L'église Saint-Pierre-ès-Liens, l’Escarène

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Classée Monument historique, l’église se situe au cœur du vieux village de l’Escarène, une étape incontournable sur la route du sel jusqu’au XIXe siècle. L’édifice principal est flanqué de deux chapelles latérales, au nord celle des pénitents blancs, au sud celle des pénitents noirs. L’ensemble constitue un magnifique exemple de baroque nisso-ligure.

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Historique

Le monument  occupe l’emplacement d’une première église construite au XIe siècle, qui dépendait de l’abbaye niçoise de Saint-Pons et fut partiellement détruite lors d’un tremblement de terre et d’un incendie à la fin du Moyen Âge. L’édifice actuel date, quant à lui, du milieu du XVIIe siècle. Il est l’œuvre de l’architecte Jean-André Guibert, également auteur de l’église du Gesu et de la cathédrale Sainte-Réparate à Nice ainsi que de la cathédrale Saint-Michel à Sospel. Il a été partiellement modifié, complété et restauré au cours des siècles suivants.

L’église est dédiée à Saint-Pierre-es-Liens ; ce patronage se réfère à un épisode des Actes des Apôtres qui évoque l’arrestation de l’apôtre par le roi Hérode et sa  délivrance par un ange. Au-dessus du portail, un relief, accompagné de l’inscription « tu es Petrus », représente saint Pierre libéré de ses chaînes.

La façade

Achevée seulement au XIXe siècle dans le goût baroque, la façade se déploie sur deux niveaux inégaux que limite un large entablement  constitué d’une architrave, d’une frise ornée de rinceaux de feuillages et d’une corniche. Jouxtée par deux travées latérales assez sobres et en retrait, la travée médiane est divisée en 5 sections que séparent des pilastres surmontés de chapiteaux composites. La section centrale, plus large que les autres, comprend, au premier niveau, le portail d’entrée, et, au second niveau, une serlienne et des anges. Entre les pilastres, des niches abritent des statues de saints positionnés selon une stricte hiérarchie du haut vers le bas, en fonction de leur importance.

Un fronton triangulaire, relié aux travées latérales par des consoles à volutes, surmonte la travée médiane. Il s’agrémente également d’une niche, occupée par Saint Pierre, et d’une guirlande assez caractéristique du baroque ligure.

L’ordonnancement, clair et équilibré de la façade, se fonde sur une rigueur des lignes d’inspiration classique qui contraste, de manière heureuse, avec la richesse baroque du décor. Les deux chapelles latérales, de composition identique à celle de l’église, confortent l’impression d’harmonie qui se dégage de l’ensemble.

Avec les trois travées de l’église et les trois portails donnant accès aux différents édifices, la façade décline un rythme ternaire chargé d’une forte valeur symbolique dans le christianisme puisqu’il évoque la Trinité.

L’intérieur

Le parti architectural est d’une grande sobriété : il consiste en une nef unique bordée, de chaque côté, par des chapelles ; elle débouche sur un chœur plus étroit dont le chevet est occupé par le maître-autel. Le plan longitudinal et le vaste espace unitaire central sont caractéristiques de l’art baroque et permettent d’organiser l’espace liturgique de manière fonctionnelle.

Les deux niveaux de la façade se retrouvent à l’intérieur de l’église : le niveau inférieur comporte de grandes arcades séparées par des pilastres et limitées par un large entablement, le niveau supérieur s’ouvre sur l’extérieur par des fenêtres hautes ; l’éclairage naturel attire ainsi le regard vers le plan divin situé au niveau des voûtes. Ces dernières sont scandées par des arcs doubleaux qui prolongent les pilastres.

Un riche décor fait contrepoint à cette simplicité architecturale ; il comprend, en particulier, d’élégants stucs attribués au stucateur ligure Marvaldi et une frise à rinceaux parsemée de nombreux angelots. L’église possède également un orgue exceptionnel : daté de la fin du XVIIIe siècle, il est l’œuvre des frères Honoré et Antoine Grinda ; sa couleur vert pistache s’inscrit dans la tradition savoyarde.

Les chapelles de pénitents

Situées, de manière originale, de part et d’autre de l’église, dont elles prolongent latéralement la façade, deux chapelles, édifiées par des confréries de pénitents, complètent l’ensemble monumental de l’Escarène. Nées en Europe méditerranéenne au Moyen Âge  et apparues dans le Comté de Nice au XIVe siècle, ces confréries sont des communautés de laïcs fondées pour manifester publiquement la foi catholique et s’adonner à des œuvres de charité. Elles connaissent leur apogée à l’époque baroque et construisent, dans la région, de nombreux lieux de culte.

La chapelle des pénitents blancs, à droite, est consacrée à la Sainte-Croix : elle en décline le thème sous la forme de nombreuses fresques et d’une série d’huiles sur toile dues, pour la plupart d’entre elles, à l’artiste niçois Hercule Trachel. Celle des pénitents noirs, à gauche, est dédiée à l’Assomption de Marie ; plus sobre que la précédente, elle comporte néanmoins plusieurs peintures, une belle frise colorée et un retable qu’encadrent des colonnes torses enroulées de vignes typiquement baroques.