La toponymie

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La toponymie est l’étude des noms de lieux.  Du grec topos (relief) et onoma (nom). Ce sont les noms du relief (montagnes, cours d’eau, forêts, vallons, vallées, cols, etc.) devenus parfois noms de villes, villages ou quartiers. 

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DÉFINITION

Les Alpes-Maritimes sont d’une extrême richesse en nombre, variété et ancienneté des toponymes, répandus sur tout son territoire, du bord de mer à la montagne, que l'on retrouve aussi côté italien bien avant nos frontières actuelles.

Un nom de lieu possède une origine et une signification. Celle-ci peut prendre des formes très diverses : soit cela n’évoque rien de connu car le mot racine a été oublié, soit il a pour base un mot commun. Dans les Alpes-Maritimes, il est très souvent d’origine occitane, rarement française ; ce qui est logique  puisque le département n’est en France que depuis 1860, alors que les noms de lieux remontent parfois à l’Antiquité. Les premiers toponymes se réfèrent aux cimes particulières et aux cours d’eau, plus tard viendra l’activité humaine (élevage, lieux de passage, fait divers etc.). 

Dans la toponymie, on distingue des sous-ensembles : les hydronymes (noms de lieu ayant pour origine l'eau) ; les oronymes (noms de lieu concernant le relief) ; les odonymes (noms de lieu relatifs à des voies, des chemins) ; les microtoponymes (noms de lieu de faible étendue : maisons, champs, terres, sources...).

DES ORIGINES FORT ANCIENNES

On pense que les plus vieux mots pour décrire le relief ou un cours d'eau sont d'origine ligure ou « pré-celtique », soit près de mille ans avant J.C. Voyons la cime du Clapier : clap étant la pierre. Tout comme les nombreux baous ou brecs (piton rocheux).

Avec la venue des Grecs sur nos côtes, les noms Antipolis et Nikaia sont apparus, aujourd’hui sous la forme Antibes et Nice.

Puis il y eut les mots gaulois dès l'âge du bronze. Par exemple, le village de La Penne vient d'un étymon celte signifiant « hauteur rocheuse déchiquetée ».

Enfin vint l'influence du latin. Le mot Provence (de pro + vincere : terres conquises, vaincues) et Alpes Maritimae (les Alpes de la mer) ; ainsi que les très nombreux castel comme dans Castellar, du latin castrum , « fortification ». *(3) (9)

DES NOMS QUI ONT EVOLUÉ
Les noms ont souvent été écrits au moyen âge. Depuis, entre erreurs de copie et évolution linguistique orale, le mot actuel est loin de sa forme originelle. Comme Leudola qui est devenu Isola.
Les mêmes racines toponymiques se retrouvent dans des lieux éloignés sous des formes différentes : par ex. le col de Bleine dans le haut pays grassois serait le même nom que le Blainon à Auron, ou encore le Val de Blore. Cette racine « bl- » signifiant peut-être « pente herbeuse ». Mais nous ne pouvons prouver ces suppositions. *(4)
TOPONYMIE ET LIEUX SACRÉS : LA VALLÉE DES MERVEILLES

La vallée des Merveilles, possible lieu sacré de l'âge du Bronze, a un vieux toponyme, le mont Bégo. Ce nom viendrait sous toute réserve d'une divinité étrusque Vegoia ou Bégoé qui maîtrisait l'art divinatoire en  observant la foudre. Ceci serait alors en lien avec le lieu sacré où les hommes ont gravé les roches. Ou bien est-ce simplement un nom dont on a perdu le sens.Mais il existe plusieurs légendes qui expliquent les noms de lieux de la vallée des Merveilles *(5).

C'est vers cette époque que les noms des tribus ligures vaincues par Rome ont été gravés sur le trophée d'Auguste à la Turbie. Parmi eux, les Vesubianii  et les Ecdinii qui auraient donné Vésubie et Tinée.

TOPONYMIE ET ANTHROPONYMIE

Certains toponymes sont des noms de famille, le nom de ceux qui ont habité un lieu : « les Robert », « les Bernard »,... Ces noms de personnes parmi les plus anciens sont souvent d'origine germanique en Piémont et Comté de Nice  (et du champ lexical de la guerre le plus souvent) ; les mêmes noms de famille se retrouvent côté italien.
Autant de preuves de nos points communs antiques et historiques, tant dans la terre que dans le sang. Bernard vient de « bert » (illustre) et « hard » (dur).

Il existe aussi quelques noms de lieux d'origine germanique, tels Guillaumes qui vient de wilja + helm  («volonté »  «  et « casque ») ou Rigaud, issu de ric + wald (« puissant » et « gouverner »), ou encore le quartier niçois de Riquier.

UN FOISONNEMENT DE SIGNIFICATIONS
Les toponymes peuvent être liés à divers thèmes, du relief à l'activité humaine. *(6) *(7)
LA TOPONYMIE ET LES CONTES

Beaucoup de contes et légendes situent leur action dans des lieux réels, et des noms parfois énigmatiques sont expliqués dans l'histoire.
Par exemple, le village de Coaraze où les habitants auraient coupé la queue du diable (la couha rasa) ; à Aiglun, le mont Saint Martin est le lieu où le diable et le saint s'affrontent. A Valdeblore, le quartier de Bramafam , la Balma de la Fremo et la montagne de Fremamorte sont liées à une légende du moyen-âge. *(5) *(8)

Souvent aussi, on explique d'une autre façon un toponyme en déduisant un sens probable.
Comme le village de Rimplas qui aurait été reconstruit pour remplacer un bourg plus ancien, Rimplas signifiant donc « remplace ».

Autre exemple, le quartier niçois de la Sirola qui aurait été fondé par six familles du nom de Rolland (nom très répandu sur place), donc : les « Six Rol... ».
Ou bien à Entraunes, le hameau d' Estenc s'expliquerait par sa traduction en occitan « on reste », qu'auraient donné les premiers habitants du lieu en s'y installant.

Ces explications fantaisistes n'en demeurent pas moins poétiques, fruit de l'imagination des hommes.