Le musée national Fernand Léger à Biot

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Fernand Léger (1881-1955) est un artiste qui a été le chantre de la machine, celui qui a le plus exalté le développement industriel, source d'une esthétique nouvelle et garant de lendemains qui chantent. Cinquante ans durant, Léger n'a cessé de promouvoir l’utopie.
Le musée national Fernand Léger de Biot présente ses œuvres dans un bâtiment intégrant ses créations de mosaïques-céramiques, un vitrail d’après un de ses dessins, des centaines d’œuvres : peintures, dessins, céramiques, bronzes et tapisseries, dans un parc arboré dominant complanté de pins, de cyprès et d’oliviers.

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Un seul musée Fernand Léger au monde, situé sur la Côte d’Azur

C’est au pied du village de Biot que le maître acquiert juste avant sa mort une maison et un terrain sur lequel il compte édifier des œuvres de grandes dimensions. Sur cet emplacement, naîtra en 1960 le musée Fernand Léger, réunissant un fonds unique de tableaux, céramiques et dessins. Le musée est devenu musée national, suite à une donation de près de 400 œuvres faite à l’État français par les héritiers de Fernand Léger (tableaux, céramiques, tapisseries, dessins…)

Les musées nationaux du XXe siècle des Alpes-Maritimes regroupent le musée national Marc Chagall à Nice, le musée national Fernand Léger à Biot, le musée national Pablo Picasso, la Guerre et la Paix à Vallauris.

Le bâtiment
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La façade principale du musée national Fernand Léger à Biot

L’architecte André Svétchine conçoit le bâtiment sur une butte de remblais, plantée d'arbres, au centre de la propriété dont l'accès se fait par une terrasse. La structure intérieure se compose de trois grandes salles éclairées par de larges baies. Ces volumes simples autorisent une grande liberté de présentation, et les refends prévus sur la façade sud au rez-de-chaussée permettent d'avoir une lumière naturelle sans que le soleil ne pénètre dans les salles.

La façade sud intègre une mosaïque-céramique que Fernand Léger avait étudiée initialement pour le stade-vélodrome de la ville de Hanovre. La mosaïque polychrome est confiée à Lino Mélano et les deux céramiques monumentales sont réalisées dans un atelier de Biot.

Le vitrail du hall d'entrée
© drois réservés © Musée national Fernand Léger, Biot,  © ADAGP

Vitrail du musée national Fernand Léger à Biot, 1990. Vitrail proche des verrières réalisées par Fernand Léger pour l'Université de Caracas

Dans le hall d'entrée, le public est accueilli par un vitrail réalisé par les maîtres verriers Aubert et Pittelou installés à Lausanne, d'après un dessin de Fernand Léger. Le musée est inauguré par Gaëtan Picon, Directeur général des Arts et Lettres le 13 mai 1960. En 1967, les fondateurs offrent à l'État le bâtiment, le parc et 348 œuvres : peintures, dessins, céramiques, bronzes et tapisseries. Le 4 février 1969, André Malraux, Ministre d'État chargé des Affaires culturelles, inaugure le musée national Fernand Léger.

En 1990, le bâtiment fait l'objet d'un agrandissement, l'architecte Bernard Schoebel reprend les proportions de l'ancien bâtiment pour l'aile supplémentaire construite à la perpendiculaire du bâtiment ancien et double la surface d'exposition du musée. Georges Bauquier commande les mosaïques des façades est et ouest exécutées par Heidi Mélano, inspirées par les projets de Léger pour la Triennale de Milan 1951 et les décorations de l'université de Caracas. En 1993, Georges Bauquier, directeur du musée, se retire et l'État assure la direction du musée.

Le 20 juin 2008, le musée a inauguré de nouvelles installations qui permettent de faciliter la visite : une salle d'exposition temporaire, une salle de repos, un espace de lecture, un espace pédagogique, une librairie-boutique. L'architecte Marc Barani a également proposé de retrouver la transparence initiale du hall d'entrée en ouvrant une grande baie vitrée sur les jardins dont l'aménagement paysager  a été confié à Philippe Déliau. La scénographie de Brigitte Fryland, avec de nouvelles cimaises, forme un ensemble très cohérent pour la présentation chronologique des œuvres, peintures, dessins et céramiques. Eric Benqué a conçu le mobilier qui se décline selon sa position, en banc, en pupitre ou en table. Enfin, Chacok a dessiné les tenues du personnel d'accueil et de surveillance.

Le jardin conçu par Henri Fish
© droits réservés © Département 06

Vue du jardin du Musée Fernand Léger

Le jardin, conçu et réalisé par Henri Fish, en étroite collaboration avec l'architecte André Svetchine, est devenu avec le temps, un parc très agréable, frais et ombragé pour les visiteurs du musée. La promenade dans les jardins offre de multiples points de vue pour admirer les mosaïques qui couvrent les façades du bâtiment. Ce jardin est composé d'une vaste prairie ondulée, rehaussée de cyprès, bordée d'une pinède et d'une rangée d'oliviers.

Çà et là sont disposées des réalisations monumentales réalisées d'après les œuvres de Léger.

En 1954-1955, Fernand Léger réalise une maquette de Jardins d'enfants : « On le placerait au bord de la mer, des enfants pourraient passer, courir à travers ou cracher dessus en douce....Pas un monument qu'on regarde mais un objet utile et spectaculaire dans la vie, et surtout pas de gardien autour ! », Cette sculpture-mosaïque sera réalisée dans les jardins du musée national Fernand Léger à Biot en 1960, peu après la mort de l'artiste.

L'œil trouve à se reposer de toutes les sollicitations du quotidien, dans des océans de verdure qu'une discrète obstination déroule sur les remblais, et que prolongent en contrebas les collines qui mènent à Biot. On n'est pas surpris Le visiteur ne sera pas surpris d'apprendre que dans les plans initiaux Henri Fish proposa un théâtre de verdure...

Henri Fish a également travaillé avec André Hermant pour le musée national Message Biblique Marc Chagall à Nice, et avec José Luis Sert pour la Fondation Maeght à Saint-Paul de Vence. En 1984, il crée le jardin des sculptures et des senteurs au musée Picasso à Antibes.

Fernand Léger et les courants artistiques du XXe siècle
Si Fernand Léger a peint dans ses années de jeunesse des tableaux cubistes puis, dans les années 20, des compositions abstraites, il est resté dans l’ensemble de son œuvre résolument figuratif. Il a en effet toujours souhaité, en peintre classique qu’il était, proposer une image de la réalité de son temps, qui soit directe et synthétique.
Pourquoi Fernand Léger, normand d’origine habitant à Paris, est-il venu sur la Côte d’Azur à la fin de sa vie ?
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Les femmes au perroquet, céramique, musée national Fernand Léger.

La céramique en est à l’origine. Dans les années 50, à la fin de sa vie, il s’intéresse à cette technique et développe une collaboration fructueuse avec deux anciens élèves de son atelier installés à Biot, le céramiste Roland Brice et son fils Claude. Pour lui, la céramique est une extension de la peinture dans l’espace, loin de toute visée utilitaire. Au départ de petite taille, elle devient monumentale et s’intègre à l’architecture. Par exemple, Les femmes au perroquet (1952),  composées de 25 éléments, sortent du cadre de la peinture pour dialoguer avec l’espace du spectateur.

Son projet était plus ambitieux : tirer d'une technique ancestrale la vocation sculpturale, obliger la terre cuite à épouser la ligne impérieuse de formes construites et lancer dans l'espace, pour accompagner la nature et, parfois, l'architecture, des signes plastiques glacés de tons purs.

C'est ainsi qu'il fit de la sculpture polychrome, en ronde-bosse ou en bas-relief, le dernier lieu d'élection du répertoire de formes qu'il avait développé 

Léger, collection Le goût de notre temps, Robert Delevoy, 1962, ed. Skira.

Les différents thèmes de l’œuvre de Fernand Léger
  • C’est un peintre en symbiose avec son temps : le spectacle de la ville, par exemple, est si fort que la peinture ne peut pas en rendre compte par la simple reproduction. Elle peut seulement en donner un équivalent. New York est, par exemple pour lui, « le plus colossal spectacle du monde … Le plus beau spectacle "in the world" n’est pas le fait d’un artiste ». Plus que tout autre artiste de son temps, il a compris que la peinture, et l’art en général, étaient en concurrence avec la beauté du monde moderne, celle de la publicité, du cinéma, du spectacle et des objets manufacturés. « L'objet fabriqué est là, absolu polychrome, net et précis, beau en soi ; et c'est la concurrence la plus terrible que jamais artiste aie subie.». Il s’efforcera donc de produire des tableaux capables par leur puissance plastique de rivaliser avec toutes ces images.
  • C’est pourquoi ses représentations humaines sont caractérisées par une sorte d’impersonnalité : les personnages et les objets y sont traités à égalité. « Si donc à leur tour, le personnage, la figure, le corps humain, deviennent des objets, une liberté considérable est offerte à l’artiste moderne ».
  • Il s’enthousiasme aussi pour l’aspect très coloré du monde qui l’entoure. « La couleur est une nécessité vitale. C’est une matière indispensable à la vie, comme l’eau, le feu ». La couleur dans sa peinture déborde le trait et devient un aplat coloré.
  • Enfin, ce monde moderne est caractérisé par le progrès technique et la vitesse. Fernand Léger était passionné par les machines. Pendant la Première Guerre mondiale, il a une révélation esthétique devant une pièce d’artillerie : « Je fus ébloui par une culasse de canon de 75 ouverte en plein soleil, magie de la lumière sur le métal blanc ». Ensuite, il peindra pistons, roues, équerres, instruments …
Quelques œuvres de la collection du musée
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Le grand remorqueur, 1923, Fernand Léger, Huile sur toile, 190 cm x 125 cm

La collection du musée permet de suivre, d’œuvres en œuvres, les différentes périodes qui vont se succéder dans la carrière de l’artiste, des peintures marquées encore par l’influence de Cézanne (Portrait de l’oncle, 1903) aux grandes compositions des années cinquante (Les Constructeurs, 1950) qui témoignent du souci de Léger d’inscrire son œuvre face à l’Histoire.

Le Grand Remorqueur (1923) est une parfaite illustration du regard direct de Léger sur la vie moderne.
Il peint ce qu’il voit (un bateau et son mouvement dans un décor mi- champêtre, mi- urbain, mais avec des formes géométriques simples dans un effet de puzzle) en refusant tout symbolisme et toute psychologie.

Fernand Léger chante ici la beauté du monde moderne, transformé par l’industrialisation, l’urbanisation et le développement des transports.
Pour transcrire le dynamisme de son époque, le peintre développe une peinture basée sur les contrastes de formes et de couleurs : les couleurs vives en aplats du bateau s’opposent aux formes modelées en grisaille du paysage.

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La Joconde aux clés, 1930, Fernand Léger, Huile sur toile, 91 x 72 cm

La Joconde aux clés (1930)

C'est l'aboutissement d'une recherche approfondie comportant une soixantaine d'œuvres, dessins et peintures, qui montrent différentes solutions pour faire dialoguer les objets entre eux, par contrastes d'échelle, de formes et de couleurs.

Le trousseau de clé, objet du quotidien à fort pouvoir symbolique, côtoie l'image de la Joconde, icône de la grande peinture.

Ce collage pictural qui évoque les rapprochements inattendus des  surréalistes, incarne surtout la recherche de choc visuel voulu par Léger.

En concurrence avec l’esthétique des affiches et de la publicité, la peinture s’appuie sur des effets de contrastes pour évoquer les télescopages permanents d’images et d’objets dans le monde moderne.

Et l’artiste, qui considérait cette œuvre comme essentielle, n’a jamais voulu la vendre. 

Elle est donc restée dans son atelier avant d’être donnée par ses héritiers au musée national Fernand Léger !

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Les Constructeurs, 1950, Fernand Léger, Huile sur toile, 3,00 m x 2,28 m

Une vaste composition comme Les Constructeurs (1950) témoigne de la volonté de Léger de créer un art moderne pour tous.
Ici, les fausses perspectives et les couleurs vives des poutres organisent un espace géométrisé où les hommes se promènent, tels des acrobates.

Cette version définitive, la plus aboutie de la série des Constructeurs, rend hommage au travail des ouvriers. Avec son souci du travail bien fait, le peintre se joint aux travailleurs en tant que constructeur de la société moderne. Léger raconte que, tel un ouvrier, il a travaillé et « monté » son travail à partir de croquis sur le vif, d’un très grand nombre d’études.

Remarquez un élément insolite : la souche de bois placée au premier plan qui semble sortir du tableau, le seul élément naturaliste qui apparaît sacrifié sur le chantier. L'œuvre a été présentée à la Maison de la Pensée française en 1951, lieu d’animation culturelle émanant du partit communiste.

Spectaculaire par ses dimensions, la toile est bien reçue par la critique et les milieux intellectuels de gauche. En revanche, elle suscite, pour le plus grand drame de l’artiste engagé, l’incompréhension des travailleurs des usines Renault.

Biographie de Fernand Léger (1881-1955)

Il est né à Argentan en Normandie en 1881.Elève turbulent mais bon dessinateur, il travaille tôt chez un architecte. Il s’installe en 1900 à Paris, aidé par ses amis d’Argentan André Mare et Henri Viel.

Refusé à l’École des Beaux - Arts,  il suit, en auditeur libre, les cours du peintre Gérome. Pour des raisons de santé, il passe les hivers 1906-1907 et 1907-1908 en Corse. Impressionné par l’exposition de Cézanne de 1907, sa peinture change radicalement.

Installé à la Ruche en 1909, il rencontre les artistes Robert Delaunay, Henri Laurens, Blaise Cendrars, Amedeo Modigliani et Henri Rousseau.

  • Ses débuts

En 1910-1911, Kahnweiler s’intéresse à sa peinture, il expose aux Salons d’Automne et des Indépendants, et participe aux réunions dans l’atelier de Jacques Villon avec Albert Gleizes, Jean Metzinger, Le Fauconnier, Raymond Duchamp. Ils sont membres fondateurs du groupe La Section d’Or.

Mobilisé de 1914 à 1917, au front, il dessine sur les supports de fortune : cartes d’état- major ou couvercles de munitions. Pendant ses permissions, il peint sur toile en affirmant comme dans L’Homme à la pipe une construction personnelle de contrastes de formes.

  • 1918-1940
Libre de droits ©  Librairie du Congrès, Washington, USA

Portrait de Fernand Léger

Sa première exposition personnelle a lieu à la galerie de l’Effort Moderne en 1919. En 1922, il crée les décors et costumes du ballet La Création du Monde puis, en 1923, de Skating Ring  pour les Ballets Suédois, compagnie installée à Paris et dirigée par Rolf de  Maré. Il réalise et produit le premier film sans scénario Ballet Mécanique en 1924.

Il participe à l’exposition des Arts Décoratifs de1925. Le Corbusier dans le pavillon de l’Esprit Nouveau présente les peintures de Léger, également dans le pavillon réalisé par Robert Mallet-Stevens « projet d’une ambassade de France ».

Il crée l’Académie moderne en 1924, école qui enseigne les principes de la peinture moderne et reçoit de nombreux jeunes artistes russes, scandinaves, français, allemands.

En 1937, Léger participe à la décoration de plusieurs lieux de l’exposition internationale des arts et des techniques, L’Esprit Nouveau, le pavillon du ministère de l’Industrie et de l’Agriculture avec Charlotte Perriand  et le hall du palais de la Découverte avec la peinture murale Transport des forces.

  • 1940-1945: Exil aux Etats Unis

 Fernand Léger est en exil aux Etats-Unis. Il vit à New York  et à Roses Point près du lac Champlin dans l’État de New York.

Il adhère au Parti communiste français et rentre en France en 1945. En 1946, ses peintures américaines sont présentées à la galerie Louis Carré à Paris. Pendant son séjour américain, trois thèmes sont déclinés: Les Cyclistes, Les Parties de campagne et Les Plongeurs.

  • Les années 50

F. Léger a de nombreuses commandes de décoration : l’Hôpital de Saint- Lô, la chapelle du plateau d’Assy, l’église paroissiale d’Audincourt, l’église de Courfèvre, le mémorial de  Bastogne, réalisées en mosaïque ou en vitrail. Il travaille régulièrement aussi avec son ancien élève céramiste Roland Brice, installé à Biot pour la réalisation de grands hauts reliefs.

En 1955, il reçoit le Grand Prix de la Biennale de Sao Paulo. Il meurt le 17 août  1955 à Gif -sur -Yvette, dans la région parisienne.

  • L'inauguration du musée Fernand Léger

Le musée Fernand  Léger est inauguré en 1960 par sa veuve Nadia Léger et par son ancien élève Georges Bauquier, il est donné à l’État  en 1969.

Informations pratiques
https://musees-nationaux-alpesmaritimes.fr/fleger/