Une oeuvre du XXe siècle au Palais Carnolès, fiche pédagogique Une oeuvre du XXe siècle au Palais Carnolès, fiche pédagogique

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Présentation
À partir du début du XXe siècle, sous l'impulsion de Vassili Kandinsky, Piet Mondrian et Kazimir Malevitch, la peinture s'émancipe de l'illusion référentielle, elle ne vise pas à décrire le monde tel qu'on le voit d'habitude mais à mettre en majesté la forme picturale, fondée sur des aplats de couleurs, des formes géométriques. Les peintres vivant à Paris explorent ce nouveau champ sans être constitués en véritable école, chacun à sa façon,  par commodité on parle de l'École de Paris (Chagall, Picasso, Modigliani...).
Quoi, comment ?

Au milieu du XXe siècle, de façon tout aussi informelle,  de nombreux artistes reprennent le chemin de l'abstraction, ils réagissent entre autres contre les canons esthétiques nazis ou ceux du réalisme-socialiste
 alors que précisément ce n'est pas une école. C'est à ce groupe que se rattache Serge Poliakoff, lequel connaît un grand succès à partir des années 1950. Pour lui, la peinture doit ouvrir sur une méditation intérieure, qui s'appuie sur la forme et la couleur, comme l'a dit Paul Klee : «l'art ne reproduit pas le visible, il rend visible».

Désormais le titre Composition, que Poliakoff choisit fréquemment  à partir des années 1940, n'oriente pas le spectateur pour décoder le sujet du tableau ; il renvoie de façon plus essentielle  à  l'élaboration picturale, fondée sur l'équilibre visuel entre la répartition des formes et des couleurs.

Pour ce faire, le peintre renonce très vite à la peinture en tube qui lui pose des problèmes au séchage. Sur une plaque de verre, il broie ses propres pigments, qu'il dilue ensuite à l'eau ou à l'huile, dans des proportions qui varient en fonction de l'épaisseur désirée. Si, au début, il travaille sur bois, il réalise l'essentiel de son œuvre sur toile, soit à la peinture à l'huile soit à la peinture à l'eau.

Que voyez-vous ?

Le tableau garde des dimensions propres à la peinture de chevalet. Il se caractérise par un jeu chromatique limité à deux couleurs : le rouge et le bleu, à partir desquelles le peintre multiplie les nuances, grâce à la superposition des couches. Il a découvert l'intérêt de cette superposition en grattant un sarcophage égyptien dans un musée.

Ici il n'y pas de cerne, de ligne pour encadrer les formes, Poliakoff s'inscrit dans la dynamique de Matisse qui, par ses gouaches découpées, veut «dessiner dans la couleur».
Les motifs, s'ils semblent bien géométriques, ne renvoient à aucune structure identifiable, ils s'emboîtent selon un équilibre dynamique et irrégulier, selon un axe vertical aussitôt mis à mal - d'ailleurs le peintre écrit : «la ligne verticale n'existe pas dans le repos, elle est en mouvement»- et qui ne se place pas exactement au centre du tableau. En effet, le centre ne représente pas le lieu essentiel de l’œuvre, d'ailleurs Poliakoff ne commence pas par le centre, mais par les bords.

Jeu chromatique couvrant toute la surface et emboîtement irrégulier des formes viennent proclamer le caractère  plan de la peinture qui renonce ici à l'illusion de tridimensionnalité, longtemps poursuivie par la perspective.

Qui, quoi, quand ?

Poliakoff, né à Moscou, appartient à un milieu aristocrate russe très privilégié, dans lequel il reçoit une grande culture notamment musicale. Il fuit la Révolution russe en 1917 et, après un long périple, arrive à Paris en 1923, où il gagne sa vie en jouant de la musique. Parallèlement, il suit des cours de dessins et s'inscrit dans une tradition figurative. Dans les années 1930, il rencontre Vassili Kandinsky et Robert Delaunay et, peu à peu, il se tourne vers l'abstraction, en juxtaposant les surfaces de couleur qui s'imbriquent les unes dans les autres et il joue de la superposition des couches.
Progressivement, il réduit la gamme chromatique. C'est à partir des années 1950 qu'il est reconnu par le milieu  de l'art international : en 1962, il a une salle à la Biennale de Venise, en tant que peintre français (il a demandé sa naturalisation). En 1966, il obtient le Grand Prix à la Biennale de Menton. Il meurt en 1969.

Très tôt Poliakoff renonce au figuratif, qu'il qualifie  d'«anecdote».
Il déclare : «L'art abstrait vient davantage de l'intérieur et va plus à l'intérieur [que la peinture figurative]. Si on fait un tableau de bataille représentant des chevaux et des guerriers, il n'est pas nécessaire de faire appel à la philosophie pour trouver le contenu. L'art abstrait c'est un ensemble qui va plus loin dans le cosmos. Alors que la peinture figurative vit dans le cadre, l'abstrait, lui, déborde le cadre pour créer un cosmos».
L'abstraction devient une sorte de philosophie ou de métaphysique muette, qui part d'une subjectivité particulière et s'offre à tous, selon une modalité étrange : celle du mystère.

Mais bien sûr ce rapport à l’œuvre se fonde d'abord sur une expérience physique, sensible, qui vient des formes, des couleurs et de la matière : éléments essentiels de la peinture qui doivent être travaillés de façon à provoquer une vibration.

Le savez-vous ?

Quelle expérience essentielle vit Poliakoff grâce à Robert Delaunay ?

Poliakoff, juste avant la Deuxième Guerre mondiale, fréquente l'atelier de R. Delaunay, avec d'autres jeunes artistes (André Lhote, Albert Gleizes...) Un jour, le maître donne à tous la même contrainte : faire un arc-en-ciel à 3 couleurs (rouge/noir/bleu) à la gouache. Les peintres qui travaillent sur le même format, en usant du même medium, produisent tous des œuvres singulières.
Poliakoff confie à propos de cette expérience : « J'ai commencé à penser : comme c'est curieux […], le même format, les mêmes couleurs et nous sommes tous différents. C'était déjà une pensée abstraite.»
Dès lors l'artiste sait que sa personnalité et son univers propre peuvent transparaître à travers toute composition abstraite.

Énigme

Quelles sont les relations entre les deux compatriotes que sont V. Kandinsky (1866-1944) et S. Poliakoff  (1900-1969) ?

Les deux peintres se rencontrent à Paris en 1937, Kandinsky qui est l'inventeur de l'abstraction géométrique qu'il a théorisée se montre très dogmatique avec le jeune Poliakoff. Celui-ci se détourne de cet enseignement car pour lui la peinture exprime une intériorité, relève d'une recherche intime et ne répond à aucune règle.
Il confie plus tard : «Kandinsky, à cette époque, approchait l'art comme un mathématicien ou un ingénieur. Mais pour moi l'art devrait couler de sources. Il y a un millier de façons de faire de l'art et trop de science peut le tuer.»
L'auteur du Spirituel dans l'art  néanmoins perçoit très vite le talent de ce jeune  peintre atypique ; il déclare : «Pour l'avenir, je mise sur Poliakoff.» Ce dernier reçoit le prix Kandinsky en 1947. 

Comment la culture picturale médiévale de Poliakoff l'influence-t-elle ?

Poliakoff connaît très bien les icônes médiévales russes (notamment d'Andreï Roublev) car sa mère l'emmenait régulièrement dans les églises de Moscou et il apprécie beaucoup la peinture de Giotto qu'il découvre lors d'un voyage en Italie. Ce qui l'intéresse dans ces  œuvres, ce sont  la recherche de la lumière,  l'absence de perspective qui proclame le caractère plan du tableau mais aussi la construction en diptyque ou triptyque, qu'il pratique à la fin de sa vie.

Œuvres en lien

Le Concert, Nicolas De Stael, 1955 © ADAGP, Paris, 2015

Le Concert, 1955, huile sur toile 350 × 600 cm, musée Picasso

 Virginia, 1914, Alberto Magnelli, Huile sur toile, Musée Magnelli, musée de la Céramique, Vallauris, © ADAGP, Paris 2015

Virginia, 1914, Alberto Magnelli, Huile sur toile, Musée Magnelli, musée de la Céramique, Vallauris, 

La joie de vivre, Pablo Picasso © Succession Picasso © musée Picasso, Antibes

La joie de vivre, Pablo Picasso, 1946, Peinture oléorésineuse sur fibrociment. 120 x 250 cm.

Parcours culturel

  • Parcours H.d.A : de l'invention de la perspective à son dépassement à travers les collections du Moyen Âge au XXe siècle.
  • Parcours géographiques :
    • À Nice à la rencontre d'autres peintres de la Renaissance  (Musée Chéret) ou d'artistes contemporains (Mamac),
    • à Menton, à la rencontre du génie de l'architecte  H. G. Tersling en comparant deux de ses œuvres : le Palais de Carnolès (néo-classique) et le  Palais de l'Europe (ancien casino), exemple d'éclectisme.
  • Parcours intellectuel et sensible : que cherche à représenter la peinture, du Moyen Âge à l'art contemporain ?      

Thématiques en Histoire des arts

Une visite au Palais de Carnolès peut s'inscrire dans l'enseignement de l'histoire des arts, selon les thématiques suivantes :

Arts, mythes et religions : la peinture religieuse du Moyen Âge et de la Renaissance,

Arts, techniques, expression : l'art du portrait aux XVIIe et XVIIIe siècles ; l'invention de la peinture de paysage au XIXe siècle, l'art contemporain,                 

Arts,  ruptures, continuités : peinture du Moyen Âge au XXe siècle,

Arts, espace, temps : l'architecture d'un palais néo-classique.

Disciplines

Histoire Français Arts plastiques Interdisciplinarité

5e : Le monde médiéval et l'église ; les bouleversements culturels du XV au XVIIIe siècles (salle 1 : la peinture religieuse, invention de la perspective, salle 2 : l'individu : la peinture de portrait)

4e : le XIXe siècle (salle 3, le paysage)

3e : XXe siècle, (salle 4, les Biennales)

5e : Le Moyen Âge (salle 1, la peinture religieuse)

4e : le XIXe siècle (salle 3, le paysage),

3e : XXe siècle, (salle 4, les Biennales)

Les codes de la lecture de l'image

Dessin, peinture, architecture peuvent être abordés au musée de Carnolès.

L'œuvre peut y être interrogée en fonction de son rapport à l'objet, à l'image et à l'espace, de la 6e à la 3e

On pourra interpénétrer les approches historiques, littéraires et plastiques avec profit. Les mathématiques pourront apporter leur éclairage précieux pour la mise au point de la perspective

Questionnement

Pictural Historique Narratif

Couleurs/ Espaces/

Techniques/ Matériaux/

Matières/ Supports/Symboles/ 

Lignes/ Figures

XXe siècle

monde contemporain

l'art et la vision du siècle

Universalité

Histoire / histoire

Le message par l'image

Forme et symbole

Espace et fonction

Activité pédagogique

De type « proposition, pistes pédagogiques, séquence, activité de classe.

Pistes pédagogiques:

- appréhender les qualités expressives de la couleurs, des lignes, des formes...

- s'approprier un espace.

- intégrer la place et le regard du spectateur.

- faire l'expérience sensible d'une œuvre, d'un espace architectural.

Proposition de cours:

Incitation: "Espace d'expression"

Consigne: vous choisirez un espace dans le collège et vous proposerez un projet sous la forme de planche-projet. Celle-ci doit nous permettre de comprendre comment vous avez su modifier la perception de cet espace par la couleur, le geste, le motif afin d'exprimer une opinion, un sentiment, une revendication....

1e séance/  Dessin d'observation sur le motif

2e séance/ Croquis préparatoire, idées en devenir

3e séance/ Échantillons, photographies, modélisations, mise en page du projet.

4e séance/ Présentation du projet et verbalisation.

Selon le scénario pédagogique choisi, les élèves iront visiter la chapelle, accompagnés par des professeurs. 

Bibliographie / Sitographie générales

  • sur Menton

Histoire de Menton, sous la direction de J-P Pellegrinetti, éditions Privat, Toulouse 2010,

  • sur le Palais de  Carnolès : histoire et architecture

Hans-Georg Tersling, architecte de la Côte d'Azur, M. Steve, éditions Serre, 1997,

  • sur les Biennales internationales de Menton

Dossier de presse préparé pour le vernissage de l'exposition : « Contrastes, Rétrospectives des Biennales de Menton (1951-1980) », par Hugues de la Touche (conservateur), 2003,

  • sur la peinture

Il était une fois ...l'art de la Renaissance, S. Léonard, CRDP Montpellier, Romain Pages Editions,2006,

Histoire de l'art, E.H. Gombrich, Phaidon, réédition, 1995,

Histoire de peintures, D. Arasse, poche Folio, réédition 2006,

Serge Poliakoff, G. Durozoi, Editions Expressions contemporaines, 2001,

  • sur la perspective

La Perspective en jeu, P. Comar, Découvertes Gallimard, 1992,

Douce Perspective, Denis Favennec, Ellipses, 2007,

L'annonciation italienne, une histoire de perspective, Daniel Arasse, Hazan, réédition 2010.