Parcours Russes, Anglais et Américains sur la Riviera

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Eglise Russe

Eglise Anglicane

Début de la villégiature par les Britanniques

Ce sont les Britanniques qui initient au XVIIIe siècle le voyage à caractère touristique, « le grand tour » (à l’origine du terme de « tourisme ») pour parfaire leur éducation culturelle à la découverte de l’Italie. Nice est une étape sur cet itinéraire. La ville de Cannes doit à un Anglais qui se rendait en Italie, Lord Brougham, ancien chancelier et Pair d’Angleterre, le lancement de la station de villégiature. En 1834, bloqué à la frontière par une épidémie de choléra,  il découvre le village de Cannes et s’y installe durablement. Au centre des allées de la Liberté,  sa statue est érigée en 1878 par les Cannois reconnaissants. Les vertus thérapeutiques du climat de la région sont également un  atout, mis en évidence en particulier par le médecin Écossais Tobias Smollett, qui en a lui-même tiré bénéfice à la fin du XVIIIe siècle. Les autres nationalités européennes emboîtent rapidement le pas aux Britanniques, parmi elles, les communautés russe et américaine occupent une place notable et marquent de leur empreinte ce territoire.

À Nice

La construction d’un lieu de culte, justifiée par l’importance numérique du groupe, donne une lisibilité à une présence communautaire. L’église et le temple jouent un rôle fédérateur et dynamisent la fréquentation des coreligionnaires. Les Anglais disposent ainsi à Nice, dès 1822, sous le régime sarde, d’une église anglicane, rue de la Buffa. Le consul d’Angleterre, Pierre Lacroix, a obtenu l’autorisation de la construire à condition que l’architecte, le Niçois Paul-Émile Barberi, lui donne l’apparence d’une simple villa. L’édifice est au cœur d’un nouveau quartier en développement, le quartier de la Croix de Marbre, appelé encore « New Borough » du fait de la forte présence des Britanniques. Amateurs de promenades, ces derniers réunissent des fonds pour créer une nouvelle voie de circulation en bord de mer : c’est l’origine de la Promenade des Anglais.

La Promenade des Anglais, Nice

La Promenade des Anglais, que les Niçois appellent « la Prom’ », est la voie la plus célèbre de Nice et son image de marque à l’échelle internationale. Son renom se fonde d’abord sur sa localisation, en bordure de la Baie des Anges, qui offre un magnifique panorama sur le littoral et la mer.

Une nouvelle église est construite  en 1862 par l’architecte britannique Thomas Smith dans le style néo-gothique pour remplacer la construction précédente devenue trop petite pour la communauté en plein développement. Elle est complétée par une bibliothèque qui fonctionne toujours aujourd’hui. La diversité des confessions se traduit par la construction d’un temple écossais (1868) sur l’actuelle avenue Melchior de Voguë. Un premier cimetière britannique est installé d’abord rue de la Buffa puis sur la colline de Caucade.

À Cannes et à Menton

Les autres stations de villégiature fréquentées par la communauté britannique se dotent pareillement de lieux de culte. A Cannes, l’église Saint-George est créée en 1887 à l’initiative du prince de Galles, futur Edouard VII, en l’honneur du duc d’Albany, le dernier fils de la reine Victoria, mort dans cette ville. L'église de Grasse est inauguré en 1891 sous le nom de St. John's Church. A Menton, sur les trois églises de la communauté britannique, deux sont dédiées au culte anglican, Christ church,dans la baie de Garavan (1862), et Saint-Jean l’Évangéliste (1868), à l’angle des avenues de Verdun et Carnot. La troisième est l’église presbytérienne écossaise, rue de la République (1891).

La reine Victoria

Parmi les hôtes prestigieux qui se sont rendus sur la Côte d'Azur, il faut relever la présence de la reine d’Angleterre. Victoria se rend en 1882 chez Sir Hanbury, à la frontière italienne. En 1887, elle est à Cannes. En 1891, elle choisit le Grand hôtel de Grasse. En 1892, elle loge sur la colline de Costebelle à Hyères. À partir de 1895, elle effectue des séjours à Nice, cinq années consécutives : deux années au Grand hôtel de Cimiez (actuel hôpital de Cimiez), puis trois années à l’Excelsior Hôtel Regina qu’elle a, en quelque sorte, inauguré. Son passage a un effet d’entraînement sur ses compatriotes. Après sa mort, des hommages lui sont rendus. Une statue qui la représente, œuvre de Louis Maubert, est érigée devant l’Excelsior Regina en 1912. Le futur Edouard VII, préfère résider à Cannes, où une statue est érigée en son honneur en 1912.

Les Russes

La communauté russe qui se développe aussi sur la Côte, accueille également les têtes couronnées de l’Empire. Il faut, pour comprendre le séjour de l’impératrice douairière de Russie Alexandra Feodorovna à Nice en 1856, rappeler la volonté de l’État impérial de se procurer une base en Méditerranée après la défaite de la guerre de Crimée. La marine russe pourra ainsi disposer d’un mouillage dans la rade de Villefranche-sur-Mer. Dans le sillage de cette auguste visite, de grands personnages de la cour prennent l’habitude de fréquenter les stations de la Côte. Sur le modèle anglais, les Russes se dotent d’un lieu de culte à Nice,  rue Longchamp, en 1860. Le projet de l’architecte russe de Kondiakoff est exécuté par l’architecte niçois François Barraya,  qui ajoute une coupole au plan initial. En 1867, un cimetière propre à la communauté est installé à Caucade à côté du cimetière anglican ; on y trouve la tombe de Katya Dolgorouky, l’épouse morganatique du tsar Alexandre II qui a longtemps vécu à Nice dans sa villa (villa Georges) du boulevard Dubouchage. En 1864, le tsarevitch décède dans la villa Bermond sur la colline de Saint Philippe où la famille impériale était en villégiature. Le tsar achète la villa et la remplace par une chapelle commémorative commandée à l’architecte russe Grimm. En 1902, le tsar Nicolas II donne le terrain à côté de la chapelle pour que soit édifiée, sur les plans de l’architecte russe Mikaïl Préobrajensky, une église plus vaste. La nouvelle église orthodoxe, de style vieux russien, est inaugurée dix ans plus tard et élevée au rang de cathédrale.

La cathédrale orthodoxe russe Saint-Nicolas, Nice

La Cathédrale Saint Nicolas, plus connue sous le nom de cathédrale russe de Nice est un édifice religieux réputé pour la  splendeur de son architecture et la magnificence de ses offices religieux  célébrés selon le rite orthodoxe (religion chrétienne orientale). Construite entre 1903 et 1912, elle est l’un des édifices orthodoxes russes des plus grandioses jamais construits en dehors de Russie. L’intérieur de la cathédrale abrite près de 300 icônes pieuses. Celle-ci est classée au titre des Monuments Historiques depuis 1987, et labéllisée Patrimoine du XXe siècle.

A Cannes, une première église, Saint-Michel-Archange, est édifiée en 1879, à l’initiative de la famille Tripet-Skrypitzine. L’architecte Louis Nouveau s’inspire du style vieux russien. L’année suivante, un cimetière russe est aménagé.

À Menton, une église orthodoxe dédiée à Notre-Dame de Consolation et à saint Nicolas le thaumaturge est construite en 1892 par l'architecte d’origine danoise Hans-Georg Tersling sur l’actuelle rue Paul Morillot.

L’aristocratie russe joue également un rôle dans le développement d’une station climatique de l’arrière pays, la station de Thorenc. En 1905, des officiers russes viennent s’y reposer. Au début du XXe siècle, la présence de la compagnie des ballets russes de Serge Diaghilev à Monte-Carlo participe de la vie culturelle.

Les Américains

La communauté américaine est présente sur la Côte d'Azur dès le XIXe siècle. S’il ne s’agit pas à proprement parler d’une société « aristocratique », on trouve parmi les familles présentes certaines des plus grosses fortunes du pays : ainsi, Gordon Benett, propriétaire du New-York Herald, choisit Beaulieu, où il meurt en 1918. Son importance à Nice justifie que la communauté édifie en 1887, sur le boulevard Victor Hugo, une église dédiée.

L’après-Première Guerre mondiale

Le contexte de l’après-Première Guerre mondiale modifie la place et le rôle respectifs de ces communautés. Si les Anglais sont toujours présents, ils ne jouent plus un rôle moteur. Tandis que les Américains ont le vent en poupe, la société russe touchée par les révolutions de 1917 ne peut plus fréquenter la Riviera comme elle le faisait avant-guerre. Les Russes blancs plus ou moins ruinés  sont réduits à trouver des emplois de fortune et, par exemple, deviennent portiers des grands hôtels dans lesquels ils  descendaient avant la guerre. Le personnage de la nouvelle de Blasco Ibanez, Le vieux de la promenade, évoque ces destins tragiques. Le nombre  des Russes installés à Cannes-La-Bocca justifie qu’une seconde église orthodoxe soit construite en 1928, l’église de Saint-Tikhon.

C’est surtout après la Première Guerre mondiale que la présence américaine impulse un nouveau dynamisme à la Côte d’Azur. Les États-Unis sont particulièrement populaires depuis leur rôle pendant le conflit mondial et les soldats américains, cantonnés à la fin de la guerre sur la Riviera, rêvent d’y revenir. Des circuits touristiques pour les Américains empruntent les routes de la Côte d’Azur.  La jeunesse des « roaring twenties » , qui est à l’avant-garde de la mode, contribue au lancement d’une nouvelle station, d’été cette fois : Juan-les-Pins.

Juan-les-Pins, une station balnéaire

Station de villégiature appréciée depuis les années 1920, Juan-les-Pins, surnommée la "Nouvelle-Orléans européenne" accueille depuis 1960, un célèbre festival de Jazz.

Le festival de Jazz de Juan-les-Pins

Du jour où ils se sont rencontrés, Antibes Juan-les-Pins et le jazz étaient faits pour s’entendre, pour le meilleur à l’exception du pire. 

Sa notoriété  se prolongera après la Seconde Guerre mondiale avec le lancement durant l’été 1960 du premier festival de Jazz d’Europe. 

Les communautés

Ces étrangers ont organisé de véritables « colonies » disposant de commerces spécifiques comme à Nice, rue de France, l’English Grocery Store de Mme Brade qui vend des produits britanniques ou américains. Des guides sont publiés en anglais, tel le Guide to Nice de James Nash ou en russe, tel le Guide de Nice et ses environs du docteur Rajhlin. Une presse spécialisée paraît (consultable sur le site des Archives départementales), comme The Anglo-American pour la période de 1894 à 1910, ou The Cannes Gazette, pour la période de 1894 à 1904.

Ces communautés sont dotées d’établissements et de prestataires de services pouvant répondre à leurs besoins culturels, religieux ou de santé. La communauté anglo-américaine édifie en 1906 à Nice un hôpital sur le Mont Boron. A La Bocca, selon la volonté du grand-duc Michel de Russie, la villa Méridien accueille les officiers russes en convalescence. En 1880, la Société russe de bienfaisance à Menton est créée sous le patronage de la grande-duchesse Anastasia Mikhaïlovna de Russie, jeune épouse du grand-duc de Mecklembourg-Schwerin. Des fonds sont réunis pour acheter en 1892 dans le quartier de Carnolès, une maison, bientôt appelée La Maison russe,  pour des Russes malades ou nécessiteux. La Société acheta ensuite à proximité, pour les tuberculeux les plus atteints, la Villa Innominata.

Ces riches étrangers financent parfois individuellement des institutions de bienfaisance. Le Russe Ladislas Loewinstein crée à Nice la fondation Lenval sur la promenade des Anglais (1888). La cantatrice américaine Mary Gardner finance après la Première Guerre mondiale le monument aux morts de Peille.

Un riche Patrimoine

Malgré des destructions, la Côte d’Azur conserve aujourd’hui un riche patrimoine de villas et de châteaux construits à l’initiative de ces ressortissants fortunés. On évoquera pour les plus spectaculaires, situés à Nice, le château de l’Anglais du colonel Smith (1858), le château de Valrose (1867) avec son isba, du baron russe Von Derwies, le château d’Azur (1925) de l’Américain Victor Neal.

Le château de Valrose et son parc, Nice

Construit entre 1867 et 1870 par le Baron Paul von Derwies, conseiller du tsar Alexandre II, le château de Valrose et son parc, propriété de près de 10 hectares, constitue l'un des premiers exemples de "folies" architecturales qui s'épanouissent sur la Côte d'Azur à la fin du XIXe siècle. Il abrite aujourd'hui l'un des campus de la faculté des sciences de l'Université de Nice Sophia-Antipolis ainsi que les services administratifs de celle-ci. 

Henri Clews, fils d’un riche banquier américain, et son épouse transforment à leur fantaisie le château médiéval de La Napoule dans les années 1920. Outre les architectures remarquables, ces propriétés disposent souvent de parcs et de jardins tout aussi remarquables. On citera ceux de la Serre de la Madone à Menton aménagés par Laurence Johnston, d’une famille américaine, naturalisé anglais, ou ceux du Val Rameh du général Sir Percy Radcliffe, ancien gouverneur de l’Ile de Malte.

Le jardin botanique du Val Rahmeh, Menton

Aux portes de l’Italie, dans le quartier de Garavan situé à l’est de Menton, Val Rahmeh constitue une oasis de verdure préservée de l’urbanisation  azuréenne. A vocations multiples, le lieu assume aujourd’hui les diverses missions d’un jardin botanique mais conserve de son passé le charme, et toute l’esthétique, d’un parc paysager créé pour l’agrément de ses propriétaires.

Dans ces propriétés, la vie mondaine a été intense, comme à Antibes dans le château de l’Horizon où  Ali Kahn, le fils de  l’Aga Khan, et l’actrice américaine Rita Hayworth fêtent leur mariage,  ou encore dans le château de la Croë loué  par l’ex roi d’Angleterre Édouard VIII.

Épilogue

Si les Anglais, les Russes et les Américains ont marqué fortement la Côte d’Azur au XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle, leur présence doit être replacée dans le contexte plus large d’une fréquentation globalement cosmopolite où d’autres nationalités, comme les Allemands, les Austro-hongrois, les Sud-américains ont une place non négligeable. Des souverains comme le roi de Belgique Léopold II, les rois de Suède Oscar II et Gustave V ont également été des hôtes fidèles de la Côte d’Azur contribuant à en faire une terre d’accueil de dimension internationale.