La chapelle du Rosaire à Vence, Henri Matisse

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L’artiste Henri Matisse conçoit la chapelle du Rosaire à Vence dans sa totalité : le plan, la décoration faite de vitraux, de céramiques, les objets du culte.
Cette œuvre m’a demandé quatre ans d’un travail exclusif et assidu, et elle est le résultat de toute ma vie active. Je la considère malgré toutes ses imperfections comme mon chef-d’œuvre.
Henri Matisse

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Présentation

Présentation

De décembre 1947 à 1951, Henri Matisse élabore, avec l’aide d’Auguste Perret, les plans de la future chapelle du couvent des dominicaines de Vence. Pendant ces quatre années, il travaille à la conception de l’édifice dans sa totalité, jusque dans les moindres détails de sa décoration : vitraux, céramiques, stalles, bénitiers, objets du culte, ornements sacerdotaux, etc.

La première pierre de la chapelle est posée en 1949. L’inauguration et la consécration de Notre-Dame-du-Rosaire ont lieu en 1951. Henri Matisse dira que « cette œuvre m’a demandé quatre ans d’un travail exclusif et assidu, et elle est le résultat de toute ma vie active. Je la considère malgré toutes ses imperfections comme mon chef-d’œuvre ».

Henri Matisse (1869-1954), que Picasso considérait comme son grand rival, fut le chef de file du fauvisme, mouvement d’avant-garde qui révolutionna la peinture par la couleur. Habitant la villa « le Rêve » à Vence de 1943 à 1949, Matisse avait pour modèle une jeune femme, Monique Bourgeois, qui devint Sœur Jacques-Marie chez les dominicaines de Vence en 1946.

Ainsi devenue sœur soignante, elle continua à rendre visite au peintre pour lui prodiguer des soins. En août 1947, Sœur Jacques-Marie fait part à Matisse de son désir de voir décorer l’oratoire, qui, jusqu’alors, est aménagé par les religieuses dans une simple pièce de leur couvent.

© Succession H. Matisse,  Photo: CANOPÉ de Nice

Vue extérieure de la chapelle du Rosaire de Vence

Dès lors, Matisse initiera le projet de la construction et de la décoration d’une chapelle. Dans son projet, Matisse sera guidé par des religieux, le Frère Rayssiguier et le Père Couturier, conseillé par des architectes, Auguste Perret et Milon de Peillon, et bénéficiera de l’aide et de l’habileté d’entrepreneurs et d’artisans locaux.

Issue de la conception d’un seul artiste, la chapelle du Rosaire est une œuvre totale, unique en son genre.

La chapelle est discrète. Seul le toit de tuiles blanches et bleues, répartis selon un dessin fixé par Matisse, et la croix de fer forgée, haute de treize mètres, portant des croissants de lunes et des flammes dorées qui permettent de la remarquer depuis la route qui la longe.

L’intérieur de la chapelle se définit par ces mots : simplicité, luminosité, espace et équilibre.

Les vitraux

Les vitraux

© Succession H. Matisse,  Photo: Isabelle Giovacchini

Vue intérieure de la chapelle du Rosaire de Vence, les vitraux d'Henri Matisse

Trois couleurs composent ces vitraux : le jaune (la lumière du soleil et celle de Dieu), le vert (la nature) et le bleu (le ciel méditerranéen). Ces trois couleurs très franches animent les surfaces vitrées avec la même énergie qui rythmait ses toiles fauves.

Le vitrail principal, qui se trouve face à l’entrée, derrière l’autel, s’appelle l’Arbre de Vie. Il représente, en bleu, des cactus à palettes en fleur, de couleur jaune, ceux-ci symbolisant aux yeux de l’artiste la résistance et l’endurance, la volonté de vivre dans un désert aride et hostile. Un rideau jaune à draperie, tombant de part et d’autre de chaque fenêtre, permet à la composition de cactus bleus à fleurs jaunes sur fond vert de se détacher admirablement du mur.

Quinze fenêtres, hautes et étroites, ouvrent également le mur de la chapelle. Comme le vitrail principal, ils reçurent un décor végétal. Les feuilles de palmiers, qui en constituent le motif principal, sont toutefois proportionnées en fonction de la largeur des fenêtres : Six larges colonnes de fenêtres animent le mur dans la partie de la chapelle réservée aux fidèles, neuf colonnes, plus étroites, se situent derrière les stalles destinées au Sœurs de la Communauté.

Les céramiques

Les céramiques

© Succession H. Matisse, Photo: Isabelle Giovacchini

Vue intérieure de la chapelle du Rosaire de Vence

Trois ensembles de céramique blanche décorent les murs de la chapelle : une représentation monumentale de Saint-Dominique, dont l’économie de traits n’ôte rien à l’expressivité ; une Vierge à l’Enfant, pareillement stylisée et entourée de fleurs-nuages et du mot AVE ; un Chemin de Croix, fait, semble-t-il au premier regard, de la combinaison de signes élémentaires.

Les deux premiers expriment la sérénité, propre au recueillement.

La représentation du saint se développe en hauteur, du sol au plafond, contrairement aux deux autres céramiques. Disposé face aux stalles des Sœurs, derrière l’autel c’est-à-dire dans le sanctuaire, le saint, dans une attitude méditative et sans aucun mouvement, invite les dominicaines à la prière.

La Vierge en majesté, elle, n’occupe qu’un espace restreint, quoique central, de la surface de la céramique sur laquelle s’épanouissent de généreuses fleurs à multiples pétales en forme de nuages rebondis. Le Christ, les bras ouverts attire le fidèle à lui. Ce geste de protecteur doit être aussi perçu comme l’annonce de la Crucifixion.

Le Chemin de Croix présente une composition beaucoup plus animée. Les quatorze stations, formant un chemin ascendant, s’organise autour du Christ en Croix. Trois lignes de lecture se développent en continue, sans rupture. La première ligne, correspondant aux quatre premières stations, illustre la solitude du Christ (il est condamné à mort et est chargé de sa croix. Il tombe à terre, et rencontre sa mère). La seconde ligne représente les stations où le Christ reçoit des gestes de compassions (Simon de Cyrène l’aide à porter sa croix, Sainte Véronique essuie son visage, le Christ tombe pour la deuxième fois avant de rencontrer des femmes de Jérusalem qui pleurent). Les stations de la troisième ligne sont les étapes du sacrifice même (le Christ, qui est tombé pour la troisième fois, est dépouillé de ses vêtements puis cloué sur la croix. Il meurt crucifié. Son corps est descendu de la croix et remis à sa mère pour être mis au tombeau).

Par leur sujet religieux, les céramiques sont l’élément qui confère son caractère sacré au lieu.

La pureté de la céramique blanche, capable d’accueillir toutes les nuances de couleurs, et la clarté du dessin « au trait » sont animées, le jour, par les reflets des vitraux, conférant à l’espace intérieur de la chapelle, bien qu’essentiellement blanc, une dynamique colorée inattendue.

Saint Dominique et la Vierge à l’enfant

Saint Dominique et la Vierge à l’enfant

Au-dessus de l’entrée de la chapelle, Matisse réalisa un tympan annonçant le style qui prédominera à l’intérieur : Saint-Dominique et la Vierge à l’Enfant de part et d’autre d’un crucifix rayonnant, dessinés au trait, accueillent le visiteur. Matisse résuma ici les trois grandes directions iconographiques de la chapelle en un seul panneau.

A sa gauche, une ouverture vitrée servant à éclairer l’escalier menant à la chapelle, est décorée d’un poisson, « le pêcheur pris dans les filets de la tentation, tandis que tout en haut brille l’étoile du salut ».

Le médaillon de la Vierge

Le médaillon de la Vierge

A l’extérieur, au-dessus du vitrail de l’Arbre de vie, un tympan en céramique représente « la Vierge offrant son Fils au monde et cachant derrière lui son visage chagriné dans le pressentiment de ses souffrances ». La Vierge, dont le corps épouse la forme du tondo, est subordonnée à la figure de l’Enfant.

De même que le tympan de la porte d’entrée, cette céramique présente une bordure de brique bleue, qui délimite la surface du motif, sans rompre la continuité avec le mur blanc.

L'autel

L’autel

L’autel, orienté vers l’Est et composé de trois blocs, est placé au centre de l’espace et fait face aux deux nefs. Par son orientation dans la chapelle, l’autel sert de « pivot symbolique autour duquel tourne l’espace du sanctuaire et de la nef des laïcs. Il remplit ainsi une des fonctions que Matisse accorde à la fenêtre ou au seuil : une sorte de connecteur entre deux espaces qui échangent leurs propriétés » (Xavier Girard). La couleur de la pierre (pierre de rogne) rappelle celle du Pain Eucharistique, aussi bien par sa couleur que par son aspect.

Le tabernacle est logé dans la masse au centre de la dalle supérieure de l’autel. Les objets liturgiques, chandeliers et chandelier pascal, ciboire, et nappes, de très douce facture, expriment là aussi la sérénité et le recueillement. Le crucifix, fin comme les chandeliers, ne laisse aucune part à la souffrance et à la pesanteur.

Le mobilier et les vêtements

Le mobilier et les vêtements

La lampe du sanctuaire, le fauteuil et le prie-Dieu, de même que la porte du confessionnal, rappelant quelque tenture orientale, sont exécutés avec une grande finesse.

Matisse conçut également les motifs pour plusieurs chasubles, tantôt à dominante blanche, verte ou rouge.

Conclusion

Conclusion

La conception de cette chapelle s’inscrit dans le contexte du renouveau de l’art sacré. Les artistes modernes, quelque soit leur conviction religieuse ou politique, furent invités à participer à la réalisation d’églises. De nombreux artistes (Marc Chagall, Fernand Léger, Georges Rouault, Georges Braque, Germaine Richier, Henri Matisse, etc.) prirent part dans la décoration de l’église de Notre-Dame-de-Toute-Grâce sur le plateau d’Assy (Haute-Savoie). Fernand Léger conçut également une série de vitraux pour l’église du Sacré-Cœur d’Audincourt (Doubs). Ce que l’on nomme le Mouvement liturgique s’applique à redonner vie à l’art des églises, considéré comme mort. Pour ce faire il convenait d’aller chercher l’art là où il se trouve, c’est-à-dire parmi les artistes contemporains à la construction ou la rénovation des églises.

Ainsi, en concevant une chapelle, l’objectif de Matisse, sans volonté explicite de religiosité, fut avant tout formel. Il tenta d’épurer son travail au maximum pour concevoir une œuvre totale, c’est-à-dire comprenant l’architecture et son décor aussi bien que le mobilier, les objets et les vêtements, dans le dessein d’obliger son art à donner toute sa puissance, grâce à un dépouillement proche de l’ascèse.

Bibliographie

Bibliographie

Xavier Girard, Matisse, La Chapelle du Rosaire, Paris, RMN, 1992

Chapelle du Rosaire des Dominicaines de Vence, par Henri Matisse, cat. du musée, 2006

Ressources associées

Ressources associées

Musée National Picasso – La Guerre et la Paix (Vallauris)

Chapelle Cocteau (Villefranche-sur-Mer),

Musée national Marc Chagall (Nice).

Informations pratiques

Informations pratiques

La Chapelle du Rosaire. La Maison d’Accueil Lacordaire.

466, avenue Henri Matisse BP 33. 06141 Vence Cedex

Tel. 04 93 58 03 26

http://chapellematisse.com/