Le jardin botanique de la villa Thuret à Antibes

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Le jardin de la ville Thuret présente un intérêt patrimonial incontestable, créé il y a plus de 150 ans, est aujourd’hui au cœur des problématiques environnementales qui traversent notre société : aménagement du territoire et écologie urbaine, biodiversité et conservation du patrimoine végétal, développement durable, adaptation au changement climatique.

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Le fondateur du jardin : Gustave-Adolphe Thuret
Né à Paris le 23 mai 1817, Gustave-Adolphe Thuret appartient à une famille protestante d’origine française qui s’était réfugiée en Hollande au moment de la révocation de l’Edit de Nantes.
Il est le troisième fils d’Isaac Thuret, banquier et consul général des Pays-Bas à Paris. Les jeunes années de Gustave sont celles d’un fils de famille aisée. Il se passionne pour la musique, la peinture et les voyages. Bachelier ès lettres en 1835, il est licencié en droit en 1838, naturalisé français en 1839. Cette même année, il séjourne à Constantinople, à l’ambassade de France, puis y est nommé attaché. Il en profite pour visiter la Syrie et l’Egypte à la fin de l’année 1841. Ayant regagné la France malade, il tente de rentrer au Conseil d’Etat en qualité d’auditeur mais ses démarches restent sans succès. Disposant d’une belle fortune d’origine familiale, c’est vers la botanique que G. Thuret va s’orienter.
En 1837, il est initié à la botanique par un ami musicien, Alexandre de Villers. Soucieux d’améliorer ses connaissances, il fait alors la connaissance de Joseph Decaisne, éminent spécialiste des algues, qui va le conduire à s’intéresser à l’étude de ces organismes. De cet intérêt commun naît une amitié indéfectible entre le maître et l’élève et du résultat de leurs travaux, une avancée considérable pour la science. Conduisant ses recherches sur la côte normande et assisté du docteur Edouard Bornet dont il fait son collaborateur à partir de 1852, Thuret devient un spécialiste incontesté de la reproduction des algues. Il réalise de remarquables observations au microscope qui permettent de restituer, grâce au dessinateur Riocreux, les détails le plus délicats des plantes étudiées. En 1855, les séjours prolongés dans l’eau froide de l’Atlantique ont raison de la santé de Thuret. Il quitte Cherbourg pour s’installer à Cannes où il loue une maison de campagne.
1857-1865 : la création du jardin

Durant l’hiver 1856, à l’âge de 39 ans, Gustave Thuret visite le littoral à la recherche d’une localité où il pourrait se fixer si son état de santé venait à se dégrader. Séduit par la beauté du Cap d’Antibes, son choix se porte sur une propriété rurale appartenant à Lucien Raphel, au quartier d’Empel, jouxtant le chemin du cap. L’acte d’achat passé le 4 juin 1857 indique que la propriété, d’une surface de 3,6 ha, est complantée de vignes et d’oliviers sur une partie, et inculte sur l’autre. Une petite maison s’y trouve déjà dans la partie supérieure, à proximité de l’actuelle villa. La présence d’une petite bergerie indique que le fermier pratique l’élevage. De même, une aire de battage revêtue de briques atteste de la culture du blé. Une deuxième propriété est achetée le 10 janvier 1860, de l’autre côté du chemin du Cap, d’une superficie d’un hectare et demi, présentant les mêmes caractéristiques que la première.

©  Archives départementales 06

La villa Thuret

Dès son arrivée au Cap, où il s’installe avec Bornet à la fin de l’année 1857 dans la petite maison existante, Thuret lance les travaux du jardin, bouleversant les cultures existantes. Comme le veut le goût de l’époque, c’est un jardin anglais, aux allées sinueuses et aux pentes recréées, qui est tracé. Les terrasses existantes sont démolies. Pour lutter contre l’érosion, qui rapidement recommence à entraîner les sols, des rigoles et des coupures horizontales sont aménagées. Afin de protéger du gel et du soleil les plantations que Thuret projette, des arbres à croissance rapide, chênes verts, pins d’Alep, pins parasols, sont semés. Plusieurs milliers de pots en terre sont commandés à Marseille et de la terre de « bruyère » acheminée sur place. Ces fournitures sont destinées à créer une pépinière dans la partie supérieure du terrain, à côté de l’actuelle villa. On y trouve aussi des châssis de protection, en bois de châtaignier. Le problème principal reste l’eau. Un puits est foré sans doute vers 1860 et une pompe à manège installée en 1861. La propriété de la Salis semble avoir été conservée en l’état puisqu’en 1876 E. Bornet évoque dans un courrier les récoltes de blé et d’olives. Parallèlement aux travaux du jardin, Gustave Thuret entreprend de construire une villa dont les plans sont établis par l’architecte parisien Lorotte. Elle est placée sur le point culminant, à peu de distance de la maison rurale existante, de façon à ménager un point de vue exceptionnel sur Antibes, la baie des Anges et le panorama montagneux en arrière-fond.

©  Archives départementales 06

Ambiance tropicale dans le jardin

La conception du jardin voulue par G. Thuret au Cap d’Antibes est caractéristique du XIXe siècle. Sous l’abri formé par les oliviers, les pins et les chênes, il aménage un jardin toujours vert, fleurissant entre septembre et juin, choisissant pour cela des plantes vivaces et des arbustes à feuillage persistant, originaires autant que possible de régions sèches et tempérées sans négliger pour autant les végétaux indigènes. L’esprit de collection est bien présent : le nombre et la variété sont systématiques recherchés par G. Thuret et E. Bornet qui peinent cependant à rassembler les végétaux car la région est, au milieu du siècle, dépourvue de pépinières sérieuses même si, du côté niçois, des amateurs éclairés se sont déjà lancés avec succès dans l’acclimatation. C’est donc sous forme de graines obtenues grâce à Joseph Decaisne et le Jardin des Plantes de Paris ou par échange avec d’autres collectionneurs que le jardin Thuret est peuplé. Au total, 3 000 espèces sont progressivement introduites mais une partie seulement peut s’adapter en raison de facteurs climatiques défavorables. Gustave Thuret est un véritable précurseur de l’acclimatation pour plusieurs espèces : Acacias, Eucalyptus et Banksias (famille des Protéacées).

La transformation du jardin en laboratoire public

Le 10 mai 1875, alors qu’il traverse le jardin public de Nice en compagnie d’E. Bornet, Gustave Thuret est victime d’un malaise et décède dans les bras de son ami. Son frère Rodolphe, qui est son légataire universel, devient propriétaire de la villa et la met aussitôt en vente. Deux ans plus tard, aucun acheteur sérieux ne s’étant présenté, Louise Fould, veuve de son frère Henri, offre 200 000 francs à l’Etat pour racheter la villa et préserver le jardin. Le 8 novembre 1877, la donation est acceptée par décret faisant de la villa Thuret un établissement de l’Etat sous le titre de Laboratoire d’Enseignement Supérieur. Le savant Charles Naudin en prend la direction, aidé d’Edouard Bornet, et, fort d’une longue expérience, multiplie dans le jardin les acclimatations, introduisant notamment une centaine d’eucalyptus. Georges Poirault succède à Naudin en 1899. Lorsqu’il arrive à Antibes, il trouve un jardin en mauvais état, ayant souffert du manque d’entretien, des maladies et du froid. Il reprend la correspondance avec les savants du monde entier et multiplie, grâce à leur aide, les essais d’introduction. Le jardin retrouve son luxe d’antan.

En 1925, le jardin Thuret est parvenu à maturité. A l’été 1927, la villa Thuret est transférée du Ministère de l’Instruction publique au Ministère de l’agriculture pour y devenir le Centre de recherches agronomiques de Provence. Ce dernier s’enrichit en 1932 d’une station de zoologie, en 1933 d’une station d’agronomie et de physiologie végétale et en 1936, l’année de la mort de G. Poirault, d’une station de pathologie végétale dont l’activité est consacrée à l’étude des maladies des cultures florales, en plein essor dans les Alpes-Maritimes. En 1946 est créé l’Institut national de recherches agronomiques (I.N.R.A.). Antibes devient un de ses centres les plus importants et se consacre à l’horticulture puis à la protection des cultures. Les installations sont alors reconstruites et modernisées. Au sein de cet ensemble, la station de botanique s’engage au début des années 1970 dans la protection de l’environnement : choix des espèces pouvant contribuer à la reconstitution et à la protection de la forêt méditerranéenne détruite par l’incendie, expérimentation des espèces arbustives et herbacées destinées à reconquérir les plaies causées par les talus d’autoroutes, etc.

Le jardin Thuret au début du XXIe siècle 

En 2004, l’ensemble des installations de l’INRA présentes sur le Cap d’Antibes déménage à Sophia Antipolis ; seuls le jardin botanique et le service de botanique demeurent sur le site. L’INRA crée une unité expérimentale Villa Thuret. Elle  apporte sa dimension scientifique aux collections, avec une mission de phénotypage de l’acclimatation qui inclut l’étude du processus d’acclimatation et celle des espèces végétales qui en résultent, parmi lesquelles les espèces exotiques envahissantes. L’ensemble immobilier, propriété de l’état français, est engagé dans un projet en partenariat avec les collectivités locales, afin notamment de développer l’accueil du public. Plusieurs partenaires sont accueillis sur le site : deux conservatoires et deux associations œuvrant pour la valorisation pédagogique et culturelle du site.

Les collections comprennent non seulement les plantes du jardin botanique, mais aussi des herbiers historiques, une importante bibliothèque spécialisée (flores et ouvrages consacrés aux végétaux) et des archives sur le comportement des espèces introduites depuis un siècle et demi. L’ensemble est en cours d’inventaire, dans un objectif de numérisation et de valorisation scientifique, pédagogique et culturelle. Par exemple, un ensemble d’ouvrages anciens vient d’être numérisé et mis en ligne sur Gallica le site de la BNF (Bibliothèque nationale de France).

Une collection botanique
Le jardin botanique de la villa Thuret présente des collections d’une grande diversité de port, de teinte et de texture. Depuis le début des plantations, des milliers de végétaux ligneux ont été introduits et testés dans le jardin. Eucalyptus, palmiers, mimosas ou conifères exotiques atteignent ici des dimensions remarquables. Les collections actuelles se composent essentiellement d’arbres et arbustes allochtones, originaires de régions du monde présentant un climat méditerranéen ou tempéré chaud. Elevés en serre, ils sont ensuite cultivés en plein air.
Les espèces végétales
En terme de diversité, les collections actuelles comprennent 2500 arbres et arbustes représentant plus de 1000 espèces. Le processus d’acclimatation s’effectue selon des règles précises : introduction des espèces par graines, expérimentation, plantation et entretien en conditions semi naturelles dans le jardin, suivi de comportement et observations, notations, vérification botanique.
Chaque plante est enregistrée et positionnée géographiquement. La base de données du jardin Thuret permet de gérer l'ensemble des informations concernant les collections. Ces informations complètent les données collectées au niveau national dans les autres arboretums de l’INRA et dans la base du Réseau National des Arboretums Publics.
Des arbres exceptionnels
Les  espèces du jardin botanique de la villa Thuret se répartissent en 144 genres et 131 familles, principalement des espèces ligneuses.
Certains groupes taxonomiques sont particulièrement bien représentés : les cycadales, les conifères, dont une collection exceptionnelle de cyprès ; les palmiers (une trentaine d'espèces comprenant notamment de très beaux spécimens de Jubaea chilensis) ; les légumineuses (diverses espèces d'acacias australiens) ; les chênes méditerranéens ; les myrtacées australiennes (Callistemon,  Eucalyptus, Melaleuca) ; les myoporacées ; les pittosporacées (dont une collection importante de Pittosporum spp.) ; les protéacées (genres Banksia, Hakea, Grevillea, Leucadendron), les malvacées...
Il ne faut pas manquer les superbes Jubaea spectabilis, cocotiers du Chiliau stipe majestueux, Nannorrhops ritchieana palmier afghan cespiteux à floraison terminale, rare en culture. Citons également quelques arbres exceptionnels, pour leurs dimensions ou leur esthétique : Arbutus andrachne et son écorce rouge veloutée, Agathis robusta, Cupressus macrocarpa, Eucalyptus dorrigoensis (38 mètres de haut, superbe tronc blanc), Taxodium mucronatum (issu d'une bouture du plus gros arbre du monde), Melaleuca linariifolia à l'écorce papyracée et à l'extraordinaire floraison blanche.
Un patrimoine dynamique
Depuis 1980, un programme de rénovation du jardin a permis de renouveler une partie du patrimoine, dans le respect des conventions internationales de protection de la biodiversité.
Renseignements pratiques

Jardin botanique de la villa Thuret
90, chemin Raymond - 06160 Cap d’Antibes

Tél. :+33 (0)4 97 21 25 00
Mail : thuret@sophia.inra.fr

https://www6.sophia.inra.fr/jardin_thuret/Infos-pratiques

Les horaires d'ouverture sont les suivants :
Été : 8 h 00 - 18 h 00, hiver : 8 h 30 - 17 h 30

Le jardin est fermé les samedis, dimanches ainsi que les jours de fêtes.
Durée de la visite : de 1 h 30 à 3 h 00,  à définir lors de la réservation.

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