Le sanctuaire de Notre-Dame-de-Laghet, La Trinité

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Laghet, de l’italien: Laghetto, est un hameau dépendant de la commune de La Trinité dans le département des Alpes-Maritimes. Notre-Dame-de-Laghet est l’association du nom de la Vierge Marie et de ce petit village.

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La situation du sanctuaire

Dans une région demeurée longtemps sous influence italienne, Laghet est un centre de pèlerinage connu dans toute la région niçoise et ligurienne. Le sanctuaire de Notre-Dame-de-Laghet est à proximité de Nice, Monaco, Menton, à 350 m d’altitude, dans un site verdoyant. C’est un lieu de pèlerinage chrétien.

Depuis 1652, année où sont relatés des évènements miraculeux autour du culte de la Vierge Marie, Notre-Dame-de-Laghet est un lieu de pèlerinage important pour les populations locales et ligures. Le sanctuaire est visité par plus de 150 000 pèlerins de toutes confessions et de tous pays. Le petit musée du sanctuaire et la galerie voûtée du cloître abritent quelques 1 119 ex-voto peints recensés en 1987.

Histoire du sanctuaire
En 1045, Raimbaud, comte de Vence et de Cagnes, donne, pour le rachat de son âme, à l'abbaye Saint-Victor de Marseille le castrum de Lacs. On suppose qu’une chapelle dédiée à la Vierge Marie a été édifiée par les moines de Saint-Victor à la suite de cette donation.
Au XIIe siècle, il est fait mention d’une petite chapelle dédiée à la Vierge Marie sur le territoire de Laghet qui fait partie du fief d’Eze. Le lieu est un point d’eau fréquenté et un passage de sentiers entre les villages du bord de mer et de l’arrière pays.
Au XVe siècle, la chapelle est un lieu de pèlerinage pour les habitants de La Turbie, d’Eze et de Villefranche-sur-Mer, puis, progressivement, le village est déserté  et la chapelle se délabre.
Au XVIIe siècle, en 1625, un prêtre, Don Jacques Fighiera, descendant de familles d’Eze, décide de se consacrer au renouveau du lieu. En 1628, il fait rénover la chapelle et entretenir le sentier d’Eze à Laghet ; il en assurera le service pendant vingt-cinq ans. Les Villefranchois reviennent et des pèlerins de Provence, de la Ligurie, du Piémont convergent pour vénérer la Vierge de la chapelle.
En 1652, des faits miraculeux, appelés “prodiges” se produisirent.
Don Jacques Fighiera décide de donner une  statue de la Vierge, à la chapelle de Laghet, sculptée dans un tronc de sorbier par un artiste parisien, Pierre Moise, et ornée de peintures polychromes par l'artiste niçois, Jean Rocca.
Le 24 juin 1652, la statue est emmenée en procession à Laghet par les Pénitents Blancs d’Eze (depuis, la paroisse d’Eze renouvelle chaque année le pèlerinage).
20 000 à 30 000 pèlerins et 40 processions sont comptés en novembre 1653.
Le 20 décembre 1653, une commission formée de théologiens, d'un avocat et d'un médecin conclue à l’authenticité des miracles et l’évêque de Nice, Monseigneur de Palletis autorise et encourage le culte et donc le pèlerinage à Notre-Dame-de-Laghet.
En 1654, il pose la première pierre d’un nouvel édifice religieux, dans le même temps que la cathédrale Sainte-Réparate de Nice, l’église Sainte-Rita et l’église Saint-Pierre-aux-Liens de L’Escarène.
Le 25 avril 1654, c’est le premier pèlerinage officiel à Laghet et quatre consuls de la ville de Nice offrent 100 écus d’or pour construire une fontaine à proximité du sanctuaire, de septembre à décembre de la même année, 52 pèlerinages à pied de Génois se déroulent.
En 1656, les dons des pèlerins favorisent la construction de la nouvelle église.
De 1674 jusqu’en 1905, les Carmes Déchaux de Turin assurent le culte et le travail au service des pèlerins du sanctuaire.
A la fin du XVIIe siècle, la renommée du sanctuaire de Laghet grandit, il est un des plus visités de la province.
En 1792, les troupes révolutionnaires françaises entrent dans le comté de Nice; le monastère est abandonné, les bâtiments saccagés, les ex-voto brûlés ; la statue de la Vierge est cachée par un berger.
En 1802 le sanctuaire est, à nouveau, ouvert au culte.
De 1907 à 1930, le monastère, tout en accueillant les pèlerinages,  le sanctuaire devient le séminaire diocésain, et depuis 1930 il est aussi une maison de retraites spirituelles.
En 1978, les Sœurs Bénédictines du Sacré Cœur de Montmartre assurent l’animation spirituelle, sous la responsabilité d’un Père Recteur.
Un grand nombre d’ex-voto garnissent les murs du cloître, en témoignage de la gratitude et de la dévotion des pèlerins.
Le sanctuaire de Laghet est un lieu du culte de Marie, aujourd’hui animé par le Recteur, les Chapelains, la Communauté du Sacré-Cœur de Montmartre, une équipe de permanents et de bénévoles.
L’église de Notre-Dame-de-Laghet

 

L’église de Notre-Dame-de-Laghet est un édifice religieux de style baroque du XVIIe siècle, parmi les mieux conservés de cette époque, dans l’ancien comté de Nice.
La construction rapide de l'église, commencée en 1654, ouverte en 1656, est à remarquer. Elle est due au succès des pèlerinages qui faisaient suite aux premiers miracles de 1652, à la nouvelle statue de la Vierge, à sa reconnaissance officielle en 1654.
Il faut remarquer les similitudes de l’organisation architecturale et de la décoration avec la cathédrale Sainte-Réparate de Nice et  Saint-Pierre-aux-Liens à l’Escarène dont le style, et la période identique de construction, tendent à attribuer une paternité commune à l'ingénieur militaire et architecte niçois Jean-André Guibert. 

L’organisation spatiale

Son plan et son architecture sont similaires à l'église des Jésuites de Nice.

On observe :

- Une nef unique, rectangulaire à trois travées.
- Deux chapelles latérales en symétrie, de chaque côté de la travée centrale.
- Dans les deux petites travées latérales s’ouvrent quatre chapelles latérales, plus petites,  saturées d’ex-voto, qui permettaient la déambulation des  pèlerins vers le chœur.
- Une voûte en plein cintre, reconstruite après le tremblement de terre de 1887, qui a détruit une partie de la toiture, des plafonds et le décor de la voûte.
- Un arc triomphal
- La corniche au-dessus des pilastres de la nef, enrichie d’angelots.
- Le chœur de l'église, plus étroit, avec le retable du maître-autel, et la statue polychrome de la Vierge disposée dans une niche. L’autel et la peinture de Notre-Dame-des-Grâces datent de 1887.
- Au 1er étage, entourant l'église, on observe des ouvertures et des galeries qui communiquent avec les cellules des Pères Carmes, afin de prier en restant isolés.

Le décor

L’ornementation est dominée par la richesse des stucs qui décorent l'arc triomphal, les voûtes en berceau du chœur, les deux chapelles latérales et l'architrave de l'église. Le style de la décoration en stuc est proche de la cathédrale de Nice (1655).Il faut remarquer les retables à colonnes torses des deux autels. Les stucs qui recouvrent les voûtes et les murs de ces deux chapelles servent de cadres à des peintures murales de la même époque. 

Les autres bâtiments du sanctuaire
Le clocher, de base carré, est de style baroque génois et ligure, décoré dans chaque angle de pilastres à chapiteaux, surmonté d’un dôme de tuiles polychromes vernissées et entouré aux angles de pots à feu, ponctué au sommet d’une statue dorée de la Vierge. Il a été reconstruit en 1887.
Le cloître est un déambulatoire pour les pèlerins qui en faisaient neuf fois le tour en priant. Il est constitué de quatre galeries entourées d’arcades. Les travées sont voûtées d'arêtes. Sur les pilastres de la façade ouest se découvrent les textes des indulgences encadrées dans des cartouches de style rocaille. Sur les murs du cloître sont exposés des ex-voto.
La porte principale conserve des vantaux en bois sculpté du XVIIIe siècle.
Les bâtiments monastiques ont un intérêt architectural et artistique moindre. 
Ex-voto

Le sanctuaire de Laghet, possède une des plus importantes collections d'ex-voto peints de France.
Un ex-voto est un objet, un tableau ou une plaque gravée que l’on suspend dans une église, une chapelle ou un lieu vénéré à la suite d’un vœu exaucé ou en mémoire d’une grâce obtenue.
« Le terme “ex-voto” est une contraction de la formule latine ex-voto suscepto qui signifie “suivant le vœu fait”, “en conséquence d’un vœu” ou encore “en conséquence d’un vœu par lequel on s’est engagé”.  La procédure du vœu se déroule selon trois temps immuables :
- l’épreuve tout d’abord, lors de laquelle l’Homme constate sa faiblesse et demande une protection surnaturelle,
- la promesse solennelle d’un acte de reconnaissance
- l’accomplissement de cette promesse.

La finalité de l’ex-voto est de rendre grâce au saint ou à la divinité invoquée par un voeu. Il rend toujours compte d’un événement et d’une protection que l’on attribue à un personnage céleste. »[1]

L’ex-voto est une pratique répandue dans le monde entier. Les sanctuaires et les églises renfermant des ex-voto sont nombreux et chaque œuvre exprime la foi, et témoigne d’un accident de la vie. C’est un art populaire d’artistes anonymes, en remerciement et «gage du vœu fait » qui prolonge dans le temps le lien de protection qui s’est établi entre le Dieu et le fidèle.
Les premiers ex-voto remontent aux Phéniciens qui faisaient des offrandes de statuettes aux divinités marines, puis la Chrétienté intègre cette coutume à ses dogmes. Les premiers ex-voto peints voient le jour en Italie centrale au XVe siècle. La figuration du monde terrestre et céleste dans un même cadre est un caractère de l’ex-voto, il est divisé en deux espaces.Une partie haute présente un personnage céleste (la Vierge ou un saint entouré de nuages). Le second espace propose la représentation terrestre (le miracle, la personne protégée). La forme, souvent naïve, de l’expression la rend compréhensible par tous. Dans les ex-voto provençaux la divinité protectrice est surtout la sainte Vierge. À la place de l'inscription «ex-voto» de France, à Laghet et dans tous le pays niçois, on trouve les inscriptions V.F.G.A. pour «votum feci(t) gratiam accepi(t)» ou G.R., « (per) grazia ricevuta», abréviations comme dans la tradition italienne.

[1] in Les ex-voto marins en Europe : Origine, histoire et aspects actuels de cette pratique dévotionnelle, par Elise Carbou, Doctorante en Anthropologie, Laboratoire LAMIC, Université de Nice - Sophia Antipolis

Guillaume Apollinaire et Laghet

 

Guillaume Apollinaire vit quinze ans sur la Riviera. Au collège Saint-Charles de Monaco entre 1888 et 1895, il poursuit ses études au collège Stanislas de Cannes en 1896 et au lycée de Nice en 1897. Plus tard, il aime revenir à Nice et dans sa région. Dans L’Hérésiarque et compagnie (1910), il évoque le pèlerinage de Laghet et les ex-voto qui ornent le sanctuaire : « Galerie riche d’anonymes seulement, ce cloître de Laghet, et mystérieuse. La gaucherie, émerveillée et minutieuse de l’art primitif qui règne ici a de quoi toucher ceux même qui n’ont pas la foi. Il y a là des tableaux de tous genres, le portrait seul n’y a point de place. Tous les envois sont exposés à perpétuité. Il suffit que la peinture commémore un miracle dû à l’intervention de Notre-Dame de Laghet. Tous les accidents possibles, les maladies fatales, les douleurs profondes, toutes les misères humaines y sont dépeintes naïvement, dévotement, ingénument. »

Le baroque dans le comté de Nice

 

« Art de la Contre-Réforme, le baroque se veut démonstratif. L’architecture, la sculpture et la peinture, pour la première fois intimement mêlées, sont mises au service de la propagation de la foi catholique. Les bâtiments du culte sont mis en scène… Dans la Ligurie du Ponant comme dans le comté de Nice, cet art démonstratif non seulement n’a rencontré aucune résistance mais semble avoir comblé l’âme profonde des populations qui, par les processions très théâtrales de leurs confréries de pénitents, le décorum des grands moments de la vie religieuse, publique et même privée ont toujours eu à coeur d’extérioriser leur foi et leurs sentiments, leur personnalité. »[1]

L'art baroque, né en Italie à la fin du XVIe siècle, s’étend rapidement à tous les pays catholiques. La Ligurie est fortement concernée par les constructions de style baroque. Le comté de Nice, Monaco, et Menton sont soumis à l’influence baroque car ces territoires font partie de la Maison de Savoie, depuis 1388, avec Turin comme capitale.

[1] Extrait de  « La route du Baroque » du Conseil général des Alpes-Maritimes

Renseignements pratiques 

 

Adresse : Sanctuaire Notre Dame de Laghet - 06340 LA TRINITE
Tel : 04 92 41 50 50
Fax : 04 92 41 50 59
mail : sanctuairelaghet@orange.fr