Parcours jardins dans les Alpes-Maritimes

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Introduction

Développé à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, en même temps que le tourisme de luxe, l’art des jardins dans les Alpes-Maritimes se dessine entre exotisme, régionalisme et  éclectisme, dans des domaines somptueux et variés.

Une forte charge d'exotisme

Doté d'un climat exceptionnel, qui associe des hivers doux à une forte humidité atmosphérique toute l'année, le littoral des Alpes-Maritimes favorise l'introduction de végétaux exotiques. Dès le milieu du XIXe siècle, botanistes et jardiniers acclimatent des centaines d'espèces venues de tout l'hémisphère Sud; ils transforment ainsi la Riviera en un véritable Eden subtropical qui se couvre d'aloès, d'oiseaux de paradis, d'hibiscus... et où s'invite partout le palmier, devenu l'arbre emblématique de la région.

Les jardins d'essais sont ainsi l'œuvre de savants naturalistes pour acclimater ces végétaux, tel le botaniste Gustave Thuret  qui s'installe au cap d'Antibes en 1855 où il introduit en quantité plantes et arbres de pays chauds parmi lesquels les premiers eucalyptus venus d'Australie. Rattaché au réseau national de recherche agricole dès 1927, le site de trois hectares présente plus de 3000 espèces acclimatées naturellement (sans serre ou traitements).

Jardin botanique villa Thuret Antibes

Le jardin de la ville Thuret présente un intérêt patrimonial incontestable, créé il y a plus de 150 ans, est aujourd’hui au cœur des problématiques environnementales qui traversent notre société : aménagement du territoire et écologie urbaine, biodiversité et conservation du patrimoine végétal, développement durable, adaptation au changement climatique.

De même, le jardin du palais de Carnolès à Menton, d'abord demeure des princes de Monaco, est un centre d'acclimatation et de recherches spécialisé dans les agrumes, et ce depuis 1997.

Palais Carnolès, Menton

Le Palais de Carnolès est le musée des Beaux-Arts de Menton depuis 1977, il expose les tableaux de la collection Wakefield-Mori (du Moyen Âge à la Première École de Paris) et il est dépositaire des œuvres achetées ou offertes par les artistes lors des 13 Biennales de Menton (entre 1951 et 1980).
C'est un bâtiment classé monument historique, pour son architecture néo-classique due à H-G. Tersling. Il est ceint d'un jardin remarquable, conservatoire d'agrumes.

A la Belle Epoque, les riches hivernants conçoivent autour de leurs riches villas des jardins sur le modèle paysager ou composite, reflétant une idée du paradis aperçu lors des voyages et du Grand Tour.
Ainsi à Saint-Jean-Cap-Ferrat la villa des Cèdres, acquise par le roi Léopold II en 1900, acquiert son nom de la famille Marnier-Lapostolle qui y collectionne dès les années 1920 des plantes du monde entier sur près de quinze hectares où 12 000 espèces environ se côtoient désormais.

Dans l'entre-deux-guerres, Lawrence Johnston, infatigable chasseur de plantes, créateur d'Hidcote Manor, parcourt la planète pour découvrir des raretés qu'il installe à la Serre de la Madone, sa propriété installée sur une colline mentonnaise. Huit hectares de plantes exotiques et méditerranéennes sont ainsi aménagés autour de la villa.

Serre de la Madone

À plusieurs kilomètres de la mer, à l'écart de l'agitation littorale, le jardin Serre de la Madone se dissimule dans le val de Gorbio. Installé sur les pentes d'une colline abrupte dont le sommet est encore couvert d’une forêt, il présente une exceptionnelle collection végétale, entreprise dans la première moitié du XXe siècle par un chasseur de plantes et régulièrement enrichie depuis une quinzaine d’années. Un des joyaux de Menton, « ville des jardins ».

De l'autre côté de la ville, sur les hauteurs de Garavan, lord Percy Radcliffe puis Miss May Bud Campbell, surnommée la «dame aux daturas», enrichissent progressivement le jardin du Val Rahmeh d'espèces diverses provenant d'Asie, d'Amérique ou d'Océanie, le transformant en un véritable “vallon de tranquillité” et d'exotisme.

Le jardin botanique du Val Rahmeh, Menton

Aux portes de l’Italie, dans le quartier de Garavan situé à l’est de Menton, Val Rahmeh constitue une oasis de verdure préservée de l’urbanisation  azuréenne. A vocations multiples, le lieu assume aujourd’hui les diverses missions d’un jardin botanique mais conserve de son passé le charme, et toute l’esthétique, d’un parc paysager créé pour l’agrément de ses propriétaires.

Près de la frontière italienne, Le Clos du Peyronnet est le dernier témoin de l'époque des grands jardiniers anglais de la côte azuréenne. Doté dès 1912 de Washingtonia filifera, de Phoenix canariensis, d'un Nolina et d'oliviers, figuiers, citronniers, le jardin est réaménagé suite aux dégâts de la Seconde guerre mondiale par une architecture en jeu de miroirs. Aujourd'hui, William Waterfield  prend soin de cet  héritage botanique et y cultive une collection de bulbes africaines.

Les succulentes suscitent elles aussi l'intérêt au cours du XXe siècle; dès 1933, à l'initiative d'Albert Ier, elles s'invitent à Monaco dans un amoncellement presque vertical de rochers où cactus, euphorbes et autres «coussins de belle-mère» se développent à loisir. Sur un socle pareillement rocheux, les succulentes investissent également le site de l'ancien château d'Eze dès 1949 par les soins de Jean Gastaud, le paysagiste du jardin exotique de Monaco. Et lorsque le climat ne suffit plus à satisfaire les désirs d'évasion, c'est la technologie qui est mise à contribution.

Au parc Phoenix de Nice, le « Diamant Vert », une des plus grandes serres d'Europe, recrée artificiellement différents climats pour élargir encore la palette végétale de la région.

Un retour aux sources

Dès la fin du XIXe siècle, un nouveau modèle de jardin remet à l’honneur le style méditerranéen autour des couleurs, matières, thématiques et flores locales. Très dessinés, voire architecturés, ces «jardins méditerranéens» accordent une large place aux patios, terrasses, pergolas, escaliers monumentaux et chemins d’eau.

L’initiateur du genre est l’architecte anglais Harold Peto, actif sur la Côte d’Azur entre 1893 et 1910.  Son oeuvre opère un tournant dans l'art paysager de l'époque et s'appuie sur la rigueur de la Renaissance italienne (Les Cèdres, Ephrussi de Rotschild...).

Ce style trouve son aboutissement avec Ferdinand Bac, dessinateur, écrivain et ardent défenseur des plantes régionales. A la demande de la famille Ladan-Bockairy, il aménage un espace de 11 hectares dans les hauts mentonnais de Garavan de 1920 à 1928. Bac s’attache à abolir toute séparation entre le jardin et la résidence, conception très suivie par les paysagistes dans les années 1920. Les Colombières sont un réel hommage à la nature et à la Méditerranée, s'appuyant sur diverses références: vénitiennes, hispano-mauresques, toscanes, levantines ou encore gréco-romaines.

Dans l’entre-deux-guerres, d’autres artistes participent à ce mouvement régionaliste. Au château de La Napoule, la femme du sculpteur Henry Clews, Marie, dessine des jardins très structurés dans la tradition méditerranéenne et les orne de statues, puits et sarcophages imaginés par son époux.

A Cannes, Jean-Gabriel et Odette Domergue, peintre et sculpteur, conçoivent, autour de leur villa, un aménagement d’inspiration florentine avec un vaste escalier bordé de cyprès et de colonnes.

A Menton, le romancier Vicente Blasco Ibañez évoque le souvenir de sa terre natale, Valence, en parsemant dès 1921 sa propriété de Fontana Rosa de bancs, bassins, pergolas et kiosques couverts de céramiques colorées qui lui confèrent un air d’Espagne. Le jardin de 1.700 m2 est classé Monument Historique depuis 1990.

Des «jardins tour du monde»

Un autre style de composition paysagère fait son apparition à la Belle Epoque: celui de jardin encyclopédique ou «jardin tour du monde». Il s'agit de proposer un voyage aux visiteurs, dans l'espace (jardins et espèces d'Europe, d'Extrême-Orient ou même d'Océanie) et le temps (pastiches des styles du passé comme le classicisme ou les jardins Renaissance).

La villa Ephrussi de Rothschild à Saint-Jean-Cap-Ferrat est l'un des exemples les plus aboutis du genre. Conçu par divers architectes, dont Achille Duchêne, puis restaurépar Louis Marchand, le domaine propose une suite de jardins du monde. On y découvre tout à tour un jardin espagnol (patio d’intimité et de fraîcheur), un jardin florentin, un jardin lapidaire (aux oeuvres sculptées), un jardin japonais  dépaysant, un jardin exotique peuplé d’agaves et de cactus pour conclure, après une roseraie et un jardin provençal, par un jardin à la française.

La Villa Ephrussi

Sur la partie la plus étroite de la presqu’île de Saint-Jean-Cap-Ferrat, au sommet d’un promontoire qui surplombe, à l’ouest la rade de Villefranche et à l’est la baie de Beaulieu, la villa Ephrussi de Rothschild occupe un des sites les plus spectaculaires de la Riviera. Dans ce palais néo-Renaissance, aux étonnants murs roses, sont exposées les collections d’œuvres d’art rassemblées par la baronne Béatrice de Rothschild et son époux, Maurice Ephrussi. Plusieurs jardins à thème, aménagés ultérieurement, servent d’écrin à ce lieu d’exception

Plus allusif, l’aménagement paysager de la villa Noailles à Grasse évoque aussi harmonieusement différents styles. Amateur d’art éclairé, Charles de Noailles y trace dès 1947 un parcours ponctué de subtiles compositions inspirées de ses voyages et des grands jardins italiens et anglais (comme la villa d'Este).

Les jardins encyclopédiques sont encore un style apprécié. Le parc Exflora (Juan-les-Pins) présente ainsi les différentes facettes des jardins méditerranéens, de la Rome antique aux réalisations de Ferdinand Bac. De même, la Promenade du Paillon, aménagée au c?ur de Nice par le paysagiste Michel Péna, se veut « un voyage botanique à travers les continents »* déclinant les flores asiatique, africaine, océanienne et américaine.

Le Domaine de Valrose propose  également une vision du monde sous le prisme des jardins.

Le château de Valrose et son parc, Nice

Construit entre 1867 et 1870 par le Baron Paul von Derwies, conseiller du tsar Alexandre II, le château de Valrose et son parc, propriété de près de 10 hectares, constitue l'un des premiers exemples de "folies" architecturales qui s'épanouissent sur la Côte d'Azur à la fin du XIXe siècle. Il abrite aujourd'hui l'un des campus de la faculté des sciences de l'Université de Nice Sophia-Antipolis ainsi que les services administratifs de celle-ci. 

Bibliographie, sitographie

Bibliographie : Parcours jardins dans les Alpes-Maritimes

GREGGIO Simonetta, La Côte d’Azur des jardins , éditions Ouest-France, collection « Itinéraires de découverte », 2002

PANAROTTO Serge, Jardins et châteaux de la Côte d’Azur, éditions Edisud, collection « Patrimoines », 2005

RACINE Michel, Guide des Jardins en France, tome 2 Sud, éditions Eugen Ulmer, collection « Guides de l’amateur », 2007

Sitographie

  • Site du département des Alpes-Maritimes

https://www.departement06.fr/envie-de-nature/les-jardins-de-la-cote-d-azur-16184.html

  • Site de Côte d’Azur tourisme 

http://www.cotedazur-tourisme.com/a-voir/parcs-et-jardins-06_1737.html

  • Site du Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC PACA)

http://www.culturecommunication.gouv.fr/Regions/Drac-Paca/Actualites/Provence-Alpes-Cote-d-Azur-en-images/Les-jardins-en-images/Les-jardins-des-Alpes-Maritimes-en-images

  • Site du Portail du jardin, Jardinez.com

http://www.jardinez.com/Parcs-et-jardins-en-France-Provence-Alpes-Cote-d-Azur_Alpes-Maritimes_21_6_fr