. Plusieurs vagues de migrations ont dû s’y succéder. Les Homo erectus de Terra Amata (400 000 ans) taillaient, dans des galets, des outils plus élaborés que les tranchoirs : les bifaces aux symétries bilatérale et bifaciale qui font dire aux préhistoriens qu’Homo erectus connaissait déjà la notion d’esthétique. Le musée conserve le premier biface trouvé sur le site par Georges Iaworsky en 1961.

L’autre innovation, fondamentale pour l’amélioration du « confort » de vie de l’homme préhistorique, a été la domestication du feu. Terra Amata est l’un des plus anciens sites préhistoriques ayant livré la preuve de l’utilisation du feu (vestiges de foyers aménagés). S’éclairer, se chauffer, tenir en respect les fauves, cuire la viande, durcir les pointes d’épieux, se rassembler et communiquer autour du foyer, le progrès apporté par l’usage du feu est inestimable.

La grotte du Lazaret à Nice (150 000 ans) livre de nombreux bifaces. D’importantes découvertes d’ossements d’Homo erectus sont aussi réalisées. Les occupants de la grotte chassaient principalement le cerf et le bouquetin. Les bifaces leur servaient à traiter les carcasses de ces gibiers. Le musée présente une collection des fouilles Octobon de la grotte du Lazaret, dont de magnifiques bifaces parfaitement symétriques. 

Les hommes de Néandertal (50 000 ans)

L’homme de Néandertal, descendant d’Homo erectus, est le seul occupant de l’Europe pendant plusieurs dizaines de milliers d’années. Les premiers Homo sapiens apparaissent quant à eux en Afrique de l’Est, où ils descendent également d’Homo erectus.

Le néandertalien a conservé la morphologie de son ancêtre mais son cerveau est plus développé. Les grottes de Grimaldi à Vintimille lui ont servi longtemps d’habitat (vers 100 000 ans à 40 000 ans) comme en témoignent les outils sur éclats de silex et de quartzite caractéristiques qui y ont été découverts et dont le musée présente des exemplaires. Ils ne taillent plus des bifaces comme leurs ancêtres mais retouchent avec soin racloirs et pointes. Ces populations de chasseurs nomades ont connu des climats très différents. La faune est très révélatrice de ces contrastes climatiques. Vers 80 000 ans, les néandertaliens pouvaient rencontrer des hippopotames dans notre région littorale franco-italienne, alors que vers 50 000 ans, ils y chassaient le renne lors d’une période glaciaire.

Les premiers hommes modernes (37 000 à 11 000 ans)

Les premiers hommes modernes sont arrivés dans la région il y a 37 000 ans comme l’a indiqué une datation au carbone 14 effectuée aux grottes de Grimaldi. Ils ont connu une période glaciaire particulièrement rigoureuse, vers 20 000 ans, à l’occasion de laquelle le renne circulait à nouveau sur la Riviera dei Fiori et la Côte d'Azur. Le niveau de la mer se trouvait alors 100 mètres plus bas qu’actuellement et le littoral se trouvait 5 kilomètres plus loin devant les grottes de Grimaldi et Menton.

Ces Homo sapiens sont porteurs d'innovations technologiques et culturelles. Dans leur outillage en pierre se trouvent des lames taillées dans du silex d’excellente qualité dont les régions d’approvisionnement peuvent se trouver à des centaines de kilomètres. L'os et le bois de cervidé servent par ailleurs à la fabrication de pointes de sagaies. La renommée des grottes de Grimaldi est due, au XIXe siècle, à la découverte de sépultures d’hommes modernes dans lesquelles se trouvaient de nombreux objets de parures et de la poudre d’ocre. Il est permis de penser que ces hommes avaient des croyances parmi lesquelles le culte des ancêtres devait tenir une grande place (comme chez les animistes contemporains). Les objets de parure servaient à marquer l’appartenance à un groupe et peut-être aussi à accompagner le mort dans son voyage vers le monde des ancêtres.

Les grottes de Grimaldi sont aussi célèbres pour les petites statuettes féminines, les « vénus », sculptées principalement dans la stéatite (une roche tendre non locale) qui y ont été découvertes à la fin du XIXe siècle. Il y a 25 000 ans, ces statuettes symbolisaient peut-être la fertilité garante de la « bonne santé » des groupes de chasseurs nomades. La stéatite était aussi sculptée sous forme d’objets non figuratifs. Le musée de Menton conserve un objet de ce type découvert par Stanislas Bonfils dans la grotte Florestan (grottes de Grimaldi). S’il n’est pas figuratif, les sillons qui le parcourent évoquent la façon de représenter les coiffes de certaines statuettes féminines.

La fin de la préhistoire
Un peu avant 10 000 ans, le climat a commencé à se réchauffer et la forêt s'est développée. Les vestiges de l'abri Martin à Gréolières, mais aussi des outils de silex découverts dans le jardin Maria Serena à Menton, témoignent au musée de la vie des derniers peuples chasseurs de la Côte d'Azur. À partir de 7 000 ans, de nouvelles populations s’adonnant à l’élevage et à l’agriculture vont transformer le paysage. Le foyer d’origine de leur mode de vie et de leur culture néolithique se trouve au Moyen-Orient. Haches en pierre polie et céramiques sont les types d’objets emblématiques démarquant bien le Néolithique du Paléolithique. Le musée présente l'exceptionnelle collection néolithique de la grotte de l'Adaouste, dans les Bouches-du-Rhône, fouillée par Gérard Onoratini. La période suivante, l’âge du Bronze qui débute il y 4 000 ans, est bien sûr illustrée par le célèbre site à gravures du Mont Bego. Le musée présente le site grâce à quelques grands moulages représentatifs. Des objets en bronze et des céramiques de sites régionaux sont également visibles.  
Antiquité régionale

La voie romaine dite Via Julia Augusta a été créée en 13/12 avant J.-C. par Auguste après la conquête des Alpes maritimes (en 14 avant J.-C.). Elle reliait l’Italie au Sud de la France déjà colonisée par Rome (la Narbonnaise). La région mentonnaise, qui était traversée par cette voie, faisait partie de la cité romaine de Vintimille (Albintimilium).

Girolamo Rossi, dont l’actuel musée d’archéologie de Vintimille porte le nom, découvrit le théâtre et les thermes d’Albintimilium. Dans la nécropole située près du théâtre, Stanislas Bonfils récupéra des objets pour le musée de Menton dans les années 1880.

À l’emplacement de l’actuelle ville de Beaulieu-sur-Mer, entre Monaco et Nice, se trouvait la station portuaire d’Olivula. Le musée de Menton conserve une collection riche en céramiques provenant des fouilles de la fin du XIXe menées par Jonhston-Lavis. Ce mobilier est représentatif d’un site portuaire très ouvert sur le monde extérieur, en relation avec l’Afrique du Nord et l’Orient. D’autres sites sont présentés au musée, comme le Mont Bastide à Èze, et quelques objets d’époque romaine trouvés à Menton sont également visibles.

Renseignements pratiques

Musée de Préhistoire Régionale
Rue Lorédan Larchey 06500 Menton
04 93 35 84 64
https://www.menton.fr/Musee-de-Prehistoire-Regionale.html

Ouvert de 10h à 12h et de 14h à 18h sauf mardi et jours fériés